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Lettre ouverte au cardinal Ouellet :
Un Congrès eucharistique en temps de pénurie de prêtres

Le Groupe du Manifeste d’Ottawa

 

 


Le Groupe du Manifeste d’Ottawa est composé de catholiques engagés dans la vie de l’Église. Ce groupe se préoccupe activement, depuis plus de dix ans, du problème de la pénurie des prêtres.

À l’occasion du Congrès eucharistique international de Québec, le groupe fait appel au cardinal Ouellet pour qu’il initie un plan d’action qui enrayerait la crise qui laisse à l’abandon sans pasteur, des centaines de communautés chrétiennes.

 

Le Congrès eucharistique international de Québec du 15 au 22 juin 2008 servira-t-il à autre chose qu’à masquer, pour un moment encore, le désarroi des catholiques confrontés à une pénurie de prêtres de plus en plus critique? Quelle espérance apportera-t-il à ces milliers de catholiques qui ont l’impression d’être abandonnés par leur Église ? Quelle réponse apportera-t-il à ce prêtre qui disait : « Pasteur de trois paroisses, je ne sais plus où je me situe. Il n’y a plus personne avec qui j’établis une véritable relation en tant que pasteur. C’est comme si je flottais quelque part, ailleurs, sans liens personnels significatifs. » 

Parmi les enjeux liés au Congrès eucharistique, nous voulons donc souligner celui de la pénurie des prêtres qui est cruciale. Il faut des prêtres pour présider les célébrations eucharistiques, et le nombre grandissant de paroisses qui en sont privées constitue une source inacceptable de souffrance. Il faut des pasteurs qui participent aux questionnements auxquels sont confrontés les individus et les familles d’aujourd’hui dans leur cheminement dans la foi. Les gens ont besoin de pouvoir établir un contact personnel avec un prêtre, ce qui s’avère de plus en plus difficile.

Comment remédier à cette crise due, pour une large part, à la fixation de Rome sur une discipline désuète? C’est tout un pan de la chrétienté qui est en train de perdre son âme, plus ou moins trahi par l’Église qui devrait la nourrir. La situation qui se détériore n’est plus acceptable. Le vieillissement des prêtres laisse prévoir que dans cinq ans plus de la moitié des églises encore ouvertes devront fermer.

Un appel

Que faire pour sortir de l’impasse dans laquelle l’Église catholique s’est enfermée? Le Congrès Eucharistique  constitue un événement privilégié pour déclencher le virage attendu. Il a pour thème « l’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde ». Qui en rendra possible la célébration?

Nous faisons appel au cardinal Ouellet pour débloquer la situation.

Le principe est clair : si l’Église ne peut garantir la célébration de l’Eucharistie dans chaque paroisse, pour chaque communauté, elle doit changer les règles de l’accession au ministère ordonné. Le recours plus ou moins magique au « priez pour les vocations » ne suffit pas. 

Lors du synode international sur l’Eucharistie d’octobre 2005, les évêques du Canada et en particulier la représentation des évêques du Québec ont joint leurs voix à celles, insistantes, de laïcs et d’évêques d’Europe et des autres pays d’Amérique. Ils se sont exprimés sans détour sur la crise qui se poursuit, conscients que nous ne pourrons plus continuer longtemps selon la même logique. 

Il faut obtenir du Vatican une déclaration qui permettrait de sortir ce Congrès de la contradiction qui le voue en bonne partie à l’échec?  Le temps des accommodements ou des aménagements pastoraux pour combler les vides, comme on s’est plu à le faire au cours des dernières années, est passé. Il s’agit maintenant d’assurer la survie des communautés chrétiennes! Des changements décisifs sont urgents.

Le cardinal Ouellet, en collégialité avec les évêques du Canada et des autres pays affligés de la pénurie de prêtres, doit intervenir auprès de Rome. Assurés du soutien de milliers de fidèles, ils doivent réclamer la révision de la règle du célibat obligatoire pour les prêtres ainsi que celle de l’exclusion des femmes du sacerdoce ministériel, qui sont, pour une large part, la cause de la crise en cours. Cette démarche pressante découle de leur fonction même de pasteurs responsables de leurs églises. Le Congrès eucharistique international  doit marquer une nouvelle étape dans la vie de l’Église.

Un nouveau visage de l’Église

Depuis les origines, l’Eucharistie est au centre de la vie des communautés chrétiennes. La même expérience rejoint les communautés d’aujourd’hui reliant ainsi le présent au passé. En même temps qu’est rappelée la mémoire de Jésus, la volonté de poursuivre son oeuvre de transformation du monde est réaffirmée.

C’est dans cette perspective qu’interpellé par les besoins de notre époque, le Vatican doit réévaluer ses règles d’un autre temps touchant le célibat obligatoire. Au niveau des diocèses, il faut identifier, au sein des communautés locales, les personnes mariées, hommes ou femmes, susceptibles d’assumer la tâche de pasteurs. Des centaines de paroisses subsistent grâce aux femmes. Qu’attend-t-on pour ouvrir la porte à leur ordination?

Pour atténuer l’intensité de la crise, il faut réintégrer les prêtres aujourd’hui mariés qui en ont le désir. Ils viendront, dans la situation d’urgence actuelle, prêter main-forte à ces derniers de série que sont  leurs confrères encore actifs.

Nous avons le droit d’espérer que le Congrès eucharistique international ne sera pas un autre grand déploiement sans lendemain qui s’ajoute à la série de déceptions que l’Église institutionnelle sert à son peuple depuis des années. Il ne faudrait pas trop abuser de la confiance des chrétiens.

 

 

Guy Morrissette
Pour le « Groupe du Manifeste d’Ottawa »
1694, Promenade Sunview
Ottawa (Ontario)  K1C 7M8

gmorrist@magma.ca

 

 

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