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Des propositions secrètes du synode se rendent au Pape
John L. Allen Jr

Dans des propositions secrètes adressées au Pape, le Synode des évêques appelle à un dialogue régulier entre les représentants des conférences épiscopales et la Curie romaine, à un respect accru envers les conférences et à  un synode spécial pour discuter de la réforme du synode lui-même.

L’assemblée a mis fin brusquement à des débats animés sur l’adoption du concept de «subsidiarité», une idée voulant que les décisions devraient être prises à des niveaux inférieurs d’autorité lorsque c’est possible.  À la fin, le synode a qualifié la subsidiarité d’idée «ambiguë» qui pourrait être en conflit avec les pouvoirs du Pape tels que définis par le Concile Vatican II (1962-65).

Ces propositions n’ont aucune force légale du fait que le synode est un corps consultatif.  Elles sont supposées demeurer confidentielles afin de protéger la liberté d’action du pape.  Cependant, l’agence de nouvelles italienne Adista a pu obtenir le texte des propositions.

Le synode a émis un message final destiné au public avant de se clore le 27 octobre.  Comme on s’y attendait, il a condamné le terrorisme.  Il a appelé les dirigeants du monde à se préoccuper des problèmes pressants de pauvreté et d’injustice.  

«Un changement radical de morale est nécessaire» ont déclaré les évêques.  «Certains maux endémiques, quand ils restent trop longtemps ignorés, peuvent engendrer le désespoir de populations entières.»

Ce discours a fait l’objet de débats, plusieurs évêques américains insistant pour s’assurer que l’appel à la justice n’apparaisse pas comme une excuse aux attaques terroristes du 11 septembre.  

Quand le synode s’est terminé, cependant, c’est la liste finale de propositions qui a galvanisé l’intérêt.  Selon les règles de procédure, les propositions prennent naissance dans des groupes de travail constitués suivant la langue utilisée.  Des 285 suggestions, les responsables du synode ont compilé une liste de 69 propositions réduites à 67 après d’autres discussions.

Les propositions sont longues et souvent complexes.  Elles sont rédigées en latin et les participants n’ont qu’un court laps de temps pour les étudier avant de voter.  Quand le vote final survient, les participants se trouvent souvent dans la confusion sans savoir précisément ce qui est en cause.  Par conséquent, les résultats ont tendance à être démesurément positifs : il n’y a qu’une poignée de votes non placet, ce qui signifie contre, sur chacun des points.

Le vote final fut tenu dans la soirée du 26 octobre.  Le synode s’est terminé le 27 octobre avec la messe papale.

Les 67 propositions couvrent une variété de thèmes :  certaines sont du domaine de la spiritualité; certaines  visent le monde extérieur à l’Église; d’autres concernent la discipline de l’Église.  Par exemple, les évêques sont exhortés à s’assurer que les théologiens défendent l’enseignement de l’Église tout en «observant une juste liberté d’investigation».

Étant donné le vif débat qui s’est produit au sein du synode sur la manière dont le pouvoir est attribué et exercé dans l’Église, 10 propositions traitant de la relation entre Rome et les Églises locales ont cependant éveillé la plus grande curiosité chez les observateurs du synode.

Ce sont des appels à :

  •        «une considération théologique plus profonde» du principe de communion, au sujet de la relation entre les évêques et le Pape;

  •       un plus grand respect des droits des Églises catholiques orientales, y compris une discussion sur les services pastoraux aux catholiques de rite oriental vivant à l’étranger;

  •        des rencontres entre les évêques, les représentants des conférences épiscopales et des membres de la Curie romaine;  la proposition est née des plaintes exprimées au cours du synode indiquant que la Curie était parfois insensible à des problèmes locaux ou en était mal informée; le texte fut malgré tout amendé pour qu’il soit clairement entendu que les discussions pourrait porter sur des matières «intéressant un côté ou l’autre».

  •         la consultation des évêques d’une région donnée quand il y nomination de nouveaux évêques dans leur région, «comme il est prescrit par le droit canon»;

  •         une utilisation plus judicieuse des décisions prises par les conférences d’évêques – une façon polie, selon des sources synodales, de demander à Rome d’accorder un respect plus conséquent aux décisions de ces conférences

Une autre proposition réclame la même sorte de respect pour des regroupements régionaux et continentaux d’évêques.  Même si le texte ne donne pas d’exemples, les groupes évoqués incluraient la CELAM, la conférences des évêques d’Amérique latine, et la FABC, un groupe similaire d’évêques asiatiques.

Une autre proposition encore reconnaît que certains pères du synode «sont insatisfaits de la manière dont les synodes fonctionnent habituellement» et qu’ils veulent discuter comment «ils pourraient être des meilleurs instruments de collégialité».  La proposition «suggère respectueusement» au Pape de convoquer un synode extraordinaire sur ce thème.

C’est cette proposition qui a reçu le moins de votes, 197 sur 236, indiquant bien sa nature controversée.  Pendant le synode, plusieurs orateurs se sont plaints du manque d’objectifs précis des réunions.  Certains ont suggéré que le synode pourrait avoir une autorité décisionnelle sur des matières soigneusement identifiées;  c’est une possibilité que le Pape Paul VI avait envisagée quand il a créé le synode en 1965.

