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Manifeste de chrétiens et de chrétiennes à leurs évêques concernant la pénurie de prêtres
Le Groupe du Manifeste d'Ottawa

 

(Ce Manifeste fut rédigé par un groupe de catholiques inquiets et fut soumis aux évêques canadiens lors de leur Assemblée annuelle en octobre 1998.  Le Manifeste n'a pas été porté à l'ordre du jour de l'Assemblée mais il fut l'objet de discussion informelle.  De plus, l'Assemblée a décidé de le référer à une des Commissions de la Conférence épiscopale.)

Actions à entreprendre. Un constat

Des paroissiennes et des paroissiens sont déçus et attristés.  D'autres sont révoltés. Ils se sentent abandonnés par leur Église. Les communautés chrétiennes sans prêtre se multiplient. Plusieurs églises sont déjà fermées. Ailleurs on a jumelé des paroisses. La formule "une ville, une paroisse" fait partie du nouveau vocabulaire ecclésial. 

La possibilité du contact interpersonnel dans des communautés à taille humaine est réduite sinon sacrifiée suite à cette situation. Pourtant le besoin de chaleur humaine constitue un des besoins les plus significatifs de notre époque. La popularité des regroupements de type charismatique, sans parler des sectes, l'indique assez bien. 

D'autre part, la majorité des prêtres sont fatigués. Plusieurs n'en peuvent plus. Pendant ce temps, le terme réaménagement, en ce qui touche la répartition des tâches pastorales et des structures, est à l'ordre du jour dans tous les diocèses. Il convient de s'en réjouir. Que l'on fasse reposer la vie des communautés chrétiennes sur une nouvelle conjugaison des efforts de tous, laïques et prêtres, est hautement désirable. Mais le problème n'est pas réglé pour autant. 

Inutile de se le cacher, le déclencheur de l'entreprise tient à une réalité décisive, celle de la pénurie de prêtres, sans exclure des causes plus relatives telles les déplacements de population.  Dans la plupart des diocèses, les divers comités voués au réaménagement en parlent peu ou pas comme si l'on croyait préférable de taire le vrai problème. La tentation d'occulter la réalité s'avère très forte. Pourtant, il est urgent d'aborder résolument la question de la relève des ministres  ordonnés, tant au niveau des laïques que de la hiérarchie. Une communauté chrétienne ne fonctionne pas sans ministres ordonnés, pas plus qu'un groupe ne fonctionne sans responsable reconnu. 

Les historiens nous diront si la crise actuelle des ministres ordonnés ne se situe pas parmi les remises en question les plus décisives qu'ait connues l'Église catholique au cours des siècles. D'ores et déjà on sent bien que l'Instruction romaine de novembre 1997, sur la collaboration entre laïques et prêtres, n'a pas contribué au dénouement de la crise. Peut-être y aurait-il avantage à se souvenir, en ce moment, que des Églises locales, jadis florissantes, sont disparues. 

L’urgence d’une réévaluation du rapport des Conférences des évêques avec Rome 

Au coeur de cette crise douloureuse qui affecte les chrétiens et les chrétiennes d'allégeance catholique dans la plupart des pays industrialisés, on se demande s'il ne devient pas urgent de réévaluer le rapport entre les Conférences des Évêques et la Curie romaine. Une autorité au sommet peut être précieuse pour offrir une possibilité dynamisante de rencontre de la diversité et assurer une certaine unité. Mais cette autorité peut aussi se transformer en un contre-pouvoir qui réduit la responsabilité des évêques locaux et paralyse leur action. Plusieurs se demandent si les récents documents issus de Rome ne vont pas dans ce sens. 

On a beaucoup parlé à Vatican II de l'importance de ces indicateurs de changements pressants qu'on a appelés "signes des temps". Ils marquent les grands tournants dans l'Église en même temps qu'ils permettent d'en entrevoir le profil. La remise en question profonde touchant les prêtres est de cet ordre. 

