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Jonathan Blais est un jeune
responsable de la pastorale sociale dans un
quartier populaire de Montréal, la Petite
Patrie. Avec d’autres jeunes, il fait partie de
communautés de base : Communauté chrétienne
missionnaire; Chrétiens, chrétiennes dans la
Cité. Il a participé à des programmes
intercommunautaires qui l’ont amené au Honduras,
au Guatémala. Il est aussi impliqué dans le
comité national des Journées Sociales du Québec.
Je voudrais en
premier lieu vous remercier de l’invitation que
vous m’avez faite de venir partager les rêves
que je peux porter, et répondre à la question:
«Est-ce que Vatican II me rejoint encore comme
jeune aujourd’hui?».
J’ai répondu oui
à l’invitation, et par la suite je me suis posé
la question : « Oui, mais est-ce que j’ai déjà
lu vraiment Vatican II? » C’est une question
légitime, parce que, oui, je connais Vatican II,
on m’en a parlé dans des formations
missionnaires avec les pères des Missions
étrangères. Et quand j’ai regardé la théologie
de la libération, c’était clairement indiqué que
c’était un fruit de Vatican II, dans la lignée
de Vatican II. Le travail que je fais en ce
moment, la pastorale sociale, ça s’inscrit dans
la suite de ce que Vatican II a initié.
Mais est-ce que
j’avais lu les textes? Pas vraiment.
Donc je me suis
mis au travail pour savoir si Vatican II
m’interpellait vraiment encore aujourd’hui. Et
je peux vous dire que j’ai lu! J’ai trouvé un
petit recueil tout abîmé qui parlait des textes
de Vatican II. Je me suis concentré surtout sur
la partie qui dit «une Église dans le monde
d’aujourd’hui, dans le monde de ce temps». Et
j’ai trouvé une grande actualité dans les textes
de Vatican II, des textes qui étaient encore
très pertinents pour moi et pour toute ma
génération — et celles qui vont venir encore
plus tard.
Quand on dit que
Vatican II nous invite à avoir une foi adulte,
qui reconnaît les difficultés mais qui est
capable ensuite de les surmonter, c’est une
interpellation très forte à plein de groupes de
jeunes que je connais aujourd’hui, qui ont
tendance davantage à rester dans les problèmes,
à tourner autour de ces problèmes-là et à
grandir avec ça, sans jamais déboucher sur un
«meilleur». Vatican II est très clair, il dit:
« Eh bien oui, il faut reconnaître les problèmes
et les surmonter pour aller vers plus de
justice, entre autres pour les déshérités. »
C’est une invitation très forte à sortir de
soi-même, à prendre conscience de qui on est,
avec des forces et des faiblesses, mais pour
aller vers le meilleur.
Ça c’est une
première invitation très pertinente encore
aujourd’hui, pour moi et pour plein d’autres que
je connais.
Ensuite, encore
dans la même section, « Une Église pour le
monde », on parle de la situation économique de
notre temps, de la société, et entre autres il y
a une partie qui m’a bien surpris et qui fait
mention des travailleurs qui viennent de
l’étranger pour travailler dans un autre pays.
Pour moi, il est clair que c’est très pertinent
encore aujourd’hui, en raison, entre autres, des
travailleurs saisonniers agricoles mexicains,
guatémaltèques qui viennent en grand nombre, de
plus en plus nombreux, dans nos terres au
Québec, pour envoyer un peu d’argent dans leur
famille. L’invitation du concile est très claire
encore sur ce point. Il dit: « Ils ne doivent
pas être considérés comme des instruments de
travail » — ce qui arrive dans certaines fermes
du Québec — « mais bien plutôt comme des
hommes. »
Toute l’économie
doit concevoir que la seule destination, c’est
l’humain, et qu’il ne faut pas se servir de lui
comme d’un instrument. Donc, c’était clair: dans
nos fermes, sur les terres à l’étranger, les
personnes doivent être considérées comme des
personnes et non pas comme des instruments. Et
en premier lieu il faudrait peut-être agir sur
les raisons pour lesquelles ces travailleurs
doivent quitter leur pays. Je trouvais cette
interpellation d’une actualité frappante,
fracassante même pour notre Québec
d’aujourd’hui, pour ma génération.
L’autre aspect
qui m’a aussi touché, c’est quand il est
question de la paix. On peut dire que la guerre,
tout ce qui entoure la paix, c’est toujours
d’une actualité extrême. Le concile invite à
concevoir la paix non pas seulement comme
l’absence de guerre, mais comme œuvre de
justice. Cela ouvre les yeux, ouvre le cœur, de
dire comment amener plus de justice pour bâtir
une paix durable: pas seulement attendre
l’absence de guerre, mais bâtir un monde
nouveau.
Ce sont des
interpellations que j’ai lues, que j’ai
soulignées, que j’ai encerclées au crayon de
plomb quelquefois. Je me suis dit: « C’est un
livre qui est d’une actualité incroyable pour le
Québec, pour les générations présentes qui n’ont
pas connu Vatican II et qui vont être
interpellées par Vatican II. Je me suis rappelé
un poème que j’ai lu il y a quelque temps déjà,
écrit par Eduardo Galliano, sur la question de
l’utopie. Bon, je ne vois pas Vatican II comme
utopique… Mais il y a des éléments intéressants.
Ça disait : « Elle est à l’horizon. Je
m’approche de deux pas, et elle s’éloigne de
deux pas. Je chemine dix pas, et l’horizon
s’enfuit de dix pas. Pour autant que je chemine,
je ne m’en rapproche pas. À quoi sert l’utopie?
Elle sert à ceci: à cheminer. »
Selon moi,
Vatican II, c’est un peu comme ça. Il a tracé
une ligne d’horizon, une ligne d’horizon très
claire, où il y a un rêve de justice, d’un monde
meilleur et d’une société égalitaire. Souvent,
dans les textes que j’ai lus, je n’en revenais
pas des mots qui revenaient à plusieurs
reprises: dignité, justice, transformation du
monde, bien commun, liberté, responsabilité et
conscience. Je crois que ce sont des mots encore
très brûlants, écrits en lettres de feu, si je
peux m’exprimer ainsi, qui résonnent encore
fortement aujourd’hui.
À ce moment-ci,
Vatican II n’a pas à être conjugué au passé,
mais bien au présent et même au futur. Il y a
beaucoup de choses à faire encore dans cette
ligne. Je crois que cet horizon est très
éclairant, autant pour notre Église que pour la
société dans laquelle nous sommes. C’est
prometteur. Il y a des choses qui ont été
faites. Il y en a d’autres qui ont été
abandonnées, mais qui doivent redevenir très
actuelles.
Alors voilà, les
rêves que j’ai pour mon Église. Ce sont
justement les rêves qu’elle a su formuler à
travers Vatican II. Qu’elle soit encore capable
de les formuler aujourd’hui, qu’elle soit
capable de les reprendre ces rêves-là, et qu’on
puisse continuer à avancer. C’est ce que j’avais
à vous dire.
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