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Sans
nier le fait que, dans l'Église, plusieurs décisions
affectent semblablement les femmes et les hommes,
nous savons que les femmes, parce que femmes, vivent une situation particulière d'exclusion en
regard de certaines fonctions. Aussi, pour éviter
de « noyer » cette différence dans un
ensemble indifférencié, nous croyons nécessaire
et prioritaire de la faire ressortir au cours du
présent Synode.
Présentement
dans l'Église nous observons, au sujet de cette
exclusion, une montée de conscientisation
et une exigence de changement. De nouvelles
pratiques émergent: rapports plus égalitaires,
modèles de pouvoir plus participatif, refus de stéréotypes
paralysants et d'autres encore. Progressivement
une culture « partenariale » est en
train d'apparaître et de se développer. Également
et de plus en plus, les femmes réinterprètent
leur foi. D'une part, à partir de leur
existence individuelle et collective, elles réentendent
la Parole biblique. D'autre part, en interprétant
la figure de Jésus et le sens de l'expérience
dont témoignent les premières communautés chrétiennes,
elles réinterprètent l'existence actuelle à la
lumière de l'Évangile.
Cependant,
quand il s'agit du partenariat intégral incluant
l'accès des femmes à tous les ministères, de
fortes résistances persistent. Elles se
manifestent à différents plans dont celui de
l'organisation et des structures ecclésiales où
le partenariat hommes-femmes est profondément
« vicié ». Elles s'expriment aussi
sur le plan des arguments théologiques où, pour
maintenir le système en place, le discours
officiel de l'Église reprend des théories élaborées
au cours des siècles. Ce faisant, il confirme ce
que Jean-Marie Aubert appelle des « justifications
essentiellement idéologiques » dépendantes
d'une exégèse masculinisante, d'une confusion
entre symbolique et biologique, d'un modèle d'Église
plus hiérarchique qu'ecclésial, d'une compréhension
fixiste de la Tradition et d'une conception ambiguë
de la nature humaine.
Ainsi,
par exemple, l'argument habituellement invoqué
pour refuser aux femmes l'accès aux ministères
ordonnés est le choix de « Douze hommes »
fait par Jésus. Fait historique absolutisé, présenté
comme immuable, interprété comme liant l'Église
pour toujours dans le choix des successeurs des
Douze et de leurs acolytes. Or, dira le
bibliste Rodolfo Felices Luna, « pareille
interprétation repose sur la prémisse que
par ce geste posé lors de sa vie terrestre,
le Christ imprimait sur l'Église une marque indélébile
et qu'il manifestait ainsi son refus aux femmes
d'accéder aux ministères ordonnés dans l'Église
à venir. C'est un raisonnement fort contestable,
basé qu'il est sur un anachronisme flagrant et
sur un sens par trop étendu du rôle des Douze. Jésus
de Nazareth ne s'est jamais prononcé sur le sacerdoce des femmes, pas
plus que sur celui des hommes. Le seul sacerdoce dont il soit explicitement
question dans le Nouveau Testament est celui du
Christ, dans l'Épître aux Hébreux (qui en fait
son thème de prédilection, s'avérant
par le fait même un écrit marginal du NT). L'Église
des
premiers siècles a certes fondé le sacerdoce
chrétien
sur celui du Christ d'Hébreux, mais de là à l'étendre rétroactivement
aux Douze et d'en faire un critère d'exclusion
pour les femmes, il y a certainement abus de
langage! » (Intervention faite au Congrès des
ministères, AÉQ, mise à jour le 21/08/2001).
Et
la situation ne
s'améliore pas quand nous pensons à la dernière
instruction du Vatican en regard du diaconat des
femmes. Celle-ci en
effet, publiée le 17 septembre 2001, « recommande
aux évêques de mettre un terme aux formations
qui prépareraient "directement ou
indirectement" l'ordination diaconale de
femmes. Car, selon ce texte, cette pratique
"non licite" revient à créer "des
attentes sans fondement doctrinal établi" et
une "désorientation pastorale". Ce
texte est signé par les canaux Ratzinger
(doctrine de la foi), Medina Estevez (culte
divin), Castrillon Hoyos (le clergé) » (La Croix du
mardi 18 septembre 2001).
Jusques
à quand le Vatican maintiendra-t-il cette logique
de centralisation excessive du pouvoir et ce à
maints égards (silence imposé aux évêques, célibat
obligatoire des prêtres, ordination des femmes,
discipline concernant les personnes divorcées et
remariées et d'autres encore). Quand cessera-t-il
de bâillonner les évêques? Leur autorité,
rappelle le document de travail pour le Synode
rendu public le 1°' juin, est « toujours
soumise à celle du Souverain Pontife » (#
117).
Manquerons-nous
cet autre rendez-vous avec l'histoire? Le rapport
d'égalité entre les femmes et les hommes apparaît
aujourd'hui comme le lieu le plus significatif de
l'inculturation de l'Évangile. Saurons-nous,
comme Église, écouter l'Esprit du lieu même de
notre culture? Saurons-nous discerner où passe
l'Esprit du Ressuscité qui nous « fera
entrer dans la vérité? » L'Esprit
n'accorde-t-il pas aussi aux femmes ses charismes
et ses dons? Au nom de quoi ou de qui les autorités
ecclésiales pourraient-elles affirmer que les
femmes ne peuvent proclamer l'Évangile,
sanctifier l'Église et la gouverner? Il faut les
voir à l'œuvre dans leur pratique et l'exercice
de leur leadership... Les faits parlent d'eux-mêmes.
Il reste à l'institution ecclésiale à reconnaître
cette réalité et à passer aux actes en opérant
les changements qui s'imposent pour l’ensemble
du ministère. Nous faisons donc appel aux Conférences
épiscopales afin qu'elles assument leur
responsabilité de répondre, en fidélité à l'Évangile,
aux besoins et aux espoirs de leur peuple en ces
temps où de nombreuses communautés chrétiennes
sont sous-alimentées et en ces temps où notre
monde attend des « signes d'espérance »
éloquents.
Rome,
octobre 2001
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