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Le congrès sur les vocations : un autre rendez-vous manqué
Le Groupe du Manifeste

Du 18 au 21 avril prochain se tiendra à Montréal, Canada, un Congrès continental sur les vocations auquel participeront des représentants des Églises catholiques du Canada, des États-Unis et du Mexique.

Une étude sur les vocations est-elle une ou la solution aux problèmes qui confrontent l'Église d'aujourd'hui?  Le Groupe du Manifeste d'Ottawa ne le croit pas.  Dès 1998, à cause de la pénurie des prêtres, il demandait aux évêques canadiens d'étudier la question des ministères ordonnés et de leur accès aux hommes mariés et aux femmes.

Le Groupe revint à la charge lors du Synode des évêques à Rome l'an dernier et aujourd'hui il réitère ses demandes dans le texte ci-joint qu'il fait parvenir aux évêques canadiens, à certains médias canadiens et américains ainsi que, par internet, à plusieurs groupes intéressés à travers le monde.

Les rapports des rencontres préparatoires au Congrès continental sur les vocations qui se tiendra à Montréal du 18 au 21 avril, indiquent que des milliers de catholiques à travers le Canada, les États-Unis et le Mexique ont discuté des deux enjeux déclarés tabou par le Vatican présentement, celui de l'ordination des femmes et celui de la règle du célibat obligatoire des prêtres.

Après avoir annoncé qu'il y aura place à la discussion ouverte de toutes les questions, les responsables du Congrès rappellent que les consensus, susceptibles d'en sortir touchant ces enjeux, ne sauraient faire l'objet de recommandations auprès du Vatican ou des Conférences épiscopales. Tout se passe comme si le Vatican préférait recourir à la pensée magique, en s'imaginant que la crise va se régler par quelque force divine. Le Groupe du Manifeste d'Ottawa déplore cet autre rendez-vous manqué de l'Église. Le Groupe invite tous les catholiques et de façon plus spécifique, les participants au Congrès à faire pression auprès des organisateurs afin que soient officiellement remis au Vatican toutes les recommandations qui auront été l'objet d'un consensus tant au niveau des sessions préparatoires qu'à celui du congrès lui-même.

Face à la pénurie des prêtres et aux fermetures de paroisses, il devient de plus en plus difficile pour un nombre croissant de catholiques de rester silencieux devant une institution qui, au lieu d'aborder de front les enjeux de l'heure et de se mettre à l'écoute des signes des temps, demeure fixée sur des positions devenues intenables. Des milliers de catholiques ont pris leur distance par rapport à une Église qui, pour eux, a perdu toute crédibilité. Ils marquent du même coup leur refus d'un mode de fonctionnement qui ignore les règles élémentaires du processus démocratique.

Le nombre de prêtres diminue et ceux qui sont encore engagés dans le ministère en paroisse vieillissent. On en compte presque la moitié moins qu'au tournant des années 1970. Pendant ce temps, la population catholique en Amérique du Nord a augmenté. Entre 1971 et 2000, le nombre de prêtres est passé de 13,750  à moins de 9000. Leur moyenne d'âge dépasse 60 ans. Cette situation est une source de souffrance pour des milliers de paroissiens, qui se sentent abandonnés, et considèrent que la vie de leur communauté est en péril.

Si on peut se réjouir du fait que l'entreprise de réaménagement pastoral en cours commence à redonner aux laïques la place qui leur revient, il n'en demeure pas moins vrai qu'il ne faut pas perdre de vue la préoccupation, entretenue depuis plusieurs décennies, de conserver des communautés à taille humaine. Le constat est bien établi : la vitalité d'une communauté se mesure à la qualité de l'interaction des chrétiens entre eux et avec leur pasteur. Or cela n'est tout simplement pas possible lorsqu'un prêtre est responsable de deux trois ou même quatre paroisses comme le cas se généralise actuellement. Et tout cela, en attendant que ce prêtre meure, sachant qu'il n'y a pas de remplaçant qui pointe à l'horizon.

Les participants aux sessions préparatoires au congrès ont été invités à s'exprimer sur leurs motifs d'espérance, sur ce qui les fait hésiter à encourager quelqu'un à devenir prêtre ou religieux et enfin sur l'action à poursuivre pour promouvoir les vocations. Le peu de valorisation sociale de la tâche de pasteurs compte pour beaucoup dans le refus des jeunes à s'engager dans cette voie. À quoi s'ajoute le sens de l'éphémère, caractéristique d'une société axée sur l'immédiat, qui croit difficilement à la durée. Mais au delà de ces phénomènes d'ordre social, une autre réalité apparaît de plus en plus nettement à l'ensemble des catholiques. Ils ont compris, et ils l'affirment de plus en plus qu'il est urgent de repenser les règles en place ainsi que les voies nouvelles à explorer dans le choix et la formation des nouveaux ministres ordonnés.

La rencontre de Montréal laisse beaucoup de questions en suspens. Il ne faudrait pas que ce congrès qui coûte des milliers de dollars aux catholiques vienne s'ajouter au catalogue des vœux pieux d'une Église décrochée de la réalité. Que faire pour que  cette Église ouvre les yeux, elle qui jadis suscitait l'espoir en parlant des signes des temps ? Que des hommes et des femmes veuillent faire de leur vie un don exclusif à Dieu sera toujours un signe merveilleux de la puissance de l'action du divin en la personne. Mais est-il opportun à notre époque que cette vision monastique continue à être la règle à imposer aux candidats et aux candidates au ministère ordonné ? Ne devient-il pas urgent d'ordonner des femmes et des hommes célibataires ou mariés et de mettre en place les étapes de formation préalable ? Bref, il est grand temps d'intervenir pour que tarisse l'impression, répandue chez un nombre croissant de fidèles, d'une Église qui trahit son peuple. Plusieurs croient qu'il faudra attendre que la forteresse s'écroule avant que quelque chose ne change. Certains espèrent qu'ils se trompent ! Malheureusement, les chances que le congrès continental sur les vocations les appuie paraissent bien minces!

 

Ottawa 26 mars 2002

 

 

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