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Théologie de la libération et souci de l’environnement
Extrait du document final de la Conférence d’Aparecida

 

 

470 – Disciples de Jésus, nous nous sentons invités à rendre grâce pour le don de la création, reflet de la sagesse et de la beauté du Logos créateur. Dans l’admirable dessein de Dieu, l’homme et la femme sont invités à vivre en communion avec Lui, en communion entre eux et avec toute la création. Le Dieu de la vie a remis à l’être humain l’œuvre qu’il avait créée « pour qu’il la cultive et qu’il la garde » (Genèse 2,15). Jésus connaissait bien l’attention du Père pour ses créatures qu’il nourrit (cf. Luc 12,24) et embellit (Luc 12,27). Et quand il allait par les chemins de sa terre, non seulement il prenait le temps de contempler la beauté de la nature mais il invitait les disciples à reconnaître le message caché dans les choses (cf. Luc 12,24-27 ; Jean 4, 35). Les créatures du Père rendent gloire par leur « existence même » et c’est pourquoi l’être humain doit en user avec prudence et délicatesse.

471 – L’Amérique latine et les Caraïbes sont de plus en plus conscients que la nature est un héritage gratuit que nous recevons pour le protéger, un espace précieux pour la vie en commun des hommes, une responsabilité vigilante pour que la domination de l’homme soit au service du bien commun. Cet héritage se montre très souvent fragile et sans défense devant les pouvoirs économiques et technologiques. C’est pourquoi, en tant que prophètes de la vie, nous voulons répéter que, dans les interventions sur les ressources naturelles, ne doivent pas prédominer les intérêts des groupes économiques qui assèchent de manière irrationnelle les sources de vie au préjudice de nations entières et de l’humanité elle-même. Les générations qui nous succèderont ont droit à recevoir un monde habitable et non une planète dont l’air est contaminé. Heureusement, dans quelques écoles catholiques, on a commencé à introduire, parmi les disciplines scolaires, une éducation à la responsabilité écologique.

472 – L’Église remercie tous ceux qui se préoccupent de la vie et de l’environnement. Il est nécessaire de donner une importance particulière à la plus grave destruction en cours de l’écologie humaine [1]. Elle se tient au plus près des gens de la campagne qui, avec un amour généreux, travaillent durement la terre pour en tirer, parfois dans des conditions extrêmement difficiles, la nourriture de leur famille et participer avec tous à produire les fruits de la terre. Elle reconnaît spécialement la valeur des Indiens pour leur respect de la nature et leur amour de la mère-terre, source de nourriture, maison commune et autel du partage entre les hommes.

473 – La richesse naturelle de l’Amérique latine et des Caraïbes fait aujourd’hui l’expérience d’une exploitation irrationnelle qui donne les signes d’une destruction progressive, et même de mort pour toute notre région. Dans tout ce processus, le modèle économique actuel porte une énorme responsabilité car il privilégie l’exploitation démesurée pour la richesse plutôt que la vie des personnes et des peuples et le respect rationnel de la nature. La dévastation de nos grandes forêts et de la biodiversité, moyennant un comportement de pillage et d’égoïsme, implique la responsabilité morale de ceux qui la mettent en œuvre : elle met en péril la vie de millions de personnes et, particulièrement, l’habitat des paysans et des Indiens qui sont expulsés vers des terres improductives et vers les grandes villes où ils vont vivre entassés dans les ceintures de misère. Notre région doit progresser dans son développement agro-industriel pour mettre en valeur les richesses de ses terres et ses capacités humaines au service du bien commun. En outre, nous ne pouvons omettre de mentionner les problèmes qu’une industrialisation sauvage et incontrôlée cause à nos villes et à nos campagnes : l’environnement y est contaminé par toute sorte de déchets organiques ou chimiques. De même, nous devons attirer l’attention sur les industries extractives ; quand il n’y a pas de procédure pour contrôler et neutraliser les effets néfastes, elles éliminent les forêts, polluent les eaux et transforment les régions exploitées en d’immenses déserts.

474 – Devant cette situation voici quelques propositions et orientations :

Évangéliser nos peuples pour qu’ils découvrent le don de la création ; qu’ils sachent la contempler et veiller sur elle comme maison de tous les êtres vivants et matrice de la vie de la planète afin d’exercer de façon responsable la maîtrise de l’homme sur la terre et ses ressources ; qu’elle puisse produire tous ses fruits en destination universelle, entraînant ainsi un style de vie de sobriété et d’austérité solidaires.

1.       Renforcer la présence pastorale parmi les populations plus fragiles et menacées par le développement de type prédateur ; les soutenir dans leurs efforts pour obtenir une équitable distribution de la terre, de l’eau et des espaces urbains.

2.       Chercher un modèle de développement alternatif [2], intégral et solidaire, basé sur une éthique qui comporte responsabilité d’une authentique écologie naturelle et humaine, fondée dans l’évangile de justice, solidarité et destination universelle des biens ; une éthique qui dépasse la logique utilitariste et individualiste qui refuse de soumettre les pouvoirs économiques et techniques à des critère éthiques. Pour cela, encourager nos paysans à s’organiser de manière à faire aboutir leur juste revendication.

3.       Engager tous nos efforts pour la promulgation de politiques publiques et de participations citoyennes qui garantissent la protection, la conservation et la restauration de la nature.

4.   Décider des mesures d’accompagnement et de contrôle social pour l’application des directives internationales concernant l’environnement.

475 – Conscientiser les Amériques sur l’importance de l’Amazonie pour toute l’humanité. Établir entre les Églises locales des divers pays sud-américains qui sont dans le bassin de l’Amazone une pastorale commune, avec des priorités différenciées, pour créer un modèle de développement qui privilégie les pauvres et serve le bien commun. Soutenir l’Église qui vit en Amazonie, avec les moyens financiers et humains nécessaires, pour qu’elle continue à annoncer l’évangile de la vie et qu’elle développe son travail pastoral de formation de laïcs et de prêtres au moyen de séminaires, cours, échanges, visite de communautés et matériel éducatif.

 

NOTES

[1] Jean-Paul II, Encyclique Centesimus Annus, n° 38.

[2]  Populorum Progressio 20 : « [le véritable développement] c’est le passage, pour tous et chacun, des conditions de vie moins humaines à des conditions de vie plus humaines ».

 

Traduction de Jean Desgouttes
Pour Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine

 

 

 

 

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