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Le défi des pentecôtistes 
José Comblin

 


 

On sait maintenant comment Benoît XVI veut  partir en guerre contre le pentecôtisme. Le phénomène est effectivement  inquiétant. Ainsi, au Brésil, le  nombre de catholiques est passé de 89% de la population en 1980 à 74% en 2000, sans doute 70% à ce jour. Ils ne seraient plus que 60% dans les grandes villes). Les non-croyants ne seraient guère plus de 7%.  (voir El PAIS du 8 mai 2007).

L’analyse du phénomène pentecôtiste faite par J. Comblin  est particulièrement éclairante sur la réalité du phénomène, ses causes, ses racines. Il donne à comprendre qu’il constitue une étape bien réelle  dans l’histoire du christianisme : par  la réponse et l’espoir qu’il apporte à tant de pauvres en Amérique latine laissés à eux-mêmes, en fait,  par l’Église catholique… Autant de réalités dont le pape s’est bien gardé de tenir compte dans son projet de restauration.

Ce texte est la traduction du cinquième chapitre d’un texte intitulé « La crise de la religion en chrétienté ».

                                                                               Edouard Mairlot (Espagne)  20.05.2007

 

                                                                               

Le XXème siècle aura été le siècle des pentecôtistes. Celui-ci fut le grand mouvement religieux qui a pénétré peu à peu le monde entier, et toutes les Églises et dénominations chrétiennes. Ce mouvement a entraîné la conversion de centaines de millions de chrétiens.

Des sociologues ont étudié le phénomène. Cependant, s’ils ne sont pas en même temps théologiens, les sociologues ne peuvent comprendre le phénomène de l’intérieur. Ils l’assimilent à d’autres mouvements culturels, sans prendre conscience de ce qu’il signifie pour l’histoire du christianisme.

Avant tout, le mouvement pentecôtiste a été et reste principalement un mouvement des pauvres. Il y eut convergence de deux mouvements historiques. En premier lieu, les Églises  ne parvinrent pas à suivre l’explosion démographique d’une humanité qui, en un siècle : le vingtième, est passée d’un milliard à 6 milliards d’habitants. Cette explosion démographique  s’est accompagnée d’une immense migration de centaines de millions de paysans de la campagne vers la ville. Dans celle-ci, s’est perdue peu à peu leur religion traditionnelle.  Les Églises n’ont pas pu, ou n’ont pas voulu, se donner les structures nécessaires pour encadrer toute cette masse humaine. L’univers des pauvres dans les villes s’est développé ; et il était abandonné par les Églises traditionnelles. A l’intérieur de ce même peuple de pauvres naquirent de nouvelles communautés. 

En même temps, se produisit une évolution culturelle au sein de ces masses d’anciens paysans qui avaient migré vers les villes. Tous furent scolarisés, ce qui les ouvrit à l’intelligence. Ils purent acquérir quelques éléments de la rationalité moderne. Ils commencèrent à découvrir que tout ne venait pas de Dieu et que la prière n’était pas le seul recours possible. Ils apprirent que les humains qu’ils sont possèdent des capacités, des possibilités d’obtenir quelque chose, de changer quelque chose dans leurs conditions de vie. Ils cessèrent de croire dans les saints. Ce fut pour eux la grande rupture. Croire dans les saints, c’est penser que la vie est  décidée hors d’eux. Ils apprirent à penser par eux-mêmes, à donner sens à leur vie par eux-mêmes, rompant ainsi leur dépendance vis-à-vis du clergé. Une fois qu’ils purent savoir que les saints étaient de bois et de plâtre, leur pensée s’est libérée.

En arrivant à la ville ils découvrirent que non seulement leur Églises y était absente, mais aussi que le message de l’Églises ne fournissait pas de réponse à leur nouvelle situation.  Sans clergé auprès d’eux, ils durent chercher par eux-mêmes une nouvelle religion. Et apparurent les pentecôtistes.

L’expérience historique montre que la grande crise de la modernisation se produit durant l’enseignement secondaire, autour des 15 ans. L’immense majorité des pauvres n’y parvient pas, sauf dans de rares pays comme le Chili ou l’Uruguay. Viendra un jour où les pauvres entreront dans l’école secondaire et y traverseront la même crise. Alors les Églises pentecôtistes cesseront d’être tellement attirantes pour eux.

Les pentecôtistes conservent la cosmologie religieuse traditionnelle : Dieu et Satan ; le ciel, la terre et l’enfer ; le péché et les châtiments divins ; les tentations de Satan, le problème du salut comme problème de essentiel de la religion.

