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Les nouveaux « signes des temps »
Denise Couture

 

 

 

Denise Couture est professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal

La question des signes des temps

Les signes des temps, c’est la vie, la vie où l’on rencontre Dieu; ce sont les lieux significatifs de nos existences de croyantes et de croyants. C’est ce qui se présente à nous, ce qui nous arrive, la manière dont nous comprenons les événements, ce qui nous entoure et détermine nos relations à la Terre, aux autres et à Dieu-e. Si on veut décomposer l’expression, je dirais que « les signes », c’est ce que nous remarquons, ce qui attire notre attention, ce que nous apercevons, et « des temps », c’est ce qui marque notre époque, ce qui marque le temps présent que nous habitons.

En 1784, Emmanuel Kant publiait un article intitulé Qu’est-ce que les Lumières? On peut souligner deux éléments de sa réponse qui semble, du moins sous certains aspects, demeurer d’actualité 225 années plus tard.

Voici le début de sa réponse : « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. [...] Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières » (soulignée dans le texte).

Pour Kant, une particularité de cette nouvelle époque, marquée par la rationalisation, consistait en ceci que, pour la première fois, les hommes (les femmes n’étaient pas encore arrivées), les hommes, donc, se demandaient : qui sommes-nous en train de devenir dans ce présent qui est nôtre? Voilà une question caractéristique de la modernité. Nous la posons une fois de plus ce soir. Qui sommes-nous en train de devenir? Comment devenons-nous? Vers où allons-nous? Comment Dieu-e nous accompagne-t-il, nous accompagne-t-elle, dans cet advenir? Quand nous demandons : quels sont les nouveaux signes des temps? nous voulons tourner notre attention vers le présent. En ce moment, comment ça se passe? Ces dernières années, quelles tournures des événements doivent attirer notre attention? Ainsi, dans le fait de poser ces questions, nous sommes encore modernes à la manière décrite par Kant et nous appartenons, en ce qui concerne ce point précis, à la même époque que ce philosophe.

Je risquerai d’identifier ce que je reconnais comme quelques « signes des temps ». J’en retiens six. Je le ferai d’un point de vue situé, celui d’une théologienne universitaire chrétienne (catholique), québécoise et francophone. Pour qualifier ma position en quelques mots, je situe mes analyses dans le cadre d’une théologie contextuelle faite dans une perspective de la libération et j’ai surtout développé les problématiques féministes, antiracistes et interreligieuses.

Je voudrais, ensuite, construire des liens entre ces « signes des temps » et proposer une (hypo)thèse pour comprendre le temps présent que nous vivons. Je conclurai par un mot sur le temps actuel de cette Église qui convoquait le deuxième concile du Vatican il y a cinquante ans.

Quelques « signes des temps » de notre présent

(1)     La modernité a été produite par des hommes et pour des hommes. En cours de route, il s’est passé quelque chose de crucial : l’émergence des femmes, leur émergence à la parole et à l’action de manière à ce qu’elles réalisent leurs propres possibilités d’existence et qu’elles contribuent à la vie commune, à la vie publique.

Selon la Marche mondiale des femmes, les hommes possèdent 99 % des biens de la Terre et, donc, les femmes, 1 %. Les hommes gouvernent très majoritairement les États. Au Canada, ils dirigent 98 des cent plus importantes entreprises du pays. L’émergence des femmes convoque à une révolution des rapports entre les humains, du rapport à l’autre, que l’homme avait construit sous le mode de l’appropriation. Cette révolution est en cours et elle est à peine commencée.

(2)     La démesure de la répartition des richesses.

En conférence de clôture du Forum mondial théologie et libération, le 24 janvier 2009, à Bélem, au Brésil, le philosophe et activiste français Patrick Viveret, disait que 225 familles possèdent autant que 2,5 milliards d’humains; que 3 familles possèdent autant que les 48 pays les plus pauvres. Il a ajouté que si l’on utilisait une fraction des budgets de dépenses militaires (1200 milliards de dollars par année) ou de dépenses de publicité (800 milliards de dollars) ou encore de dépenses consacrées à la drogue (800 milliards de dollars), que si l’on utilisait 10 % de ces dépenses, on pourrait assurer un mieux-être pour l’ensemble de l’humanité.

