Culture et Foi > Théologie de la libération > Patriarche de l'Amérique latine : Mgr Gérard Cambron

Patriarche de l’Amérique latine : Mgr Gérard Cambron
Yves Carrier

 

 

 

Mgr Cambron, le père des communautés ecclésiales de base, est décédé le 9 avril 2009 à l’âge de 92 ans.

Pour Dom Fragoso, évêque de Crateus au Brésil, Mgr Gérard Cambron est le père des communautés ecclésiales de base (CEB). Prêtre, intellectuel et missionnaire, l'ancien vicaire général du diocèse de Sherbrooke arrive au Brésil en 1957. De Sâo Paulo, il se dirige par voie terrestre vers le Maranhào, en Amazonie, où il reçoit la charge de deux paroisses, Peri-Mirim et Bequimào, avec son jeune confrère Robert Lessard. Imbu de culture romaine, il possède au départ une vision cléricale de la vie chrétienne centrée sur la fréquentation assidue des sacrements. Cependant, son intention de reproduire le modèle de chrétienté en terre brésilienne, en pleine forêt amazonienne, sera vaincue par l'indifférence du milieu. Au contact des thèses du Père Lebret, il en vient alors à s'intéresser au développement économique et social de la région – l'une des plus pauvres du Brésil – et au rôle que doit jouer l'Église catholique par rapport à cette question.

Partant des quelques cellules de la Légion de Marie qui s'y trouvaient, il allait susciter un dynamisme spirituel et populaire qui allait se répandre comme une traînée de poudre à travers la contrée et donner naissance aux CEB. La rencontre hebdomadaire devait s'articuler en trois temps : la prière en groupe, pour sceller l'unité et demander le soutien de Dieu, le partage autour d'un texte biblique, pour discuter des valeurs présentes dans ce projet d'humanité voulu de Dieu et, enfin, le choix d'une visite, réalisée deux par deux, auprès d'un malade ou d'une famille dans le besoin cette expérience de service devant être partagée à la réunion suivante. Dans un milieu abandonné de l'élite et des pouvoirs publics, et attendant en vain leur intervention, cette méthode fit boule de neige.

Le génie de Cambron consiste à faire confiance aux gens de la base et à encourager leurs initiatives. En quelques années, ce modèle se répand à travers le Maranhâo, avec l'aide d'autres missionnaires québécois des diocèses de Nicolet, de St-Hyacinthe et de Sherbrooke. Bien plus, grâce à ces lettres circulaires intitulées Lettres du Brésil il raconte ses aventures, Cambron diffuse son expérience non seulement au Brésil mais aussi aux quatre coins de la planète.

En mai 1960, il est rappelé au Québec. On lui confie une nouvelle mission, celle d'aller fonder le grand séminaire de Tegucigalpa au Honduras. Avant son départ, Ivan Illich l'invite à partager ses réflexions sur son expérience brésilienne au Centre de formation missionnaire de Cuernavaca, au Mexique, qui sera connu plus tard sous le nom de CIDOC. Jusqu'en 1965, Cambron partage son temps entre le Honduras et le Mexique, où il assiste Illich. En 1965, il retourne au Brésil où il devient directeur du Centre de formation interculturelle de Petropolis. Il se consacre à l'inculturation des nouveaux missionnaires arrivés au pays, contribuant ainsi, jusqu'en 1969, à l'ouverture d'esprit des étrangers qui désirent accompagner le peuple brésilien. Ayant toujours un pied-à-terre à Cuernavaca, il ne cesse de développer sa réflexion sur la méthode inédite des communautés ecclésiales de base auprès des futurs animateurs qui seront chargés de la diffuser.

De 1967 à 1968, il est appelé à conseiller l'épiscopat canadien sur la formation d'un organisme qui connaîtra un énorme retentissement : Développement et Paix. Puis, tour à tour, il conseille l'épiscopat brésilien, travaille à la fondation des rencontres inter-ecclésiales du Brésil, soutient de nombreuses communautés religieuses qui font clairement l'option préférentielle pour les pauvres et choisissent d'abandonner leur couvent pour aller vivre par petites communautés au cœur des bidonvilles.

En 1981, terrassé par une crise cardiaque, il doit revenir au Québec. Jusqu'à un âge avancé, il visite le Brésil et l'Argentine plusieurs mois par année afin de poursuivre son oeuvre de conseiller, discret mais apprécié et vénéré de tous.

Text Box:  

 

L’auteur, Yves Carrier, est théologien. Il a publié Lettre du Brésil. L’évolution de la perspective missionnaire. Relecture de l’expérience de Mgr Gérard Cambon (Academia-Bruylant 2008). Il a aussi traduit des homélies de Mgr Romero auxquelles on peut avoir accès sur le web.

 

Relations, juillet-août 2009

 

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 


 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca