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Sylvie Latreille est théologienne et membre de
l’équipe de direction de l’Institut de pastorale
des Dominicains à Montréal. Elle est
personne-ressource dans plusieurs projets de
pastorale au Québec et au Nouveau Brunswick.
Elle donne aussi des cours aux Universités de
Moncton et de Montréal.
L’Église dont je rêve, je l’entends déjà plus que je ne la
vois! Je vous invite à écouter avec moi
J’entends une voix dans le désert. Elle se manifeste de
manière persitante. Que dit-elle? Elle résonne à
mes oreilles comme une voix prophétique. C’est
la voix de l’évangélisation. Sans trop faire de
bruit sur la place publique, cette voix convoque
la mise en œuvre de tout un chantier. Elle
entraîne dans son sillon, un vaste mouvement
dans l’ensemble de l’ecclésia. Ces dernières
années, l’ecclésia est à composer une grande
symphonie : celle d’annoncer Jésus Christ.
Puisant aux harmoniques de la tradition des
prophètes, j’entends l’ecclésia orchestrer les
différentes partitions de cette œuvre magistrale
de la Parole de Dieu. Son action pastorale et
ecclésiale retrouve la source de son engagement.
Un retour aux sources en plein désert. Peut-être
fallait-il que les circonstances l’amènent en ce
lieu unique de rencontre avec Dieu? Comme au
temps de François d’Assise, l’Église et le monde
ont besoin de prophètes qui engagent leur vie
dans des parcours significatifs et inspirés par
la Parole et par Jésus Christ pour notre
aujourd’hui. Ces manières de vivre ont un impact
réel sur l’ecclésiologie de notre temps. Il
serait dommage de croire que l’Église a épuisé
toutes les manières de vivre le message du
Christ dans la proposition des modèles. La voix
de l’annonce de l’évangile monte du désert le
plus éloigné pour insuffler un nouvel élan de
Vie, aussi pour l’Église.
Comme j’aimerais entendre une douce mélodie : celle de la
conversion, celle du cœur transformé de
l’ecclésia par la Parole de Celui qui la précède
dans l’exercice de sa fonction prophétique.
J’entends le bruissement de milliers de sourciers et de
sourcières qui se laissent saisir par la Parole,
au désert. Laïques et clercs, hommes et femmes,
jeunes et moins jeunes, de cultures différentes,
de langues maternelles différentes, de tout
ministère. Cette saisie les invite à la
rencontre et la relecture de leur propre
expérience croyante. Cette découverte ouvre un
horizon à leur quête de sens pour aujourd’hui.
Alors monte en elles et en eux, l’écho de leur
désir : c’est celui de faire connaître Jésus
Christ au monde. Quel défi! C’est le temps
d’entendre chez l’autre comment se manifeste
cette présence et l’aider à nommer le Christ
vivant dans son itinéraire. Les voix de ces
sourciers et de ces sourcières, je les entends.
Elles initient des enfants à la foi chrétienne,
elles éduquent des adultes à la maturité de la
foi, elles enseignent pour articuler la foi et
pour former des chrétiens et des chrétiennes.
Ces femmes et ces hommes ont découvert un
trésor : ce trésor est un puits. Son eau
désaltère toute soif de Révélation du Mystère
de la Parole de Dieu. Abreuvé-es de cette eau
vive, les sourciers et les sourcières sont des
adultes dans la foi et ces personnes sont
pleinement responsables. Elles forment un chœur
qui chantent des paroles personnelles sur une
musique communautaire au nom de leur foi en
Jésus Christ.
Comme j’aimerais entendre que ces prises de paroles de foi
d’adultes ont de l’écho dans l’ecclésia. Au
service de la Parole, tant de sourciers et
sourcières travaillent jusqu’à la dernière heure
malgré les fatigues de la journée. Ce sont
disciples au service de la Parole. Comme
j’aimerais que l’Église convoque chacun et
chacune en reconnaissant leurs talents et leur
originalité. Alors, il sera possible d’entendre
l’interprétation de la symphonie par l’ensemble
de tous les instruments pour accompagner leur
chant, dans le désert.