(3)     Le déséquilibre écologique que subit la Terre.

Nous savons que l’équilibre de la Terre est menacé, que nous allons vers une sixième grande extinction des espèces dont, cependant, nous ne connaissons pas l’ampleur. Pour citer à nouveau Patrick Viveret, les choix politiques des deux prochaines décennies seront décisifs pour l’avenir de la planète : ces actions décideront si le réchauffement de la planète au cours du prochain siècle se situera entre 2 et 6 degrés. Pour le dire avec Jean-Claude Guillebaud, le problème dans le domaine de l’écologie, est que nous ne croyons pas ce que nous savons.

Au Forum mondial théologie et libération de 2009, plusieurs conférenciers ont démontré les relations étroites entre les déséquilibres écologiques et les injustices. C’est le cas en Amazonie. Dans l’État de Para, où se trouve Bélem, quatre-vingt-dix pour cent des terres cultivées le sont illégalement. On parle d’un Far West amazonien, où l’on dénombre près de mille assassinats au cours des trente dernières années perpétré dans un climat d’impunité qui perdure jusqu’à ce jour.

(4)     Pour revenir au contexte québécois, on pourrait donner pour nom à un quatrième « signe des temps » : les accommodements raisonnables ou plutôt : les relations injustes entre une société d’accueil et les personnes immigrantes.

J’ai été frappée par une similitude entre le Brésil et le Québec. Au Brésil, assez spontanément, les gens peuvent dire qu’il n’y a pas de racisme dans leur pays, que les personnes sont ouvertes, accueillantes, cordiales entre les ethnies. Mais si on leur demande combien on trouve de personnes noires ou de couleur en politique ou dans les postes de direction, ou encore quelle est la couleur des riches et des pauvres, les réponses à ces questions dévoilent un racisme structurel pour le moins efficace. Au Québec, la Commission Bouchard-Taylor, nous a appris la difficulté qu’ont les personnes immigrantes qualifiées à trouver un emploi.

Le jour de la sortie du rapport final de la Commission, M. Bouchard en a fourni une explication pédagogique à la télévision nationale à l’heure de grande écoute. Il a d’abord dit qu’on s’entend sur le fait que le Québec a besoin de l’immigration pour son développement économique et social. Il a ensuite rappelé que le gouvernement inclut parmi les critères de sélection des nouveaux arrivants la qualification professionnelle et la connaissance du français. Enfin, il a invité la population à reconnaître l’existence d’un écart significatif entre les personnes québécoises et immigrantes en ce qui concerne la condition économique et que cette situation rend nécessaire la mise sur pied de mesures pour réduire cette injustice et pour lutter contre les discriminations subies par les personnes immigrantes. Ce fut à la fois sa conclusion et son point principal.

Notons que cette approche place le point de mire sur les intérêts intranationaux du Québec. Elle évite l’analyse des relations internationales injustes et passe sous silence les raisons néocoloniales de l’émigration.

(5)     L’invisibilité des Autochtones au Québec.

On se souvient du film de Richard Desjardins, L’erreur boréale, qui présentait une critique mordante de la gestion québécoise des coupes forestières. Il a reçu une attention immense et étalée sur plusieurs années. Avant la sortie du film Le peuple invisible, un journaliste a demandé à Richard Desjardins quelle réception il anticipait. Il a répondu qu’il s’attendait ce que le film suscite peu d’intérêt pour la raison qu’il en allait ainsi de la question autochtone. Et c’est exactement ce qui se produisit. Malgré sa puissante force critique, ou peut-être à cause d’elle, son film n’eut pas de réception. La non-existence des Autochtones pour les Allochtones dans le contexte québécois est d’ailleurs l’un des thèmes du film Le peuple invisible. R. Desjardins l’exprime à son propre sujet. Il énonce au début de la narration du film : « Toute ma vie, je ne les ai aperçus que de loin, sans m’approcher. Sans qu’ils ne s’approchent de moi non plus. Deux mondes parallèles. À un moment donné, je me suis rendu compte que je ne connaissais rien d’eux. Qu’en fait, personne ne connaît rien d’eux » [1].

