|
Des modifications ont été faites au texte
approuvé par les évêques latino-américains lors
de leur réunion à Aparecida (voir DIAL
2941,
2949,
2955). D’où viennent-elles ? Quand ont-elles
été faites ? Qui en sont les auteurs ? Les
modifications « clandestines » apportées au
texte final, qui portaient notamment sur les
communautés ecclésiales de base, ont suscité
polémiques et inquiétudes. La « langue de bois »
des milieux ecclésiastiques et romains a
tellement bien fonctionné que le soupçon pouvait
toujours être repoussé sur « l’autre ».
Les accusés, indignés, n’osaient avouer que les
censeurs romains étaient - aussi - passés par
là, tant il est habituel dans l’Église
catholique que les membres de la hiérarchie ne
critiquent pas Rome. Le pape a approuvé un texte
modifié. Quelques rares voix se sont fait
entendre. Voici celle de Xavier Gilles de
Maupeou, évêque du diocèse de Viana dans
l’État du Maranhão et président de l’importante
Commission pastorale de la terre, organisme de
l’épiscopat brésilien au service des paysans
sans terre.
À Sa Sainteté Benoît XVI
Évêque de l’Église de Rome
Ici sur terre Pasteur de l’Église universelle
Saint-Père,
Je suis un évêque âgé, indigne et sans
importance, à l’intérieur du Maranhão, un des
États les plus pauvres du Brésil. Je suis évêque
du diocèse de Viana. Je suis président du
Regional Nordeste V de la CNNB [1]
qui correspond aux limites géographiques de la
province ecclésiastique du Maranhão. Depuis l’an
dernier, je suis également président national de
la Commission pastorale de la terre. Durant
votre visite au Brésil, je vous ai
personnellement remis une lettre vous relatant
un peu la réalité agricole et agraire de notre
pays, la situation dans laquelle vivent les
travailleurs et travailleuses ruraux et la
nécessité de la réforme agraire.
Ce qui m’amène aujourd’hui à vous écrire, ce
sont les altérations introduites dans le texte
final du document de la Ve Conférence générale
de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes.
Altérations qui concernent surtout les
paragraphes se référant aux Communautés
ecclésiales de base (CEB). Altérations qui
tentent de faire disparaître ce que les évêques
avaient reconnu comme la véritable valeur de ce
que les CEB représentent et qui introduisent des
expressions qui, d’une certaine forme, en
arrivent même à culpabiliser les CEB en les
traitant simplement de petites communautés, leur
enlevant leur caractère ecclésial.
Saint-Père, il est lamentable, triste et même
scandaleux qu’une telle chose arrive : qu’on
essaye de manipuler et dénaturer ce qui a été
produit par un travail profond de nos frères
participants de la Ve Conférence. Et ceci est
plus préoccupant quand on sait que le 30 mai,
lors de la présentation de la synthèse finale en
vue de l’approbation finale en assemblée
plénière, le texte sur les CEB, simplement,
avait disparu. L’explication donnée fut qu’il y
avait eu faute de frappe. Maintenant, après
l’approbation du texte, les changements
effectués me donnent la pleine certitude qu’il
s’agissait d’une grossière manipulation, quelque
chose d’impensable dans une Église, dans notre
Église catholique, apostolique, romaine.
Continue la lutte entre le Temple et le Royaume.
Le Temple désire toujours maintenir le pouvoir
et le contrôle, s’imposer à n’importe quel prix.
Les Communautés dirigées par des laïcs hommes et
femmes, et qui espèrent avoir un jour leurs
prêtres, prêtres de communauté, bien qu’en
pleine communion avec leurs pasteurs,
représentent un danger pour qui veut la
centralité du pouvoir. Le Royaume de Dieu, lui,
est fruit de l’Esprit et germine librement là où
l’Esprit le veut.
Qu’en serait-il de mon diocèse, avec une
population de 560 000 habitants et 26 000
kilomètres carrés s’il n’y avait pas eu les
communautés de base? Ce sont elles qui
maintiennent en permanence la présence de
l’Église et de l’Esprit dans des lieux distants
et isolés comme les Campos Abertos da Baixada
Maranhense et dans le Vale do Rio Pindaré.
Ce sont elles qui font fructifier les semences
de la Parole qu’elles écoutent et annoncent. Ce
que je dis de mon diocèse c’est ce qu’on peut
dire de la majorité de nos églises
latino-américaines et des Caraïbes. C’est parce
que je suis témoin de la force et de la chaleur
des CEB, c’est parce que je vois qu’elles sont
l’unique forme par laquelle l’Église se fait
présente dans la vie de la plus grande partie de
notre peuple, c’est pour cela que je ne peux
rester silencieux devant les tentatives faites
pour les disqualifier et ne pas leur reconnaître
une légitimité.
Saint-Père, je sais très bien quels signes
d’affection les Brésiliens vous ont portés
durant ces jours où vous êtes venu ici. Ces
signes d’affection n’auraient pas été aussi
grands s’il n’y avait pas eu l’action féconde
des CEB qui se sentent et se proclament Église,
partie de notre Église catholique et qui pour
cela vénèrent, respectent leurs pasteurs et
collaborent avec eux.
Je termine ici mes paroles filiales et
fraternelles, exprimées à cœur ouvert et qui
demandent que le texte original approuvé par les
évêques de la Ve Conférence soit l’unique texte
considéré comme officiel. S’il n’en était pas
ainsi, nous donnerions appui et couverture à
ceux qui veulent semer la zizanie dans le Champ
du Seigneur.
Avec tout mon respect, je demande votre
bénédiction et vos prières.
Viana, samedi 25 août 2007, XXème semaine du
temps ordinaire et fête de saint Louis.
Xavier Gilles de Maupeou
Évêque de Viana, au Brésil.
NOTE
[1]
C’est une des sections régionales de la
Conférence nationale des évêques du Brésil (CNNB).
Dial – Diffusion d’information sur
l’Amérique latine.
http://www.alterinfos.org/spip.php?article1758#nb1
[
RETOUR ]
|