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Inácio Strieder, a été directeur de l’Instituto Dom
Hélder Câmara et est actuellement professeur de philosophie à l’Université
fédérale du Pernambouc (UFPE). Texte publié le
23 février 2009 sur le site
Recanto das Letras et repris le 28 dans le
Jornal do Commercio, l’un des deux grands
quotidiens de Recife.
Nous n’allons pas dire que
Dom Hélder était un philosophe, au sens
académique du terme. Mais sa vie exprimait
clairement sa philosophie. Une philosophie
chrétienne humaniste. Rien de ce qui est humain
ne lui était étranger. Et quels sont les
questionnements humains les plus fondamentaux ?
Chercher des réponses aux questions que posent
l’Humanité, l’Univers et l’Infini qui nous
entoure. Dom Hélder avait une conception
chrétienne de l’être humain. À partir de cette
anthropologie, il entrait en relation avec tous
les hommes, en recherchant, au-delà des races,
des ethnies, des castes, des classes, du genre,
des idéologies et des religions, la dignité de
chaque être humain. Il aspirait du fond du cœur
à un XXIe siècle sans pauvreté. Il déplorait le
manque de solidarité, de fraternité et de
justice entre les peuples, des riches à l’égard
des pauvres, du premier monde [1]
à l’égard des habitants du tiers monde. Pour
lui, toutes les guerres étaient des délires fous
d’hommes égarés. Les tortionnaires, régimes et
individus, étaient plus dignes de compassion que
ceux qui étaient torturés. À dire vrai, la
douleur accablait les victimes, mais la honte,
le dégoût, la dégradation la plus abjecte
s’emparaient de ceux qui torturaient et de leurs
complices.
Pour Dom Hélder, tous les
êtres humains étaient fils du Dieu unique,
créateur de l’immense univers et présent à la
fois dans la vie de chacun et dans la nature
entière. Toutes les créatures, animées ou
inanimées, matérielles et spirituelles, révèlent
la grandeur de leur créateur. Ce Dieu se
manifeste dans le grand et dans le petit. Il est
au delà du plus grand, et en deçà du plus petit.
En lui nous parvenons à l’existence, à la vie et
à l’être.
Évidemment, Dom Hélder,
qui donnait comme horizon à l’homme l’immensité
de l’univers et la grandeur de Dieu, ne pouvait
limiter sa vie aux étroitesses quotidiennes du
petit monde d’un diocèse. On peut dire qu’il se
considérait comme un « évêque pour l’humanité ».
Il voyageait à travers le monde en prononçant
des discours, en prêchant, en dialoguant et en
priant. En Asie orientale, il fut entendu et
révéré par les bouddhistes ; en Europe les
chrétiens luthériens et calvinistes lui firent
honneur ; parmi ses diplômes, il y en avait un
qui lui avait été décerné par une confrérie du
candomblé [2] ;
à l’ONU il a parlé avec des hommes politiques
aux idéologies les plus diverses. Il savait
vivre dans les palais royaux comme dans les
favelas. Plus de trente universités du monde
entier lui donnèrent le titre de Docteur Honoris
Causa. Partout il parlait de dignité humaine, de
justice, de solidarité, de droits humains, de
paix.
Lui-même était une
personne cultivée. Écrivain, poète, orateur,
éducateur ; outre sa langue maternelle il
parlait le français, l’anglais et l’espagnol. On
pourrait se demander : Dom Hélder était-il un
génie ? D’où lui venaient tout ce dynamisme, ce
talent d’adaptation et cette si grande sagesse ?
Certes, il avait des dons personnels
particuliers, mais rien d’extraordinaire. Tout
simplement il a pris sa vie au sérieux, et il a
assumé de façon responsable une mission pendant
sa vie. Lui-même disait que le secret pour
rester jeune était d’avoir une cause à laquelle
se vouer. Il souhaitait que chacun assume sa
propre vie avec les dons que lui accordait Dieu.
C’est pourquoi Dom Hélder ne privilégiait pas
les différentes formes d’assistance. Il disait
que les personnes étaient trop lourdes pour que
nous les portions sur les épaules. Il fallait
les porter dans notre cœur, c’est-à-dire leur
donner les moyens de parvenir à une vie dans la
dignité. Et une telle vie ne pouvait naître que
de l’éducation, du travail, de la justice et de
la solidarité.
Dom Hélder est mort, mais
son message subsiste. C’est un homme qui fut
digne de vivre sur la terre. Peu importe où il
repose. Ce qui importe, c’est l’exemple de vie
qu’il nous a offert, et les messages qu’il nous
a laissés. N’est pas heldérien ou heldérologue
celui qui dit avoir vécu aux côtés de Dom Hélder,
ou avoir été membre de telle équipe qu’il avait
créée.
Rendre hommage cette année
à Dom Hélder à l’occasion de son centenaire ne
consiste pas à promener son portrait par les
rues de Recife. Il ne s’agit pas seulement de
prononcer des discours élogieux au Sénat ou dans
les Assemblées de la République, ou de
construire des musées à sa mémoire. Respecter
Dom Hélder est bien davantage. C’est faire le
choix d’une vie où la calomnie et l’humiliation
d’autrui soient bannies, où chacun soit respecté
et où soit rendue la dignité à toutes les
personnes qui en sont privées ; c’est vivre dans
la clarté. La philosophie de Dom Hélder n’était
pas livresque, c’était une philosophie vécue,
riche de la dignité dans toutes ses dimensions.
Dial – Diffusion d’information sur
l’Amérique latine
Traduction de L. et M. Lesay pour Dial.
Source (portugais) :
Recanto das Letras, 23 février 2009.
NOTES
[1]
Les pays du Nord.
[2]
Une des religions afro-brésiliennes pratiquées
au Brésil.
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