Les Autochtones représentent le groupe le plus pauvre et le plus mal pris au Québec et pourtant on n’a pas encore commencé à remettre en question cette injustice. On assiste à un déni. Une commission Vérité et réconciliation a été mise sur pied au Canada pour faire réparation par rapport à l’expérience des écoles résidentielles qui furent obligatoires au Canada pour les Autochtones de 1920 à 1960. La loi visait explicitement à tuer l’Indien dans l’enfant. Il y en a eu 6 écoles résidentielles au Québec. Au Canada, 150 000 enfants ont habité dans ces écoles dont on compte présentement 80 000 survivants.

Il y a manifestement déni. Dans le nouveau Programme d’éthique et de culture religieuse, plus précisément dans le document officiel du Ministère qui présente le programme, on lit un énoncé pour le moins étonnant : « les spiritualités des peuples autochtones [...] ont marqué [l]e patrimoine [du Québec] » et, en conséquence, on demande aux enseignants d’aborder ces spiritualités « à plusieurs reprises, chaque année d’un cycle ». Cette phrase maîtrise l’art de modifier l’histoire, car, au vingtième siècle, le gouvernement canadien a mis en place des mesures pour éliminer la culture autochtone, mais sans succès.

(6)     Le processus du Forum social mondial ou la mouvance altermondialiste.

Selon le premier principe du Forum social mondial, celui-ci est « un espace de rencontre ouvert » qui rassemble des « instances et de[s] mouvements de la société civile qui s’oppose au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme, et qui s’emploie à bâtir une société planétaire axée sur l’être humain ». Le Forum est « un processus de recherche et d’élaboration d’alternatives, qui ne se réduit pas aux manifestations sur lesquelles il s’appuie », c’est-à-dire sur à la tenue de forum. Il est continu et délibéré, mené par des instances de la société civile, en vue de la transformation du monde pour qu’il y ait plus de justice. Le processus du Forum social mondial incite les groupes à créer des liens entre eux pour l’émergence de possibles convergences. Comme l’écrit Chico Whitaker, un des cofondateurs du Forum : « Accepter que les autres considèrent comme plus important ce que je considère comme secondaire, et lutter à leurs côtés, en essayant même de me relier à eux, est un effort qu’il n’est pas toujours facile à faire » [2]. Pour qu’il y ait un changement en vue de plus de justice, dans la perspective du Forum social mondial, « il faut que toute la société soit engagée, chaque citoyen dans ses actions, ses comportements, ses organisations »; « [...] il n’y aura pas de changements structurels durables dans nos sociétés s’ils ne sont accompagnés de changement à l’intérieur de nous-mêmes » {3]. J’inscris donc le processus du Forum dans cette courte liste, certes non exhaustive, des « signes des temps ».

En quel temps vivons-nous?

Y a-t-il un lien entre ces « signes des temps », entre l’émergence des femmes, la démesure de la répartition des richesses, le déséquilibre écologique que subit la Terre, les relations injustes entre une société d’accueil et les personnes immigrantes, l’invisibilité des Autochtones au Québec et la mouvance altermondialiste?

Pour Alain Touraine, un nouveau paradigme de la modernité a émergé qu’il appelle « l’apparition des subjectivités multiples » : les ouvriers, les femmes, les personnes homosexuelles, transsexuelles ou transgenres, les personnes brunes et noires, les Autochtones et autres. Pour le sociologue Touraine, la voie d’analyse ne consiste plus à étudier les structures sociales qui pourraient assurer la justice des rapports humains – en ce sens, on en serait à ce qu’il appelle la « fin des sociétés ». Pour comprendre notre temps, suggère-t-il, il faut plutôt analyser l’action des acteurs et des actrices qui produisent de la justice [4].

Et la Terre? Elle ne figure pas au nombre des subjectivités en émergence. La vision de la philosophe féministe Rosi Braidotti peut compléter celle de A. Touraine [5]. Selon R. Braidotti, dans cette troisième phase de la modernité (depuis le début des années 1990), on assisterait à deux processus interreliés, celui de la mort de « l’homme », d’une part, et celui de l’émergence de ses ombres, de ses autres, sur lesquels il avait bâti sa sécurité, d’autre part.

