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Dans
des propositions secrètes adressées au Pape, le
Synode des évêques appelle à un dialogue régulier
entre les représentants des conférences épiscopales
et la Curie romaine, à un respect accru envers
les conférences et à
un synode spécial pour discuter de la réforme
du synode lui-même.
L’assemblée
a mis fin brusquement à des débats animés sur
l’adoption du concept de «subsidiarité», une
idée voulant que les décisions devraient être
prises à des niveaux inférieurs d’autorité
lorsque c’est possible. À la fin, le synode a qualifié la subsidiarité d’idée
«ambiguë» qui pourrait être en conflit avec
les pouvoirs du Pape tels que définis par le
Concile Vatican II (1962-65).
Ces
propositions n’ont aucune force légale du fait
que le synode est un corps consultatif.
Elles sont supposées demeurer
confidentielles afin de protéger la liberté
d’action du pape.
Cependant, l’agence de nouvelles
italienne Adista a pu obtenir le texte des
propositions.
Le
synode a émis un message final destiné au public
avant de se clore le 27 octobre.
Comme on s’y attendait, il a condamné le
terrorisme. Il
a appelé les dirigeants du monde à se préoccuper
des problèmes pressants de pauvreté et
d’injustice.
«Un
changement radical de morale est nécessaire» ont
déclaré les évêques.
«Certains maux endémiques, quand ils
restent trop longtemps ignorés, peuvent engendrer
le désespoir de populations entières.»
Ce
discours a fait l’objet de débats, plusieurs évêques
américains insistant pour s’assurer que
l’appel à la justice n’apparaisse pas comme
une excuse aux attaques terroristes du 11
septembre.
Quand
le synode s’est terminé, cependant, c’est la
liste finale de propositions qui a galvanisé
l’intérêt.
Selon les règles de procédure, les
propositions prennent naissance dans des groupes
de travail constitués suivant la langue utilisée.
Des 285 suggestions, les responsables du
synode ont compilé une liste de 69 propositions réduites
à 67 après d’autres discussions.
Les
propositions sont longues et souvent complexes.
Elles sont rédigées en latin et les
participants n’ont qu’un court laps de temps
pour les étudier avant de voter.
Quand le vote final survient, les
participants se trouvent souvent dans la confusion
sans savoir précisément ce qui est en cause.
Par conséquent, les résultats ont
tendance à être démesurément positifs :
il n’y a qu’une poignée de votes non
placet, ce qui signifie contre, sur chacun des
points.
Le
vote final fut tenu dans la soirée du 26 octobre.
Le synode s’est terminé le 27 octobre
avec la messe papale.
Les
67 propositions couvrent une variété de thèmes : certaines sont du domaine de la spiritualité; certaines
visent le monde extérieur à l’Église;
d’autres concernent la discipline de l’Église.
Par exemple, les évêques sont exhortés
à s’assurer que les théologiens défendent
l’enseignement de l’Église tout en «observant
une juste liberté d’investigation».
Étant
donné le vif débat qui s’est produit au sein
du synode sur la manière dont le pouvoir est
attribué et exercé dans l’Église, 10
propositions traitant de la relation entre Rome et
les Églises locales ont cependant éveillé la
plus grande curiosité chez les observateurs du
synode.
Ce
sont des appels à :
-
«une
considération théologique plus profonde» du
principe de communion, au sujet de la relation
entre les évêques et le Pape;
-
un
plus grand respect des droits des Églises
catholiques orientales, y compris une
discussion sur les services pastoraux aux
catholiques de rite oriental vivant à l’étranger;
-
des
rencontres entre les évêques, les représentants
des conférences épiscopales et des membres
de la Curie romaine;
la proposition est née des plaintes
exprimées au cours du synode indiquant que la
Curie était parfois insensible à des problèmes
locaux ou en était mal informée; le texte
fut malgré tout amendé pour qu’il soit
clairement entendu que les discussions
pourrait porter sur des matières «intéressant
un côté ou l’autre».
-
la
consultation des évêques d’une région
donnée quand il y nomination de nouveaux évêques
dans leur région, «comme il est prescrit par
le droit canon»;
-
une
utilisation plus judicieuse des décisions
prises par les conférences d’évêques –
une façon polie, selon des sources synodales,
de demander à Rome d’accorder un respect
plus conséquent aux décisions de ces conférences
Une
autre proposition réclame la même sorte de
respect pour des regroupements régionaux et
continentaux d’évêques.
Même si le texte ne donne pas
d’exemples, les groupes évoqués incluraient la
CELAM, la conférences des évêques d’Amérique
latine, et la FABC, un groupe similaire d’évêques
asiatiques.
Une
autre proposition encore reconnaît que certains pères
du synode «sont insatisfaits de la manière dont
les synodes fonctionnent habituellement» et
qu’ils veulent discuter comment «ils pourraient
être des meilleurs instruments de collégialité».
La proposition «suggère respectueusement»
au Pape de convoquer un synode extraordinaire sur
ce thème.
C’est
cette proposition qui a reçu le moins de votes,
197 sur 236, indiquant bien sa nature controversée.
Pendant le synode, plusieurs orateurs se
sont plaints du manque d’objectifs précis des réunions.
Certains ont suggéré que le synode
pourrait avoir une autorité décisionnelle sur
des matières soigneusement identifiées;
c’est une possibilité que le Pape Paul
VI avait envisagée quand il a créé le synode en
1965.