J’entends des milliers de parents qui surgissent de partout;
ils viennent reconduire leurs enfants à la
catéchèse, souvent à haut cri. Mais tout le
monde ne hurle pas au même diapason. Des fois,
des balbutiements trouvent oreille dans le
désert. S’ouvrent alors des voies inédites pour
répondre aux exigences des cheminements à
proposer à des adultes et à des recommençants.
Ces parents emboîtent le pas à la suite de leurs
enfants pour mieux entendre ce qui se passe dans
leur propre vie, à la lumière du message de
Jésus Christ. Alors, tel un chuchotement, tout
discret, de nouvelles semences tombent en terre
et de toutes petites tiges percent la surface,
la plus désertique des résistances.
Comme j’aimerais entendre pousser cette nouvelle floraison
dans l’ecclésia d’aujourd’hui. Ce serait comme
de nouveaux fruits de l’évangélisation. Ces
parents ne sont pas de la même génération que
celles de leurs aîné-es. Leurs préoccupations,
leur intérêt, leurs défis, leurs rêves ne sont
pas les mêmes. Dans l’expression et la pratique
de leur foi, ces parents apportent avec eux les
tendances lourdes de notre temps. L’écologie,
l’environnement, la mondialisation, le
libre-échange, le multi-culturalisme, la
pluralité. Leur apport dans l’ecclésia vient
bousculer nos acquis car les questions du salut
se posent autrement. Les auditionner c’est comme
se faire l’oreille à de nouvelles tonalités.
Comment créer des espaces pour poser ces notes
nouvelles dans la symphonie sans provoquer de
discordance?
J’entends des milliers de bénévoles qui bourdonnent avec les
sourciers et les sourcières de la Parole. Ces
personnes sont de toutes les générations, de
toutes les cultures et de tous les horizons.
L’annonce de la Bonne Nouvelle a ouvert leurs
tympans. Alors, il leur est possible d’établir
un dialogue entre la Parole et leurs histoires
de vie. Une Église de bénévoles se profile à
l’horizon. L’apport de ces personnes
décloisonnent toute frontière de spécialités ou
d’exclusivité pour faire Église.
Comme j’aimerais entendre la musicalité des notes de
partenariat en Église; elles résonnent du
travail et de la collaboration des bénévoles.
Trop souvent, il arrive que leur présence
dérange, au risque même de museler leur parole.
Combien nos surdités sont coriaces dans la
cacophonie des appels à toute égalité? Les voix
montent de toutes parts du fond du désert, des
coins les plus isolés.
J’entends la rumeur du monde, tout autour de moi. Tout autour
de l’église… dans l’église. Ce monde, dont nous
sommes, a trouvé oreille auprès de Dieu. Dieu
a attendu le cri de son peuple. Et, avant toutes
fragilités, brisures, péchés, le monde est
d’abord aimé de Dieu, que ce soit celui d’hier,
celui d’aujourd’hui ou celui de demain. Le
monde, c’est ce grand peuple de Dieu que
l’Église, comme signe du royaume, est appelée à
rassembler, à assembler, et à annoncer le salut
offert par Dieu en Jésus-Christ. Ce peuple
appartient à Dieu : il est de Dieu et il marche
avec Dieu, il va vers Dieu, tout au long de
l’histoire. L’ecclésia est interpellée à faire
route avec le monde d’aujourd’hui. Dans le
dialogue avec le monde, j’entends des
gémissements de toutes parts.
Comme j’aimerais entendre plus haut et plus fort que, dans
son rapport au monde, l’ecclésia est signe du
Royaume de Dieu, au cœur de la condition
humaine, des luttes pour la justice, la paix et
pour la défense de la dignité de tout homme,
toute femme et tout enfant de notre temps. Un
chant de louanges monte sur les lèvres.
J’entends une voix dans le désert. J’entends des voix dans le
désert. Ces voix sont celles des croyants et des
croyantes qui se ressourcent au puits de la
Parole de Dieu. J’entends une grande symphonie :
l’ecclésia tout entière interprète l’œuvre de la
résilience pour notre aujourd’hui.
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