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La pénurie
de prêtres qui affecte l’Église en Occident ne
fait que s’aggraver. Des statistiques révèlent
que, dans l’ensemble des diocèses catholiques
au Canada, la moyenne d’âge des prêtres est de
plus de 60 ans. 25 à 30% des paroisses n’ont
plus de prêtre résidant. Plusieurs églises sont
fermées. Des communautés de plus en plus
nombreuses sont privées de la messe dominicale.
Des milliers de chrétiens se sentent désemparés.
La lettre
encyclique L’Église vit de l’Eucharistie
du 17 avril 2003 considère comme « douloureuse
et anormale la situation d’une communauté chrétienne,
qui ayant les caractéristiques d’une paroisse,
manque d’un prêtre pour la guider » (32).
Mais le Vatican n’en demeure pas moins
insensible à la situation et continue de préconiser
des règles périmées. Dans ce contexte, où se mêlent
contradiction et sentiment d’abandon, les
catholiques attendent une prise de
position des évêques qui va plus loin que
la prière pour les vocations.
Les évêques canadiens sont invités
avec instance à se concerter au plan national et
avec les conférences d’autres pays en vue de
proposer un plan réaliste visant à assurer
qu’il y aura des prêtres demain. Leur silence,
perçu par les fidèles comme un aveu
d’impuissance face au refus du Vatican, ne
saurait durer davantage alors que la situation
devient de plus en plus critique.
Le réaménagement
pastoral mis en place pour pallier à la rareté
des prêtres s’essouffle. Tous les synodes diocésains
tenus au cours des quinze dernières années ont
fait les mêmes recommandations : former les
jeunes qui se présentent, mais aussi accueillir
des adultes, mariés ou non, hommes ou femmes,
s’assurer de leur formation et les ordonner.
Bref, le temps est venu de définir un nouveau
projet, en tenant compte des attentes du Peuple de
Dieu. Il
importe aussi dans cette démarche d’évaluer ce
qu’apporte l’émergence d’un laïcat chrétien
responsable, dont on peut à bon droit se réjouir.
Une autre
sorte d’Église
Des
centaines de laïcs, hommes et femmes, prennent
sur eux de porter et de faire vivre leur
communauté. Plusieurs ministères
autrefois assumés par le prêtre le sont par des
laïcs qui se chargent de la catéchèse préparatoire
aux sacrements, de la communion aux malades, de la
présidence des assemblées dominicales sans prêtres,
des baptêmes, des funérailles. Tout indique que
nous allons vers une nouvelle répartition de la tâche
des laïcs et des prêtres dans
l’Église. Il reste à définir ce qui
relève, de façon spécifique, de
l’un et de l’autre. De toute manière,
un fait demeure : une Église décléricalisée
et adulte est en train de naître.
Un
sentiment de désespérance
Par
contre, malgré l’entreprise de réaménagement
pastoral actuelle, un profond sentiment de désespérance
s’installe un peu partout, non seulement
chez les pratiquants, mais aussi auprès des
distants qui ont l’impression de voir mourir
lentement une institution qui n’arrive pas à
lire « les signes des temps ». Les chrétiens
« ordinaires » sont inquiets.
L’angoisse étreint les plus âgés. Ils ont déjà
perdu leur pasteur, souvent chargé de deux ou
trois autres paroisses, ou bien, leur pasteur est
à l’âge de la retraite, et aucun remplaçant
ne se présente. Les gens s’interrogent :
notre église sera-t-elle fermée et mise en vente ?
À quelle paroisse serons-nous rattachés ?
Derrière
ces questions se profilent celles, plus graves
encore, des célébrations liturgiques – en
particulier l’eucharistie du dimanche – qui
construisent la communauté chrétienne et
l’alimentent spirituellement. Ce qui est en jeu,
c’est l’avenir de l’Église. Le
rassemblement du dimanche
suppose un lieu d’appartenance, il
suppose de la continuité et un pasteur. Une
communauté ne peut rester longtemps vivante sans
un pasteur bien identifié, pas plus qu’une
association ne peut fonctionner sans un président.
Il faut aussi faire état de l’épuisement des
prêtres. Plusieurs se voient comme des derniers
de série s’épuisant à la tâche sans trop
voir à quoi sert le sacrifice qu’ils font de
ces dernières années de leur vie.
Une
parole d’espérance
Est-il
possible, dans cette conjoncture, de faire jaillir
une parole d’espérance ? Ou, faudra-t-il
être les témoins silencieux d’un autre
rendez-vous manqué de l’Église avec
l’histoire ? Il est des signes des temps
qui apparaissent comme des évidences. L’ère du
fonctionnement théocratique de l’Église est révolue,
la discrimination envers les femmes inacceptable
et la règle du célibat obligatoire vide de sens.
Face à cette réalité, on comprend que le risque
est énorme que le Congrès intercontinental sur
les vocations d’avril 2002, qui s’est enfermé
dans une vision qui a fait son temps, ne mène
nulle part.
Coincés
entre le Vatican et le Peuple de Dieu, les évêques
canadiens doivent prendre position. Alors que la
rareté des prêtres s’accentue et que la
situation des paroisses ne cesse de se détériorer,
ils doivent intervenir. « N’ayez pas peur ! »
lançait Jean-Paul II au début de son
pontificat. Dans une récente interview, le
Cardinal Walter Kasper, préfet du conseil
pontifical pour l’unité chrétienne, affirmait
qu’il est important que les évêques aient la
liberté suffisante pour « appliquer de façon
responsable, dans le contexte propre à chacun,
les règles et les lois de l’Église universelle ».
Sinon, « c’est la mort » de l’Église.
Les évêques
doivent être solidaires des attentes profondes
des fidèles. Il est urgent que
l’horizon dans lequel notre Église
s’est enfermée soit débloqué. Le premier défi
à relever, c’est de sortir de l’isolement et
de décider ensemble des gestes à poser en tant
que conférence des évêques du Canada pour faire
face à la crise.
Cette
prise de parole des évêques du Canada pourrait
se présenter comme une Déclaration sur
l’avenir des ministères ordonnés. Elle
prendrait appui sur la dynamique mise en place par
le réaménagement pastoral. Comme on peut s’y
attendre, les ministres ordonnés pour demain
sortiront de cette source neuve du laïcat engagé.
Le plan d’action des évêques devrait préciser
les critères de choix et en particulier le rôle
de la communauté, ainsi que les modalités de la
formation, en s’inspirant de l’expérience des
autres confessions chrétiennes au Canada. Les
catholiques ont besoin de voir agir leurs évêques
ne serait-ce que pour alléger l’accusation qui
pèse sur eux d’une Église qui a abandonné son
peuple.
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