Une
source synodale a déclaré à NCR que des propos
sévères tenus dans la salle de conférence sur
la décentralisation du pouvoir de l’Église
(c’est-à-dire plus de pouvoirs aux évêques
locaux et moins à Rome) avaient été atténués
dans les propositions finales.
«Malgré
tout, 250 évêques ont entendu 50 de leurs
membres parler du besoin de corriger la
centralisation exagérée du style de l’Église
aujourd’hui, et cela va produire de l’effet»,
la source a-t-elle dit.
Les
préoccupations œcuméniques ont fait surface
dans une proposition recommandant le réexamen
de la fonction papale.
La proposition relève que beaucoup de chrétiens
non catholiques voient la papauté comme un
obstacle à l’unité et recommande de tenir des
réunions avec d’autres chrétiens pour parler
de ce problème.
Même
si les propositions ne répondent pas directement
aux préoccupations d’abus sexuel dont ont été
victimes des religieuses et dont NCR a déjà fait
état, une proposition demande aux évêques
d’accorder plus d’attention aux communautés
religieuses diocésaines.
Des membres de ces communautés communément
rencontrées dans le tiers monde et qui dépendent
presque entièrement du clergé local ont été
des cibles spéciales dans les cas d’abus selon
les documents qui constituaient la base du rapport
NCR.
Une
proposition traitant du mode de vie des évêques
les incite à adopter une attitude de pauvreté
par solidarité avec les pauvres.
Ironiquement, le jour précédant
l’adoption de la proposition par les évêques,
le Pape a décoré chacun d’entre eux d’une
croix pectorale de 25 onces en argent portée sur
une chaîne; le bijou a été dessiné par la
maison italienne prestigieuse F. lli Savi.
Le tout fut présenté dans une boîte de
velours rouge couverte d’un médaillon en argent
portant les armoiries de Jean-Paul II.
En
dépit des plaintes émises pendant le synode au
sujet du récent document du Vatican Liturgiam
Authenticam qui centralise à nouveau le contrôle
de la traduction liturgique, il n’est pas fait référence
au document parmi les propositions.
Dans
d’autres domaines, les propositions incitent les
évêques à :
-
promouvoir
la doctrine de l’Église sur le terrain législatif,
particulièrement en ce qui a trait à la défense
de la vie;
-
sévir
contre l’absolution générale, une forme
communautaire du sacrement de pénitence;
-
promouvoir
la dignité des femmes dans l’Église et
dans le monde;
-
poursuivre
le dialogue œcuménique.
Sur ce dernier point, cependant, les évêques
sont mis en garde contre «des gestes ambigus ou
irréfléchis provoqués par l’impatience».
La plupart des observateurs ont pris cette
remarque comme une référence aux services de
communion célébrés conjointement avec des non
catholiques.
Les
suggestions faites par un contre-synode tenu du 4
au 8 octobre appelé synode fantôme du peuple de
Dieu semblent n’avoir trouvé que peu d’écho
parmi les propositions.
On ne parle pas de ses suggestions dans les
documents finals du synode.
Le
groupe avaient réclamé plus de responsabilité
partagée dans l’Église, le célibat optionnel
des clercs, une inclusion plus grande des femmes
dans les rôles de leadership et la révocation du
document du Vatican Dominus
Jesus. Le
groupe avait aussi demandé que le porte-parole du
Pape, Joaquin Navarro-Valls, soit démis de ses
fonctions à cause de ses déclarations en faveur
des frappes américaines contre le terrorisme.
On
peut trouver de la documentation sur le synode
fantôme à
http://www.we-are-church.org/projects/2001/ .
Un responsable du synode a dit à NCR que
les propositions du synode fantôme ont été
« livrées » au Vatican.
À
la fin de chaque synode un «conseil post-synodal»
est élu pour conseiller le Pape sur la mise en
application.
Le scrutin est surveillé de près pour détecter
quels prélats ont impressionné leurs pairs.
Parmi
les gagnants, il y avait le Cardinal Francis
Arinze du Nigéria, chef du bureau du Vatican pour
le dialogue entre les religions, Jorge Mario
Bergoglio de Buenos Aires, Argentine, Claudio
Hummes de Sao Paolo, Brésil, Godfried Danneels de
Bruxelles, Belgique, Dionigi Tettamanzi de Gênes,
Italie et Walter Kasper, chef du bureau du Vatican
pour l’œcuménisme.
Les résultats ont renforcé la réputation
de ces hommes en tant que papabile,
c’est-à-dire comme candidats à la prochaine élection
d’un pape.
Le
seul prélat américain élu est le Cardinal
Francis George de Chicago.
Beaucoup d’observateurs croient que
George pourrait être un papabile
viable s’il n’était pas américain, mais l’élection
d’un pape originaire d’une super puissance
paraît une possibilité lointaine parce que cela
compromettrait la neutralité diplomatique du
Vatican.
Autre
possible papabile,
le Cardinal Lubomyr Husar d’Ukraine a été
choisi par le Pape pour faire partie du conseil
post-synodal afin d’assurer la représentation
des catholiques de rite oriental.
John
L. Allen
National
Catholic Reporter, 9 novembre 2001
(John
L. Allen Jr est le correspondant à Rome de NCR.
Son courriel :
jallen@natcath.org
)
Traduction
de Pauline Ouellet
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