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Appui au Synode du peuple catholique 2001
Le Groupe du Manifeste d’Ottawa, en collaboration avec le Réseau Culture et Foi, Corpus Canada et Xristos Community Society

              

En marge du Synode des évêques qui se tient à Rome du 30 septembre au 27 octobre, plusieurs milliers de catholiques engagés, d’un peu partout à travers le monde, ont mis sur pied un Synode parallèle, le Synode du peuple catholique.  Son objectif est d’offrir aux évêques un soutien en vue de la prise en main de leur responsabilité dans un climat d’ouverture et de liberté, en même temps que de rappeler à Rome que l’Église n’est pas seulement une institution hiérarchique : elle est d’abord et avant tout le peuple de Dieu, un peuple qui se sent responsable. Un nouvel équilibre est à instaurer entre le pouvoir détenu par le pape, celui des évêques qui en dépend et les laïques invités à l’obéissance.

               Le Groupe du Manifeste d’Ottawa qui, à l’automne 1998, soumettait aux évêques Canadiens une série de recommandations touchant la pénurie de prêtres et demandait entre autres, que soit reconsidérée la discipline touchant le célibat des prêtres et l’ordination des femmes, vient d’appuyer officiellement le Synode parallèle. En collaboration avec le Réseau Culture et Foi, Corpus Canada et Xristos Community Society, le Groupe invite les évêques canadiens délégués à Rome à tenir compte de l’urgence d’une situation qui bouleverse les communautés chrétiennes dépourvues de prêtres un peu partout en Occident. Il faut accepter de remettre en question des règles dont la pertinence est pour le moins douteuse à ce moment de l’histoire de l’Église. La sensibilité aux signes des temps, de même que l’acuité de la crise, commandent l’exploration de voies nouvelles.

  Le Synode parallèle est né du constat de la centralisation excessive du pouvoir de Rome et du refus par cette même autorité de reconsidérer ses positions sur des enjeux qui affectent gravement la vie des communautés chrétiennes, par exemple, le silence imposé aux évêques, l’ordination des femmes, le célibat obligatoire des prêtres, l’exclusion des divorcés remariés de la communion, pour ne mentionner que quelques-unes des causes de la rupture d’avec l’Église des nouvelles générations. En effet, le document de travail officiel (Instrumentum Laboris) sur lequel se pencheront les évêques dans leur rencontre au sommet ignore systématiquement ces questions. Or, même si le document de la curie romaine se présente comme « un jalon pour un déroulement ordonné et ouvert du débat synodal » (#7), il ne fait pas de doute, dans le contexte ecclésial présent, du poids énorme qu’il fera peser sur les délégués, paralysant toutes tentatives de mener un débat ouvert.

  Le synode parallèle est le fruit de recherches partagées et de discussions sur Internet et les autres moyens classiques de communication. Il implique un grand nombre de groupes et de réseaux à travers le monde entier. Il aboutira dans la préparation d’un document final, qui sera communiqué aux évêques par une représentation d’environ 50 délégués au cours de la première semaine du synode romain. Le document sera aussi diffusé dans le monde entier.

  La 10e assemblée générale du Synode des évêques porte sur le thème : L’évêque, serviteur de l’évangile de Jésus - Christ pour l’espérance du monde. Les évêques sont appelés à être des prophètes qui, s’inspirant de l’évangile, contribuent à l’édification d’un monde plus humain par la transmission de la vision et du projet chrétiens. Le document de travail rendu public le 1er juin pose un regard lucide sur la situation du monde au moment où nous entrons dans le nouveau millénaire. Par contre, son souci trop exclusif de l’unité de l’Église, et la lourdeur de l’appareil institutionnel, sans parler de ses fixations doctrinales, l’empêche de percevoir l’urgence d’une décentralisation du pouvoir. Dans une entrevue accordée au journal La Croix en mai dernier, le cardinal Lorscheider du Brésil déclarait : «Les décisions de Vatican II ne sont pas appliquées et nous souffrons tous, sur le terrain, d'une bureaucratie lointaine de plus en plus sourde».

              Peu d’institutions ont développé des réflexes centralisateurs aussi puissants. Parlant du rôle des évêques et de l’exercice de leur responsabilité, le mot clé est « avec l’approbation de Rome ». L’autorité propre de l’évêque, dit le document de travail, est «toujours soumise à celle du Souverain Pontife » (#117). Parlant des orientations communes définies par le Synode, ce n’est qu’après «avoir été approuvées par le successeur de Pierre » qu’elles sont proposées aux Églises locales »(#69). Au sujet de l’exercice de l’autorité par l’évêque dans son diocèse, « il faut l’intervention de l’autorité suprême de l’Église » pour que son exercice soit légitime (#72) etc. Les évêques qui ont lu ce document n’ont pas encore réagi. Il serait bien étonnant qu’ils soient tous d’accord. Sans doute faut-il attendre le Synode pour justifier l’espoir que quelques-uns marqueront leur opposition.

