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Un appel aux évêques :
Vers un autre modèle de prêtre dans l’Église catholique
Groupe du Manifeste d’Ottawa

 

 

 

Nous faisons appel pour une action collégiale des évêques des pays d’Amérique et d’Europe auprès du Vatican en vue de débloquer la situation des prêtres dans l’Église catholique. Il faut qu’émerge un autre modèle de prêtres ouvert à l’ordination d’hommes et de femmes, célibataires ou mariés, choisis par la communauté. L’Église catholique est bouleversée par l’une des crises les plus graves de son histoire. Les prêtres accusés de pédophilie et le secret des autorités sèment la consternation à travers le monde. Même le pape n’est pas épargné. Cette crise se situe au cœur d’un autre scandale : celui de la situation intenable des paroisses sans prêtre et des gens qui se sentent abandonnés par les quelques-uns qui restent.

La solution romaine

La solution que Rome continue de proposer ne tient plus. Si l’invitation à la prière pour les vocations et l’appel adressé aux prêtres de développer une spiritualité plus intense et de pratiquer la « vertu » restent valables, ces scandales ne disparaîtront pas pour autant. Une correction structurelle s’impose.

Bref, la radicalité de la remise en question oblige à repenser la théologie qui définit le sacerdoce catholique et les règles qui en régissent le fonctionnement. Le temps où le statut du prêtre mâle et célibataire a contribué à l’identité de l’Église catholique est révolu. La théologie du prêtre « angélique » dans laquelle l’Église s’est enfermée, faisant du prêtre un être en dehors de la communauté des mortels, n’est plus admise. À cette fin, l’Église doit s’inspirer de l’expérience des autres confessions chrétiennes et de la sagesse indéniable des grandes religions du monde.

Le choix des « prêtres » dans les autres religions

Ce qu’il y a de commun entre toutes les religions, chrétiennes et autres, c’est qu’elles ont recours à une médiation entre le divin et l’humain et se dotent d’un médiateur. Comment est-il institué dans sa fonction? L’étude du choix comme du rôle spécifique du médiateur dans les grandes religions à travers l’histoire laisse sans réponses certaines en ce qui touche le rapport entre la communauté d’où sortent ces médiateurs et le rôle assumé par les pouvoirs religieux et civil en place.

Par ailleurs, à l’intérieur de chrétienté, on sait qu’avec la réforme protestante le rôle de la communauté s’est avéré important sinon décisif dans le choix du pasteur. Dans plusieurs Confessions chrétiennes au cours des derniers siècles, l’on devenait pasteur de père en fils. Aujourd’hui ce choix relève plus explicitement de la communauté. Si l’on remonte dans l’histoire de la religion chrétienne, on se souviendra, qu’en l’an 374, saint Ambroise a été choisi par la communauté de Milan pour être son évêque, alors qu’il n’était pas encore baptisé! C’est en revenant à cette expérience fondamentale des religions que pourra émerger un autre modèle de prêtre dans l’Église catholique : des prêtres en nombre suffisant et dont l’équilibre humain et spirituel sera mieux assuré.

Vers un autre modèle de prêtre dans l’Église

On ne saurait plus mettre en doute le fait que les communautés attendent une autre sorte de prêtre. Elles veulent des hommes, des femmes partageant leur expérience concrète d’engagement dans la vie ordinaire, la vie commune. Des pasteurs qui, sortis de la solitude affective, sont insérés dans la vraie vie, avec tout ce que cela implique de don de soi, de pardon, d’amour à partager au quotidien dans le meilleur comme dans le pire. Des pasteurs qui font l’expérience concrète de parents et qui savent ce qu’implique la croissance d’un couple non moins que les exigences de la fidélité. C’est de cette sorte de prêtres, animés d’une vision résolument axée sur l’Évangile que les communautés chrétiennes qui auront survécu à l’effondrement en cours auront besoin. Ce qui n’exclut pas le célibat pour ceux et celles qui l’auront choisi.

Bref, les communautés chrétiennes ne voient plus de la même manière la place et la signification du prêtre. La spiritualité qui l'invite à faire de sa vie un service à la communauté ne change rien au fait qu’il demeure un être humain normal. Cela, les gens l’ont compris! La crise dramatique de l’heure ne permet pas de tergiverser davantage. Il est permis de croire que la mise en place de cet autre modèle sera une source indéniable d’enrichissement dans l’Église sans penser pour autant que tous les problèmes seront réglés.

L’action des évêques : une urgence

Les évêques savent que la crise touchant les prêtres dans l’Église catholique a atteint un seuil. Ils sont conscients qu’il n’est plus possible de faire l’économie d’une démarche fondamentale qui permette l’instauration du modèle de prêtre désiré par l’immense majorité des catholiques. Il leur reste à prendre au sérieux la préoccupation du pape Jean-Paul II.  Évoquant la situation des communautés chrétiennes privées de prêtres, il affirmait dans sa Lettre encyclique « L’Église vit de l’Eucharistie » du 17 avril 2003 : « Tout cela montre combien est douloureuse et anormale la situation d’une communauté chrétienne qui, tout en ayant les caractéristiques d’une paroisse quant au nombre et à la variété des fidèles manque cependant d’un prêtre pour la guider » (no 32).

La même année, un évêque canadien, aujourd’hui retraité, posait à ses diocésains la question suivante : « Quelles personnes de votre milieu verriez-vous pour  remplacer un jour votre pasteur? » Quand les catholiques auront-ils la possibilité de prendre la parole et d’être entendus? Malheureusement, bien peu d’entre eux s’attendent à ce que les changements qui s’imposent viennent de Rome. Consternés par l’inaction des évêques, les gens ont aussi perdu confiance en eux. Pourtant, confrontés qu’ils sont à une situation qui se détériore sans cesse, certains continuent d’espérer d’eux une action efficace.

Il revient aux évêques individuellement et au niveau des conférences épiscopales de créer un front commun et de définir de nouvelles règles du jeu dans leur rapport avec le Vatican afin de procéder aux changements incontournables qui s’imposent. Il y va de ce qui reste de crédibilité de l’Église. C’est avec un ultime souffle d’espérance que cet appel leur est lancé.
 

Guy Morrissette
Pour le Groupe du Manifeste d’Ottawa

Avril 2010

 

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