À la mort de « l’homme », correspond le déclin de la foi dans le progrès, une critique de la domination de la Terre, une indignation devant les injustices de la répartition des richesses et des ressources entre les humains, une remise en question de la pensée calculatrice de type téléologique, celle qui vise seulement les résultats. Les autres de la modernité en train d’émerger seraient la femme (c’est-à-dire l’autre sexuel de l’homme), les autres ethnies, les Autochtones et les Métis (c’est-à-dire les autres sujets de l’eurocentrisme et de l’impérialisme étatsunien), et la nature ou la Terre (c’est-à-dire l’autre de la technoscience).

Mais ces autres, ces ombres ou ces subjectivités multiples, quand elles prennent la parole, elles ne parlent pas nécessairement dans leur propre intérêt. Selon R. Braidotti, nous assistons à une augmentation des pratiques de libération en même temps qu’à une augmentation d’oppressions spécifiques (pensons à la traite des personnes, à de nouvelles formes d’esclavage, à ce que R. Braidotti appelle le capital comme cocaïne). Au Forum mondial théologie et libération 2009, la théologienne Hyun Kyung a demandé pourquoi quarante ans de théologie de la libération ne nous avaient pas légué un monde de justice en Amérique latine. On peut donner deux réponses à cette question, et les deux sont bonnes. Première réponse : parce que la théologie de la libération a échoué en partie; elle doit chercher ce qui n’a pas fonctionné et se remettre en question pour ne pas reproduire le même. Deuxième réponse : parce que nous vivons dans un entre-temps, dans un temps entre ce qui n’est plus, ce dont nous ne voulons plus, et ce qui n’est pas encore, que nous préparons par une action de changer les relations, entre les hommes et les femmes, entre les sujets de différentes ethnies, entre les humains et la Terre. Et, dans cet entre-temps, nous assisterions à une augmentation de libérations et d’oppressions spécifiques, les deux.

En tant qu’ensemble de réseaux de personnes qui construisent la justice aujourd’hui pour demain, la mouvance altermondialiste réunit les personnes et les groupes qui préparent cet autre temps. Au Forum mondial théologie et libération, elle réunit plus spécifiquement des personnes croyantes. Ce lieu est un entre-temps de préparation de nouvelles relations. Il est l’Église, l’« ekklèsia des ekklèsia » œcuménique et interspirituelle.

Comment Dieu-e nous accompagne-t-il, nous accompagne-t-elle, dans cet advenir? Pour répondre à cette question, il faut partir d’en bas, partir des expériences spirituelles, des pratiques, des constructions théologiques produites par les « subjectivités multiples ». Dans une interview qu’il accordait à la fin du Forum mondial théologie et libération, son organisateur, Luiz Susin, expliquait qu’à l’instar du Forum social mondial, le Forum de théologie ne produisait pas d’énoncé final, cela afin de reconnaître radicalement la diversité des expressions et afin de signifier que le forum est un processus continu de rencontre, de construction de convergences et de création d’alternatives.

Faire mémoire de la convocation du deuxième Concile du Vatican

Lorsque Kant parlait de sortir de l’état de tutelle, il pensait certainement, entre autres, à une émancipation par rapport à la religion et par rapport à l’Église. C’est une grande blessure que 225 ans après la réponse de Kant à la question Qu’est-ce que les Lumières? l’on puisse encore parler d’une « mise sous tutelle » des croyants par les autorités du Saint-Siège. Mais la situation actuelle est bien différente de celle du temps de Kant et il me semble important de comprendre cette différence essentielle. Au début de la modernité, au moment où Emmanuel Kant répondait à sa question, il se produisait une révolution du rapport à la vérité qui nous détermine jusqu’à aujourd’hui. Cette époque moderne est marquée par la rationalisation.

Certains reprochent au Saint-Siège de refuser la modernité, on lui reproche de rester collé au monde traditionnel (mais en quel sens emploie-t-on le mot?), de demeurer prémoderne. Il faudrait plutôt reconnaître que le Saint-Siège est tout à fait moderne. Que la position identitaire qu’il a choisie est l’une des possibilités de la modernité.