  Le problème est exacerbé du fait que Rome a choisi, dans le cadre du Synode, d’occulter systématiquement la question des ministères ordonnés qui constitue un des enjeux décisifs pour la communauté chrétienne d’aujourd’hui et la société toute entière. Ceci met en relief l’urgence pour les conférences épiscopales dans chaque pays d’assumer la responsabilité, qui est la leur, de répondre, par fidélité à l’Évangile, aux besoins auxquels elles sont confrontées, si, bien sûr, rien ne bouge à Rome. Ce qui ne veut pas dire, il convient de le souligner, que l’on ne reconnaît pas en haut lieu la gravité de la crise. Au contraire. Le document officiel demande à chaque évêque d’établir « une sage distribution de son presbytérium en faisant en sorte que, même dans des situations d’urgence, les communautés des fidèles ne restent pas privées de l’Eucharistie pendant trop longtemps » ( #113). Le document note aussi qu’ « une Église, dans laquelle manque la référence nécessaire au clergé ordonné, risque de perdre son identité. On ne peut donc faire l’hypothèse d’une communauté chrétienne, poursuit le texte, qui fasse abstraction du ministère sacerdotal » (#90). Mais là où plus rien ne va, c’est qu’aucune ouverture n’est faite qui permettrait d’explorer des voies nouvelles. La prescription reste invariable : prier pour les vocations.

               Pendant ce temps, au Canada comme ailleurs, on continue à fermer des églises, le plus souvent en raison de la pénurie de prêtres. Dans de nombreux diocèses, on retrouve de plus en plus de cas où un seul prêtre est responsable de deux, trois ou même quatre paroisses. De nombreuses petites communautés chrétiennes se sentent sous-alimentées spirituellement, avec des pasteurs malades ou trop âgés quand elles ne sont pas tout simplement abandonnées. Rien de significatif n’a encore été fait pour remédier à une situation qui était prévisible comme si on attendait un quelconque feu vert de Rome.

  Déjà, il y a plus de 20 ans, on savait ce qui se préparait. Dans la présentation qu’il faisait du « Rapport sur l’état des ressources humaines de l’Église catholique au Canada, Statistique 1984 », le président de la commission épiscopale pour les Ministères et l’apostolat déclarait que « la situation peut sembler dramatique et même irréversible : diminution constante du nombre de prêtres, vieillissement accéléré du clergé, quasi-impossibilité d’assurer la relève à court et à moyen terme, vu la rareté des ordinations et les prévisions déficitaires ». Dans la même lettre de présentation, le président soulignait que « les tendances observées dans les rapports précédents (1977, 1983) se confirment ». Bref, la crise, qui frappe de façon dramatique aujourd’hui, était prévue.

   Si l’on est d’accord pour prier pour les vocations et accepter de tenir de grands congrès sur le sujet , comme celui qui se prépare pour avril 2002 à Montréal, il est difficile de ne pas s’interroger à savoir si d’autres considérations ne devraient pas entrer en ligne de compte. Malheureusement, jusqu'à maintenant, les évêques n’ont pas jugé qu’ils avaient le droit de le faire. Les documents émanant du Saint-Siège sont formels. Force est de le reconnaître : confrontés à de nombreuses situations critiques, les évêques de l’Église catholique sont bâillonnés. Plusieurs théologiens dénoncent cette situation désastreuse pour la vie de l’Église. Quelques évêques commencent à réagir ouvertement. Mais la grande majorité, habitée par un sérieux malaise, demeure silencieuse.

  Le 10e Synode permettra-t-il aux délégués qui s’y rendront de réaffirmer la priorité de l’Évangile dans la recherche de solution aux problèmes graves qui affligent l’Église touchant la doctrine et les règles mises en place au long des siècles ? Réussiront-ils à ébranler un système centralisateur qui paralyse l’action des conférences épiscopales ? On sait que Jésus de Nazareth a été mis à mort parce qu’il osait parler face aux pouvoirs religieux et politique de son époque. D’autres ont connu le même sort au long des siècles dans l’Église. Les temps ont changé, reléguant au passé ces drames. Il faudra toutefois aux évêques beaucoup de courage et de concertation intelligente pour briser le mur du silence érigé par la Curie romaine.

  On peut espérer qu’il se trouvera de nombreux évêques qui suivront l’exemple de la prieure de l’abbaye bénédictine, sœur Christine Vladimiroff, d’Erie aux Etats-Unis qui autorisa sœur Chittister à se rendre à Dublin, à la Conférence sur l'ordination des femmes du 29 juin au 2 juillet pour y prononcer une allocution et cela malgré l’interdiction formelle du Vatican. La même initiative a été prise par sœur Myra Poole de Londres, malgré les interdits de Rome. Il se peut que le Vatican, comme tout système en place, attende que d’autres se tiennent debout, dans la défense d’enjeux importants pour la vie des communautés chrétiennes, pour que s’opèrent quelques-uns des changements qui s’imposent.

  Le Synode du peuple catholique, sensible aux enjeux dramatiques de notre époque, croit que c’est possible. En mobilisant le dynamisme de milliers de catholiques, et en se faisant l’interprète de leur volonté de changement, le synode parallèle compte voir surgir un nouveau souffle de liberté et de créativité qui rendra l’Église catholique un peu plus présente au monde.

 

Le Groupe du Manifeste d’Ottawa ,  en collaboration avec
le Réseau Culture et foi - Conseil d'administration, Montréal
le Réseau Culture et foi - Outaouais
Corpus Canada
Xristos Community Society

  Ottawa, septembre 2001  

 

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