Mais les pentecôtistes abandonnent le culte des saints.  Il ne reste qu’un seul Saint, un seul Sauveur, qui est Jésus-Christ. Jésus-Christ apporte la solution à tous les problèmes. Il n’y a plus  besoin des Saints pour solutionner les problèmes de la vie. Jésus apporte la solution à tout,  Recourir aux Saints  n’est qu’une illusion. Et ainsi, les pentecôtistes prennent conscience d’être intellectuellement plus développés. Ils ont découvert que les forces surnaturelles attribuées aux Saints n’existent pas et que seul Jésus existe.

De même les pentecôtistes s’émancipent du clergé. Les pasteurs sont des messagers de l’évangile, des conseillers, des prophètes qui exhortent, mais ils n’ont pas d’autorité sur les personnes, puisque chacun entre directement en relation avec Jésus-Christ. Il en résulte une émancipation du sujet humain. Les convertis au pentecôtisme se sentent plus libres, plus forts, plus capables et plus responsables. Ils se sentent plus armés pour affronter la dure vie des pauvres  au cœur de la ville.

Il y a eu et il existe encore diverses tentatives pour adapter le schéma pentecôtiste à un public cultivé de classe moyenne. On y insiste sur l’expérience de l’Esprit Saint. La conscience d’être sujet augmente. Il existe des mouvements catholiques et d’autres protestants.

Et voici que maintenant, les pasteurs et meneurs pentecôtistes apprennent, chaque fois plus,  les techniques du show et celles de la communication  qui leur enseignent comment éveiller et orienter les émotions collectives. Ces mouvements pentecôtistes peuvent provoquer des phénomènes névrotiques graves. Dans beaucoup de groupes, les leaders contrôlent les émotions pour éviter d’en arriver à des situations de perturbation psychique intense. Mais tous  ne le font pas.  Aux États-Unis, ces mouvements se développèrent surtout à partir des années 70. Ils parvinrent à pénétrer fortement le public plus conservateur. Ils constituent un groupe important dans le parti Républicain, et ils se trouvent un leader dans la présidence du pays elle-même.

En général, les pentecôtistes traditionnels et populaires n’acceptent pas et ne reconnaissent  pas comme chrétiennes des organisations comme « l’Églises universelle du Royaume de Dieu », ou « l’Églises internationale de la Grâce de Dieu », qui, à partir du Brésil, se sont répandues dans le monde entier. Elles utilisent, en effet,  des techniques de communication qui permettent de mettre en doute la sincérité de leur foi. Dans ce cas, les néo-pentecôtistes  vont rejoindre les nouvelles formes religieuses nées dans le contexte nord-américain et qui font partie de la nouvelle culture propre au système néolibéral dominant.

Le pentecôtisme peut encore  se développer, surtout si les Églises historiques  ne parviennent pas à pénétrer de façon massive dans le monde populaire.  Mais il ne pourra devenir  permanent, parce que, peu à peu, les mêmes classes pauvres seront de plus en plus scolarisées et entreront dans les mêmes problèmes religieux propres à la modernité et la postmodernité. Cette évolution dépendra de l’évolution sociale. Le système actuel d’exclusion peut encore durer quelques années, 10, 20 ou 50 ans, selon la résistance de la nouvelle bourgeoisie capitaliste et sa capacité de maintenir son pouvoir sur la société. Les prophéties historiques se réalisent souvent avec beaucoup d’années de retard.

La religion remplace la présence immédiate de Jésus-Christ, ce qui de toute façon serait inévitable. Jésus devait disparaître de ce monde pour être connu dans le monde entier. Mais sa présentation aux divers peuples engendra la religion chrétienne que nous connaissons.

Il se fait que les minorités qui restent fidèles aux pratiques de la religion ancienne de la chrétienté sont celles qui peuvent le moins percevoir ce qui se passe dans le monde. Elles n’éprouvent aucun besoin de changement. Elles sursautent de peur à la moindre suggestion de changement. De même le clergé, pour être au service de ces minorités, n’a aucune possibilité de saisir ce qui se passe. Seules quelques personnes marginalisées dans ces minorités peuvent comprendre et préparer l’avenir.

Lors des années de gloire de l’Églises en Amérique Latine, entre 1960 et 1985 environ, apparurent  des premiers signes de l’Églises de l’avenir. Ils provoquèrent de la peur et ils furent finalement rejetés. Mais ils seront des modèles pour les générations futures, une fois achevée l’époque actuelle de restauration de l’antique chrétienté. Celle-ci est une solution impossible et qui va perdre chaque fois plus de crédibilité.

J’ai moi-même présenté don Helder Camara comme la préfiguration de l’évêque de demain. A Rome, on le prenait pour un fou. Mons. Leonidas Proaño de Riobamba, en Equateur, on l’accusait d’avoir la manie des indiens ; car vivre au service des indiens ne pouvait être que l’effet d’une déformation psychologique


João Pessoa, Brasil

Fuente: www.servicioskoinomia

 

 

 

 

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