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Le
National Catholic Reporter en date du 16
mars 2001 informe ses lecteurs des rapports soumis
à Rome depuis février 1994 sur des relations
sexuelles entre membres du clergé et religieuses
dans 23 pays. Le 20 mars, le Vatican confirmait
l’existence du dossier en ces termes: il
s’agit de «certaines situations négatives»,
elles sont «limitées à une zone géographique
restreinte». Les euphémismes utilisés
recouvrent du harcèlement, des agressions, des
grossesses non désirées, des avortements,
peut-on conclure après la lecture de l’enquête
interne du journal américain. L’Afrique est le
pays le plus visé mais il n’est pas le seul.
L’Asie, l’Europe, l’Amérique du nord le
sont aussi.
Violences sexuelles faites à des religieuses
Comment
expliquer que les abus sexuels touchent ici des
religieuses , donc des femmes qui ont choisi le célibat
et une vie de chasteté pour le royaume? Une
raison qui revient dans tous les rapports est la
crainte du sida. Les risques sont moindres avec
des partenaires encore vierges. De plus, la résistance
est moindre chez de jeunes religieuses naïves,
soumises plus que d’autres aux impératifs
masculins et au modèle patriarcal dominant.
Ajoutons que, dans certains pays, le célibat et
la chasteté ne représentent pas des valeurs.
Parfois, la promesse de célibat des prêtres est
même vue comme promesse d’abstention du
mariage, non promesse de renoncer aux relations
sexuelles et à la paternité. Les rapports font même
état de recommandations ou d’autorisations de
travail dans les diocèses qui se monnayent pour
des faveurs sexuels par certains nouveaux
puissants qui ont tout jeunes appris
l’exploitation des personnes. Le système
colonial n’est pas si loin après tout.
Évidemment
les cultures sont à pénétrer avant de comparer,
de juger et de condamner. D’autant plus que l’Occident
ne s’impose plus comme la civilisation avec un
grand "C " parfaite régulatrice du
monde, apogée de l’humanité. Depuis le
rapprochement des continents par les moyens de
communication et les horreurs vécues au dernier
siècle dans les pays du soleil couchant, le
parfait modèle s’est vu questionné. Et il faut
essayer de comprendre d’autres modèles…
La politique du silence
Pourquoi
après la divulgation du diagnostic, camoufler les
difficultés dans le silence, puis une fois les
malaises dénoncés au grand jour les minimiser en
méprisant les victimes et en retardant
l’application de solutions adéquates?
Par
honte et crainte du scandale certainement mais
par-dessus tout par les failles inhérentes aux
structures de l’institution ecclésiale, son
pouvoir centralisé où les cultures sont ignorées,
où la domination des responsables est abusive, où
le vrai débat est proscrit, la discussion
intellectuelle censurée, le dialogue critique
suspecté de déviations avant même d’être
terminé. L’utilisation du secret comme arme
protectrice de l’autorité, nuit à la
transparence des rapports sans parler de l’inadéquation
des alternatives qui reposent principalement sur
les sanctions, la peur, les menaces d’exclusion,
les bris de carrière et l’isolement Tous ces
recours à la force du puissant système
accentuent les traumatismes et les déviations
plutôt que de tenter de les corriger par la compréhension,
la responsabilisation, le soutien et la compassion
authentique, sans infantilisation et encouragement
à l’immaturité.
Ces
articles auront eu le mérite de décrire les
drames humains que cache une Eglise que l’on
souhaiterait vraiment solidaire des sans défense.
Ils auront également, souhaitons-le, sonner un réveil
(une Pâques) d’ une institution qui se sclérose,
drapée dans ses certitudes, menacée et orientée
par sa droite, sourde aux représentations des
voix davantage progressistes depuis Vatican II.
Soeur O’Donohue parle de désillusion et de
cynisme de plusieurs dans la communauté.
Comment éviter les abus d’une structure masculine
et pyramidale?
Par
la participation entière et égalitaire de toutes
comme de tous aux décisions, orientations et préalablement
aux débats. Ce qui suppose l’ouverture de
l’information pour un dialogue éclairé. Un
accueil des opinions divergentes pour évaluation.
Une véritable conversion pour notre Eglise qui
soustrait même aux évêques certains sujets réservés
. Que préserve-t-elle ainsi? Certes pas la foi,
ni la paix, ni la charité. Une valeur plus haute
pour elle? Parions pour l’ordre? Alors où est
son succès avec ces rapports? Il se trouvera bien
un jour quelques sages pour ouvrir les yeux
.C’est le cœur et la conscience que l’Esprit laboure .
Le
reportage du National Catholic Reporter et
l’article
de Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir m’ont
replongée dans une expérience que des collègues
(5) et moi avons vécu ces récentes années. A la
demande de l’épiscopat du Québec (comité des
affaires sociales), nous avons travaillé sur la
problématique de la violence faite aux femmes à
l’intérieur de l’Eglise et suggéré des
alternatives pour contrer cette violence. Après
trois versions du rapport aucune suite n’a
encore été appliquée. Même si la violence au
travail sous diverses formes a été reconnue et
des cas de violence comme déviation de l’acte
professionnel (l’acte pastoral en
l’occurrence) ont aussi été admis comme
possibles, rien n’a encore été fait. Comme
pour le rapport Dumont le silence et l’inaction
ensevelissent les recommandations et les
orientations.
Je
ne parle pas de la partie du rapport qui évoquait
la violence systémique dans notre Église, elle
fut fortement refusée par la grande majorité de
l’épiscopat. Rien à corriger sur les discours
tant moraux que théologiques ou liturgiques, rien
à redire sur le droit ecclésiastique, sur les méthodes
de fonctionnement , la consultation, la
participation, la transparence, les menaces, les
sanctions, les exclusions, tout est bien et normal
pour les femmes comme pour les évêques, rien à
rêver de mieux.
AU
QUÉBEC aussi les autorités gardent silence et ne
trouvent rien à améliorer trois ou quatre ans
après avoir eux-mêmes demandé une réflexion et
des suggestions. Il y a matière à interroger un
esprit normal devant pareilles attitudes. Que
cachent ces comportements si répandus dans
l’institution, de ROME à QUÉBEC?
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