Le fondamentalisme religieux est un élément interne aux logiques de la modernité. Pour le dire avec Alain Touraine, certaines « formes négatives » de la « montée des subjectivités » produisent des replis identitaires, individuels ou « communautaristes ». Ils peuvent conduire à des fondamentalismes de tous ordres, dont ceux religieux que l’on définit comme l’implantation d’une vérité unique, d’une autorité unique et d’une identité unique. « Dans ces cas, écrit Touraine, les subjectivités sont englouties par des appareils de pouvoir qui, tout en parlant en leur nom, les transforment en leur contraire, puisqu’ils définissent chaque individu par son appartenance à une communauté qui ne reconnaît en son sein ni minorité ni opposition » [6].

Ce point dévoile le danger qui guette les « subjectivités » qui accèdent à la parole et à l’action, celui de prendre appui sur une identité fixe. Le conflit entre le Saint-Siège et l’ekklèsia des ekklèsia composé des groupes de la base découle d’une opposition entre différentes pratiques de l’identité. Alors que le Saint-Siège possède toutes les réponses, les groupes de la base qui vivent dans un entre-temps, dans un temps de préparation, d’expérimentation, de nouvelles relations, ne possèdent pas sous la main la solution qui rendrait le monde juste. Un des slogans qu’emploie Chico Whitaker pour expliquer que le Forum social mondial est plus qu’un congrès ou une rencontre ponctuelle, qu’il est un processus continu, ce slogan est le suivant : « apprendre à désapprendre ». Cela veut dire que les personnes actrices du changement des relations ne sont pas celles qui savent. Dans le feu de l’action, elles ne visent pas d’abord à éduquer leurs partenaires, à leur faire prendre conscience de ce qu’elles ont compris. À l’inverse, elles sont plutôt disposées à apprendre des autres et à travailler sur leurs propres paradoxes comme moteur de la transformation.

Le Saint-Siège n’est pas traditionnel alors que les groupes chrétiens de changement sociaux seraient avant-gardistes. Nous sommes tous et toutes modernes. Nous participons tous et toutes à l’émergence des « subjectivités multiples », le Saint-Siège y compris, en tant que parole religieuse minoritaire dans un monde déchristianisé. La différence entre le Saint-Siège et les groupes chrétiens de la base est que le premier a choisi une identité fixe, tandis que les deuxièmes sont en train de construire des identités mouvantes à partir du critère de la justice entre les humains, et entre les humains et la Terre. Ceux-ci vivent dans un entre-temps, un temps de préparation d’un « autre monde possible ».

Le 25 janvier 1959, le pape Jean XXIII convoquait le deuxième concile du Vatican. Il appelait l’Église à une ouverture, à un changement, qui était déjà très bien préparé par les actions chrétiennes et par les productions théologiques universitaires des décennies précédentes. Si aujourd’hui, à l’occasion du cinquantième anniversaire de cette convocation, l’on désire faire mémoire de cet événement, cela veut dire être appelé par une ouverture, par un changement, qui est déjà très bien préparé par les actions chrétiennes et par les productions théologiques des dernières décennies. Dans cet entre-temps que nous habitons, ce changement, nous le faisons déjà advenir, individuellement et dans les réseaux de groupes d’action, en nous engageant concrètement dans une action qui consiste à changer les relations.


denise.couture.2@umontreal.ca

(Soirées Relations 2009)

 


 

[1]  Je remercie Jean-François Roussel d’avoir attiré mon attention sur ce texte.

[2]  Chico Whitaker, Changer le monde, Paris, Éditions de l’Atelier, 2006, p. 54.

[3]  Ibid, p. 24.

[4]  Voir Alain Touraine, Un nouveau paradigme. Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, Paris, Fayard, 2007.

[5]  Voir Rosi Braidotti, Nomadic Subjects. Embodiment and Sexual Difference in Contemporary Feminist Theory, New York, Columbia University Press, 1994.

[6]  Alain Touraine, op. cit., p. 140.

 

 

 

 

 

 

 

 

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