Culture et Foi > Groupe du Manifeste > Appel aux évêques du Canada (octobre 2003)

Lettre aux évêques du Canada (octobre 2003 ) :
face à la pénurie de prêtres, un appel aux  évêques pour UNE PAROLE D’ESPÉRANCE
Le Groupe du Manifeste d’Ottawa 


La pénurie de prêtres qui affecte l’Église en Occident ne fait que s’aggraver. Des statistiques révèlent que, dans l’ensemble des diocèses catholiques au Canada, la moyenne d’âge des prêtres est de plus de 60 ans. 25 à 30% des paroisses n’ont plus de prêtre résidant. Plusieurs églises sont fermées. Des communautés de plus en plus nombreuses sont privées de la messe dominicale. Des milliers de chrétiens se sentent désemparés.

 

La lettre encyclique L’Église vit de l’Eucharistie du 17 avril 2003 considère comme « douloureuse et anormale la situation d’une communauté chrétienne, qui ayant les caractéristiques d’une paroisse, manque d’un prêtre pour la guider » (32). Mais le Vatican n’en demeure pas moins insensible à la situation et continue de préconiser des règles périmées. Dans ce contexte, où se mêlent contradiction et sentiment d’abandon, les catholiques attendent une prise de  position des évêques qui va plus loin que la prière pour les vocations.  Les évêques canadiens sont invités avec instance à se concerter au plan national et avec les conférences d’autres pays en vue de proposer un plan réaliste visant à assurer qu’il y aura des prêtres demain. Leur silence, perçu par les fidèles comme un aveu d’impuissance face au refus du Vatican, ne saurait durer davantage alors que la situation devient de plus en plus critique.

        

Le réaménagement pastoral mis en place pour pallier à la rareté des prêtres s’essouffle. Tous les synodes diocésains tenus au cours des quinze dernières années ont fait les mêmes recommandations : former les jeunes qui se présentent, mais aussi accueillir des adultes, mariés ou non, hommes ou femmes, s’assurer de leur formation et les ordonner. Bref, le temps est venu de définir un nouveau projet, en tenant compte des attentes du Peuple de Dieu.  Il importe aussi dans cette démarche d’évaluer ce qu’apporte l’émergence d’un laïcat chrétien responsable, dont on peut à bon droit se réjouir.

 

Une autre sorte d’Église

 

Des centaines de laïcs, hommes et femmes, prennent sur eux de porter et de faire vivre leur  communauté. Plusieurs ministères autrefois assumés par le prêtre le sont par des laïcs qui se chargent de la catéchèse préparatoire aux sacrements, de la communion aux malades, de la présidence des assemblées dominicales sans prêtres, des baptêmes, des funérailles. Tout indique que nous allons vers une nouvelle répartition de la tâche des laïcs et des prêtres dans  l’Église. Il reste à définir ce qui relève, de façon spécifique, de  l’un et de l’autre. De toute manière, un fait demeure : une Église décléricalisée et adulte est en train de naître.  

Un sentiment de désespérance

 

Par contre, malgré l’entreprise de réaménagement pastoral actuelle, un profond sentiment de désespérance s’installe un peu partout, non seulement chez les pratiquants, mais aussi auprès des distants qui ont l’impression de voir mourir lentement une institution qui n’arrive pas à lire « les signes des temps ». Les chrétiens « ordinaires » sont inquiets. L’angoisse étreint les plus âgés. Ils ont déjà perdu leur pasteur, souvent chargé de deux ou trois autres paroisses, ou bien, leur pasteur est à l’âge de la retraite, et aucun remplaçant ne se présente. Les gens s’interrogent : notre église sera-t-elle fermée et mise en vente ? À quelle paroisse serons-nous rattachés ?

 

Derrière ces questions se profilent celles, plus graves encore, des célébrations liturgiques – en particulier l’eucharistie du dimanche – qui construisent la communauté chrétienne et l’alimentent spirituellement. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de l’Église. Le rassemblement du dimanche  suppose un lieu d’appartenance, il suppose de la continuité et un pasteur. Une communauté ne peut rester longtemps vivante sans un pasteur bien identifié, pas plus qu’une association ne peut fonctionner sans un président. Il faut aussi faire état de l’épuisement des prêtres. Plusieurs se voient comme des derniers de série s’épuisant à la tâche sans trop voir à quoi sert le sacrifice qu’ils font de ces dernières années de leur vie.

 

Une parole d’espérance

 

Est-il possible, dans cette conjoncture, de faire jaillir une parole d’espérance ? Ou, faudra-t-il être les témoins silencieux d’un autre rendez-vous manqué de l’Église avec l’histoire ? Il est des signes des temps qui apparaissent comme des évidences. L’ère du fonctionnement théocratique de l’Église est révolue, la discrimination envers les femmes inacceptable et la règle du célibat obligatoire vide de sens. Face à cette réalité, on comprend que le risque est énorme que le Congrès intercontinental sur les vocations d’avril 2002, qui s’est enfermé dans une vision qui a fait son temps, ne mène nulle  part.

 

Coincés entre le Vatican et le Peuple de Dieu, les évêques canadiens doivent prendre position. Alors que la rareté des prêtres s’accentue et que la situation des paroisses ne cesse de se détériorer, ils doivent intervenir. « N’ayez pas peur ! »  lançait Jean-Paul II au début de son pontificat. Dans une récente interview, le Cardinal Walter Kasper, préfet du conseil pontifical pour l’unité chrétienne, affirmait qu’il est important que les évêques aient la liberté suffisante pour « appliquer de façon responsable, dans le contexte propre à chacun, les règles et les lois de l’Église universelle ». Sinon, « c’est la mort » de l’Église.

 

Les évêques doivent être solidaires des attentes profondes des fidèles. Il est urgent que  l’horizon dans lequel notre Église s’est enfermée soit débloqué. Le premier défi à relever, c’est de sortir de l’isolement et de décider ensemble des gestes à poser en tant que conférence des évêques du Canada pour faire face à la crise.

 

Cette prise de parole des évêques du Canada pourrait se présenter comme une Déclaration sur l’avenir des ministères ordonnés. Elle prendrait appui sur la dynamique mise en place par le réaménagement pastoral. Comme on peut s’y attendre, les ministres ordonnés pour demain sortiront de cette source neuve du laïcat engagé. Le plan d’action des évêques devrait préciser les critères de choix et en particulier le rôle de la communauté, ainsi que les modalités de la formation, en s’inspirant de l’expérience des autres confessions chrétiennes au Canada. Les catholiques ont besoin de voir agir leurs évêques ne serait-ce que pour alléger l’accusation qui pèse sur eux d’une Église qui a abandonné son peuple.

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca