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Difficile décentralisation
Denise Robillard

Selon le journaliste John L. Allen du National Catholic Reporter, le synode qui vient de se terminer a été dominé par la discussion sur la collégialité et la décentralisation. Vingt et une des quatre-vingts premières interventions portaient sur ce sujet qui figurait encore dans les soixante-huit propositions retenues pour le vote final. Diverses définitions ont été présentées : l’équilibre entre le pouvoir du pape, la curie romaine, les conférences épiscopales et les évêques particuliers. «Le plus grand défi de l’Église actuelle», a déclaré l’évêque de Nouvelle-Zélande, tandis que les évêques américains se sont plaints de la tendance centralisatrice qui se manifeste au sujet de la traduction anglaise des livres liturgiques. Le cardinal Keeler de Baltimore considère que les conférences épiscopales doivent servir la communion entre les évêques des Églises locales et l’Église universelle.

De son côté, l’évêque Brunner de Suisse s’est dit préoccupé : Quelle valeur les besoins pastoraux des Églises locales ont-ils pour la Curie romaine? Il estime que seulement ce qui est nécessaire à l’unité de l’Église devrait être soumis en haut lieu. Pour l’évêque Manisap de Thaïlande, les bureaux de la curie devraient être l’expression de l’unité collégiale plutôt qu’un organisme de décision universelle. Pour l’évêque Gomez de Colombie, le synode devrait aider le pape à repenser son ministère de façon à ce que leur coresponsabilité dans le gouvernement de l’Église universelle devienne de plus en plus un signe de communion.  

Mais à côté de ces vœux, certaines interventions ont servi à manifester un conservatisme plein de méfiance et à rappeler, comme le fit l’évêque Meisner de Cologne, le devoir des évêques de corriger les erreurs et de défendre la vérité, de juger, et d’imposer une discipline. Le cardinal américain Baum a même insisté sur la supériorité du catholicisme sur les autres Églises et les autres traditions de foi.

L’évêque Chemello, président de la conférence épiscopale du Brésil, a dénoncé le mode actuel de sélection des évêques et rappelé la pensée de Pie XII sur la subsidiarité à l’effet que les décisions doivent être prises par les niveaux inférieurs d’autorité quand c’est possible, en vue de favoriser une décentralisation saine et effective. L’évêque Weisgerber de Winnipeg a réclamé pour sa part que Rome reconnaisse en chaque évêque le maître, le leader, l’unificateur, le vicaire et l’ambassadeur du Christ dans son diocèse, et non pas le fonctionnaire chargé d’appliquer l’enseignement officiel venu de Rome. L’évêque Laham de Syrie a ajouté que selon l’ecclésiologie orientale, si le ministère de Pierre est premier, il est égal au ministère des patriarches.

Les rapporteurs des discussions de groupes faites pendant deux semaines, les évêques Egan et Bergoglio, ont retenu le mot communion comme thème majeur de ces échanges. Ils ont rejeté les appels à la subsidiarité, au sens où les décisions seraient prises au plus bas niveau d’autorité. Certains évêques considèrent la subsidiarité comme un principe théologique valide, d’autres la rejettent comme un concept emprunté à une théorie politique séculière, qui ne saurait être appliquée dans l’Église. Certains ont demandé un plus grand respect des droits des Églises orientales et des conférences épiscopales nationales qui devraient être plus largement consultées, ce qui ne s’est pas fait au sujet du récent document sur la liturgie, un texte qui a suscité une profonde insatisfaction. Les conférences épiscopales devraient avoir une plus grande autonomie et liberté d’action. À ce sujet, les membres de la conférence d’Afrique du Sud ont demandé de reconnaître la subsidiarité comme un principe sage d’institution divine qui devrait présider à toutes les relations : entre l’évêque et le collège des évêques, entre ce collège et l’évêque de Rome, entre les conférences épiscopales et chaque évêque, entre les conférences et la curie romaine. Cette dernière servirait mieux la subsidiarité si elle était décentralisée.  

Pour les adeptes de la pensée sociale catholique, la subsidiarité implique que les décisions soient prises au plus bas niveau possible et que la plus haute autorité n’intervienne que lorsqu’il y a absolue nécessité de le faire. Les opposants objectent qu’elle s’applique bien en politique, mais pas à l’Église où le pouvoir provient de la succession apostolique. Le débat se poursuit depuis plus de 70 ans. En 1931, Pie XI avait écrit dans Quadragesimo Anno qu’il est contraire à la justice et à l’ordre d’assigner à une plus haute instance ce que peut faire une instance moins importante. Et en 1946, Pie XII avait déclaré aux cardinaux que ce passage devait s’appliquer non seulement à la société mais aussi à la vie à l’intérieur de la structure hiérarchique de l’Église. Une idée reprise par le concile Vatican II (1965), puis en 1983 par le Code de droit canonique et les synodes de 1967 et de 1985. Parmi les points retenus pour le message final de ce dernier, une étude de la subsidiarité était inscrite, avec une référence explicite au discours de 1946 de Pie XII.  

Mais en 1985, un virage a commencé à se faire. Les autorités vaticanes et quelques théologiens, plus réticents à appliquer la subsidiarité à l’Église, ont commencé à lui substituer le mot communion. C’est ainsi qu’au synode d’Asie en 1998, les efforts des participants, invoquant la subsidiarité pour défendre les droits des Églises locales, ont été rejetés par les autorités vaticanes. Il faudra attendre un an avant que ne soit publié par le pape le document final du dernier synode.

Denise Robillard

SOURCES :  les comptes rendus des 12, 19, 26 oct. et 2 nov. de John L. Allen, correspondant du National Catholic Reporter au synode sur le rôle de l’évêque, qui s’est tenu à Rome du 30 septembre au 27 octobre. 

«Collegiality vs Centralization Dominates Synod» (12 oct) http://www.natcath.com/NCR_Online/archives/101201/101201f.htm

«Bishop Selection Blasted» (19 oct) http://www.natcath.com/NCR_Online/archives/101901/101901e.htm

«At Synod, Church Leaders Synod Ingredients Include Dose of Spice» (26 oct) http://www.natcath.com/NCR_Online/archives/102601/102601g.htm

«Disagree on War» (2 nov) http://www.natcath.com/NCR_Online/archives/110201/110201d.htm

 

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