Les indicateurs de la crise sont multiples. Ils vont des débats qui se déroulent sur la place publique suite aux scandales liés aux délits d'ordre sexuel, au questionnement sur la discipline du célibat, en passant par l'indignation face au refus de l'ordination des femmes et au malaise créé par la mise au rancart des prêtres mariés alors que des paroisses sont fermées.  Ils se manifestent surtout peut-être par l'éloignement dramatique, sinon le rejet, chez les jeunes générations d'une église enfermée dans ses blocages et perçue comme insignifiante. 

Ces indicateurs durent depuis assez longtemps et se poursuivent avec assez d'insistance pour que les évêques, pour leur part, révisent leur mode d'action. Plus de trente ans après le concile, une conclusion s'impose : le temps est venu de faire le passage d'un "épiscopat docile" à un de pasteurs qui assument autrement leur leadership. Les changements, on le sait, ne viendront pas du sommet. Il doivent être amorcés à  la base.  Autrement dit, il est temps que la conférence des évêques exerce l'autorité qui lui revient. On ne peut  plus se contenter de gérer ici les décisions prises là-bas, pas plus qu'on peut se permettre d'attendre les changements qui ne viennent pas ou qui tardent trop. 

Le concept de collégialité, fortement affirmé à Vatican II et qui est à l'origine de la confirmation du rôle des Conférences épiscopales existantes et de leur instauration ailleurs, commande que les évêques président véritablement à la vie de leur Église. Les pasteurs ne sauraient plus se soustraire à leur responsabilité d'opérer des changements nécessaires, sous prétexte d'obéissance au pouvoir central. Il n'est pas question d'ériger l'insoumission en vertu, même si parfois elle peut s'imposer. Mais il s'agit de dépasser le langage diplomatique sclérosé qui a cours, en faveur d'un mode d'intervention qui permette les ajustements qui s'imposent. Or, faut-il le répéter, la recherche de solutions au problème des ministres ordonnés apparaît  comme un des ajustements majeurs les plus pressants de l'heure. Il s'agit, au fond, pour les évêques de prendre résolument en charge la vie de leurs Églises au nom de l'Évangile.

Actions à entreprendre concernant les prêtres de demain  

  • Faire l'inventaire des règles suivies au cours des siècles touchant le choix des ministres ordonnés dans l'Église. 
  • Procéder à l'évaluation des critères actuels d'accès à cette fonction. 
  • S'employer dès maintenant à définir les étapes qui permettront de faire les changements qui s'imposent de façon urgente et appuyer les initiatives prises dans les diocèses.
  • Inviter les Conférences épiscopales d'autres pays à s'associer à cette démarche. 
  • Dans la poursuite de ce projet, que les évêques prennent en considération : 
    • le choix des candidats à la prêtrise : homme, femme, célibataire, marié, ainsi que les modes de recrutement; 
    • la formation initiale et continue des candidats; 
    • la charge pastorale et les conditions de son exercice; 
    • les méthodes de sensibilisation et les modes de participation des diverses communautés chrétiennes au choix de leurs pasteurs et à leur statut au sein de la communauté.

Le Groupe du Manifeste

 

 

 

En envoyant aux évêques du Canada le présent Manifeste touchant la pénurie des prêtres et ses répercussions douloureuses sur la vie des communautés chrétiennes, nous croyons traduire la  pensée d'un grand nombre de catholiques et représenter le <sensus fidelium>. 

L'impasse majeure dans laquelle se retrouve l'Église dans la plupart des pays Occidentaux, constitue une invitation pressante à l'action concernant le ministère ordonné. Il n'est plus possible, en effet, de croire en une reprise du recrutement selon la discipline en vigueur. 

Nous croyons que plusieurs évêques partagent cette vision.  L'objectif du Manifeste est de dire à nos évêques que de très nombreux catholiques, sans parler des centaines de communautés chrétiennes qui se sentent abandonnées, les appuieraient dans une action immédiate de renouvellement. 

Le Groupe du Manifeste 

Ottawa 
Octobre 1998 


Nous avons lu le document intitulé 

«MANIFESTE DE CHRÉTIENS ET DE CHRÉTIENNES À LEURS ÉVÊQUES TOUCHANT LA PÉNURIE DE PRÊTRES». 

Nous lui donnons un appui total. 

 

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