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Suite au Synode sur l’eucharistie :
Lettre ouverte au cardinal Marc Ouellet

Le Groupe du Manifeste d'Ottawa


 

Le cardinal Ouellet a été président de la Commission du Message final au terme du Synode, le 23 octobre dernier. Il a ensuite été nommé membre du Conseil post-synodal chargé de la préparation de l’Exhortation apostolique, attendue à l’automne 2006. Archevêque du diocèse de Québec, il est le primat de l’Église canadienne. On  ne saurait douter que la contribution  qu’il apportera à cette Exhortation sera décisive.

La lettre ouverte qui suit, préparée par le Groupe du Manifeste d’Ottawa, se veut une invitation pressante à traiter de la question de l’ordination d’hommes mariés. Quatre des carrefours mis en place par les pères synodaux ont formulé des recommandations à cet effet, mais le message final n’en a pas parlé. L’Exhortation attendue devrait indiquer clairement que la réflexion doit se poursuivre. C’est l’avenir du christianisme qui est en cause. Le Synode sur l’Eucharistie ne saurait donc se clore sans laisser entrevoir des voies d’avenir réalistes à ces milliers de chrétiens qui refusent de désespérer.

 

Monsieur le Cardinal,

 

Vous avez présidé à la Commission chargée de préparer le message final du Synode sur l’Eucharistie qui s’est déroulé à Rome du 2 au 23 octobre. Vous êtes actuellement membre du Conseil post-synodal chargé de la préparation de l’Exhortation apostolique attendue au cours des  prochains mois. 

Nous avons lu avec intérêt le message final qui reflète les débats tenus sur la situation des « divers continents qui souffrent du manque de prêtres ». « Certains  prêtres, souligne la Déclaration, sont obligés de multiplier les célébrations et les déplacements d’un lieu à l’autre pour répondre le mieux possible aux besoins des fidèles au prix de grandes fatigues». Les évêques ont aussi exprimé leur douleur de voir se fermer tant d’églises privées de pasteur et leur inquiétude face aux milliers de croyants qui se sentent abandonnés. Nous comptons sur vous pour que l’Exhortation post-synodale tienne compte de la position des évêques dans plusieurs groupes de travail et  aborde résolument la question de l’ordination d’hommes mariés, débloquant ainsi une situation devenue scandaleuse.

Le rejet par le Synode de toute ouverture et de tout changement face à une situation qui continue de se détériorer, a été reçu comme une immense déception pour des millions de catholiques. Le peuple de Dieu avait espéré et avait le droit de s’attendre à plus de compréhension et de réalisme de la part des évêques. Qu’il faille prier pour les vocations, cela va de soi. Que l’abrogation de la loi du célibat obligatoire des prêtres ne règle pas automatiquement le problème de la pénurie des prêtres doit aussi être reconnu. Par contre, que des pans entiers de l’Église catholique soient abandonnés sans pasteurs est inacceptable. Le refus de pousser plus loin la réflexion sur l’opportunité d’ordonner des hommes mariés choisis par la communauté est reçu comme une trahison de son peuple  par l’Église catholique.   

Tout se passe comme si l’Église, sous prétexte de conserver la loi du célibat obligatoire, acceptait de sacrifier l’Occident chrétien. On ne compte plus le nombre d’églises fermées par manque de prêtres dans la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest. La même situation existe en Amérique. Au Canada, le nombre de paroisses sans prêtres est un véritable scandale.  

Confronté à cette situation qui se détériore année après année, on est en droit de se demander si dans l’Exhortation post-synodale attendue au cours de l’année 2006, une ouverture ne pourrait  pas être faite à l’ordination d’hommes mariés, en attendant que, dépassant les blocages douloureux actuels, soit également ouverte l’étude de l’ordination des femmes. Ne sont-elles pas pour une large part à la base de ce qui reste de vitalité dans l’Église d’ici… et d’ailleurs? On ne saurait plus longtemps demeurer figé face à la pénurie de prêtres. En plus d’être privés de l’eucharistie dominicale, trop de fidèles sont forcés de faire le deuil d’un pasteur à qui ils peuvent se référer. Ils cherchent ailleurs. Évoquant ce fait, un évêque d’Amérique Latine participant au synode disait qu’ils se tournent vers les églises protestantes, là où il y a des pasteurs.  Bref, faute de prêtres, la pratique catholique s’effondre  partout dans les pays de l’Europe Unie et en Amérique contribuant gravement à la crise spirituelle qui afflige notre époque. 

Comme vous le savez, monsieur le Cardinal, au moins quatre des groupes de travail se sont déclarés favorables à ce que l’Église s’interroge sur l’opportunité d’ordonner des hommes mariés. Plusieurs évêques se sont exprimés dans le même sens, soit dans des interventions formelles, soit dans des interviews. C’est l’avenir même de  l’Église catholique qui est menacé dans nos pays, affirmaient entre autres l’archevêque de Sao Paulo, le Cardinal Hummes, et le président de la conférence des évêques de Guam, l’archevêque Sablan Apuron. De son côté, Mgr George Brown du diocèse de Hamilton en Nouvelle-Zélande soulignait la contradiction aberrante d’une Église qui, alors qu’elle accepte d’ordonner d’anciens prêtres anglicans mariés, s’oppose à l’ordination d’hommes mariés et à la réintégration des prêtres dispensés de l’engagement au célibat. On sait que les évêques canadiens ont déjà demandé formellement à Rome que cette option soit considérée pour notre pays. Notons enfin que le cardinal Kasper, un des maîtres à penser  actuels dans l’Église, a affirmé au terme du Synode que la règle du célibat obligatoire pour les prêtres dans l’Église catholique restait une question ouverte. On se souvient aussi de la réaction du cardinal Ratzinger quelques années avant de devenir le Pape Benoît XVI, à l’effet que « si l’Église ne peut garantir la célébration de l’Eucharistie dans chaque paroisse, elle doit changer les règles de l’accession à la prêtrise ».  

Le statu quo exprimé dans le message du 23 octobre ne saurait donc être le dernier mot. D’une part, les prises de positions opposées à la fixation en cours et d’autre part le droit, ou plutôt, le devoir, qu’ont toujours les évêques d’intervenir auprès de Rome pour corriger une situation en train de devenir dramatique, nous amènent à faire appel à vous. Nous estimons, qu’à titre de membre du Conseil post-synodal, votre contribution à la préparation de l’Exhortation annoncée pour l’an prochain sera déterminante.  

Face aux besoins des Églises, le pouvoir que la Curie romaine continue à imposer  apparaît rétrograde et de moins en moins acceptable à tous ces Catholiques dont la vie veut s’inspirer de l’Évangile. Les chefs de l’Église ne sauraient demeurer plus longtemps aveugles aux signes des temps dont parlait le concile Vatican II, il y a 40 ans. Nous comptons sur votre expérience de la situation de l’Église d’ici et sur votre connaissance de première main du fonctionnement du pouvoir central à Rome pour  que l’Exhortation post-synodale ouvre une porte à l’espérance dont le peuple chrétien a grandement besoin en ce moment. Revenant à la pratique de plusieurs siècles dans la vie de l’Église, une pratique qui se continue chez nos frères des Églises orthodoxes et réformées, il faut explorer rapidement la possibilité d’ordonner des hommes mariés issus de la communauté.  

 

Guy Morrissette
pour le Groupe du Manifeste d’Ottawa
10 février 2006 

 

Le Groupe du Manifeste d’Ottawa est un groupe de catholiques engagés qui, depuis près de dix ans, se préoccupent activement du  problème de la pénurie des prêtres.

 

 

 

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