Une source synodale a déclaré à NCR que des propos sévères tenus dans la salle de conférence sur la décentralisation du pouvoir de l’Église (c’est-à-dire plus de pouvoirs aux évêques locaux et moins à Rome) avaient été atténués dans les propositions finales.

«Malgré tout, 250 évêques ont entendu 50 de leurs membres parler du besoin de corriger la centralisation exagérée du style de l’Église aujourd’hui, et cela va produire de l’effet», la source a-t-elle dit.

Les préoccupations œcuméniques ont fait surface dans une proposition recommandant le réexamen  de la fonction papale.  La proposition relève que beaucoup de chrétiens non catholiques voient la papauté comme un obstacle à l’unité et recommande de tenir des réunions avec d’autres chrétiens pour parler de ce problème.  

Même si les propositions ne répondent pas directement aux préoccupations d’abus sexuel dont ont été victimes des religieuses et dont NCR a déjà fait état, une proposition demande aux évêques d’accorder plus d’attention aux communautés religieuses diocésaines.  Des membres de ces communautés communément rencontrées dans le tiers monde et qui dépendent presque entièrement du clergé local ont été des cibles spéciales dans les cas d’abus selon les documents qui constituaient la base du rapport NCR.

Une proposition traitant du mode de vie des évêques les incite à adopter une attitude de pauvreté par solidarité avec les pauvres.  Ironiquement, le jour précédant l’adoption de la proposition par les évêques, le Pape a décoré chacun d’entre eux d’une croix pectorale de 25 onces en argent portée sur une chaîne; le bijou a été dessiné par la maison italienne prestigieuse F. lli Savi.  Le tout fut présenté dans une boîte de velours rouge couverte d’un médaillon en argent portant les armoiries de Jean-Paul II.  

En dépit des plaintes émises pendant le synode au sujet du récent document du Vatican Liturgiam Authenticam qui centralise à nouveau le contrôle de la traduction liturgique, il n’est pas fait référence au document parmi les propositions.

Dans d’autres domaines, les propositions incitent les évêques à :

  •         promouvoir la doctrine de l’Église sur le terrain législatif, particulièrement en ce qui a trait à la défense de la vie;

  •         sévir contre l’absolution générale, une forme communautaire du sacrement de pénitence;

  •         promouvoir la dignité des femmes dans l’Église et dans le monde;

  •         poursuivre le dialogue œcuménique.

  Sur ce dernier point, cependant, les évêques sont mis en garde contre «des gestes ambigus ou irréfléchis provoqués par l’impatience».  La plupart des observateurs ont pris cette remarque comme une référence aux services de communion célébrés conjointement avec des non catholiques.

Les suggestions faites par un contre-synode tenu du 4 au 8 octobre appelé synode fantôme du peuple de Dieu semblent n’avoir trouvé que peu d’écho parmi les propositions.  On ne parle pas de ses suggestions dans les documents finals du synode.

Le groupe avaient réclamé plus de responsabilité partagée dans l’Église, le célibat optionnel des clercs, une inclusion plus grande des femmes dans les rôles de leadership et la révocation du document du Vatican Dominus Jesus.  Le groupe avait aussi demandé que le porte-parole du Pape, Joaquin Navarro-Valls, soit démis de ses fonctions à cause de ses déclarations en faveur des frappes américaines contre le terrorisme.  

On peut trouver de la documentation sur le synode fantôme à http://www.we-are-church.org/projects/2001/ .  Un responsable du synode a dit à NCR que les propositions du synode fantôme ont été « livrées » au Vatican.

À la fin de chaque synode un «conseil post-synodal» est élu pour conseiller le Pape sur la mise en application.  Le scrutin est surveillé de près pour détecter quels prélats ont impressionné leurs pairs.

Parmi les gagnants, il y avait le Cardinal Francis Arinze du Nigéria, chef du bureau du Vatican pour le dialogue entre les religions, Jorge Mario Bergoglio de Buenos Aires, Argentine, Claudio Hummes de Sao Paolo, Brésil, Godfried Danneels de Bruxelles, Belgique, Dionigi Tettamanzi de Gênes, Italie et Walter Kasper, chef du bureau du Vatican pour l’œcuménisme.  Les résultats ont renforcé la réputation de ces hommes en tant que papabile, c’est-à-dire comme candidats à la prochaine élection d’un pape.

Le seul prélat américain élu est le Cardinal Francis George de Chicago.  Beaucoup d’observateurs croient que George pourrait être un papabile viable s’il n’était pas américain, mais l’élection d’un pape originaire d’une super puissance paraît une possibilité lointaine parce que cela compromettrait la neutralité diplomatique du Vatican.

Autre possible papabile, le Cardinal Lubomyr Husar d’Ukraine a été choisi par le Pape pour faire partie du conseil post-synodal afin d’assurer la représentation des catholiques de rite oriental.

John L. Allen

 National Catholic Reporter, 9 novembre 2001

(John L. Allen Jr est le correspondant à Rome de NCR.  
Son courriel
jallen@natcath.org )

 Traduction de Pauline Ouellet

 

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