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En
marge du Synode des évêques qui se tient à Rome du 30
septembre au 27 octobre, plusieurs milliers de catholiques engagés,
d’un peu partout à travers le monde, ont mis sur pied un
Synode parallèle, le Synode du peuple catholique.
Son objectif est d’offrir aux évêques un soutien en
vue de la prise en main de leur responsabilité dans un climat
d’ouverture et de liberté, en même temps que de rappeler à
Rome que l’Église n’est pas seulement une institution hiérarchique :
elle est d’abord et avant tout le peuple de Dieu, un peuple
qui se sent responsable. Un nouvel équilibre est à instaurer
entre le pouvoir détenu par le pape, celui des évêques qui en
dépend et les laïques invités à l’obéissance.
Le Groupe du Manifeste d’Ottawa qui, à
l’automne 1998, soumettait aux évêques Canadiens une série
de recommandations touchant la pénurie de prêtres et demandait
entre autres, que soit reconsidérée la discipline touchant le
célibat des prêtres et l’ordination des femmes, vient
d’appuyer officiellement le Synode parallèle. En
collaboration avec le Réseau Culture et Foi, Corpus Canada et
Xristos Community Society, le Groupe invite les évêques
canadiens délégués à Rome à tenir compte de l’urgence
d’une situation qui bouleverse les communautés chrétiennes dépourvues
de prêtres un peu partout en Occident. Il faut accepter de
remettre en question des règles dont la pertinence est pour le
moins douteuse à ce moment de l’histoire de l’Église. La
sensibilité aux signes des temps, de même que l’acuité de
la crise, commandent l’exploration de voies nouvelles.
Le Synode parallèle est né du constat de la centralisation
excessive du pouvoir de Rome et du refus par cette même autorité
de reconsidérer ses positions sur des enjeux qui affectent
gravement la vie des communautés chrétiennes, par exemple, le
silence imposé aux évêques, l’ordination des femmes, le célibat
obligatoire des prêtres, l’exclusion des divorcés remariés
de la communion, pour ne mentionner que quelques-unes des causes
de la rupture d’avec l’Église des nouvelles générations.
En effet, le document de travail officiel (Instrumentum Laboris)
sur lequel se pencheront les évêques dans leur rencontre au
sommet ignore systématiquement ces questions. Or, même si le
document de la curie romaine se présente comme « un jalon pour
un déroulement ordonné et ouvert du débat synodal » (#7), il
ne fait pas de doute, dans le contexte ecclésial présent, du
poids énorme qu’il fera peser sur les délégués, paralysant
toutes tentatives de mener un débat ouvert.
Le synode parallèle est le fruit de recherches partagées et de
discussions sur Internet et les autres moyens classiques de
communication. Il implique un grand nombre de groupes et de réseaux
à travers le monde entier. Il aboutira dans la préparation
d’un document final, qui sera communiqué aux évêques par
une représentation d’environ 50 délégués au cours de la
première semaine du synode romain. Le document sera aussi
diffusé dans le monde entier.
La
10e assemblée générale du Synode des évêques
porte sur le thème : L’évêque, serviteur de l’évangile
de Jésus - Christ pour l’espérance du monde. Les évêques
sont appelés à être des prophètes qui, s’inspirant de l’évangile,
contribuent à l’édification d’un monde plus humain par la
transmission de la vision et du projet chrétiens. Le document
de travail rendu public le 1er juin pose un regard
lucide sur la situation du monde au moment où nous entrons dans
le nouveau millénaire. Par contre, son souci trop exclusif de
l’unité de l’Église, et la lourdeur de l’appareil
institutionnel, sans parler de ses fixations doctrinales,
l’empêche de percevoir l’urgence d’une décentralisation
du pouvoir. Dans une entrevue accordée au journal La Croix en mai dernier, le
cardinal Lorscheider du Brésil déclarait : «Les décisions
de Vatican II ne sont pas appliquées et nous souffrons tous,
sur le terrain, d'une bureaucratie lointaine de plus en plus
sourde».
Peu
d’institutions ont développé des réflexes centralisateurs
aussi puissants. Parlant du rôle des évêques et de
l’exercice de leur responsabilité, le mot clé est « avec
l’approbation de Rome ». L’autorité propre de l’évêque,
dit le document de travail, est «toujours soumise à celle du
Souverain Pontife » (#117). Parlant des orientations communes définies
par le Synode, ce n’est qu’après «avoir été approuvées
par le successeur de Pierre » qu’elles sont proposées aux Églises
locales »(#69). Au sujet de l’exercice de l’autorité par
l’évêque dans son diocèse, « il faut l’intervention de
l’autorité suprême de l’Église » pour que son exercice
soit légitime (#72) etc. Les évêques qui ont lu ce document
n’ont pas encore réagi. Il serait bien étonnant qu’ils
soient tous d’accord. Sans doute faut-il attendre le Synode
pour justifier l’espoir que quelques-uns marqueront leur
opposition.
Le problème est exacerbé du fait que Rome a choisi, dans le
cadre du Synode, d’occulter systématiquement la question des
ministères ordonnés qui constitue un des enjeux décisifs pour
la communauté chrétienne d’aujourd’hui et la société
toute entière. Ceci met en relief l’urgence pour les conférences
épiscopales dans chaque pays d’assumer la responsabilité,
qui est la leur, de répondre, par fidélité à l’Évangile,
aux besoins auxquels elles sont confrontées, si, bien sûr,
rien ne bouge à Rome. Ce qui ne veut pas dire, il convient de
le souligner, que l’on ne reconnaît pas en haut lieu la
gravité de la crise. Au contraire. Le document officiel demande
à chaque évêque d’établir « une sage distribution de son
presbytérium en faisant en sorte que, même dans des situations
d’urgence, les communautés des fidèles ne restent pas privées
de l’Eucharistie pendant trop longtemps » ( #113). Le
document note aussi qu’ « une Église, dans laquelle manque
la référence nécessaire au clergé ordonné, risque de perdre
son identité. On ne peut donc faire l’hypothèse d’une
communauté chrétienne, poursuit le texte, qui fasse
abstraction du ministère sacerdotal » (#90). Mais là où plus
rien ne va, c’est qu’aucune ouverture n’est faite qui
permettrait d’explorer des voies nouvelles. La prescription
reste invariable : prier pour les vocations.
Pendant
ce temps, au Canada comme ailleurs, on continue à fermer des églises,
le plus souvent en raison de la pénurie de prêtres. Dans de
nombreux diocèses, on retrouve de plus en plus de cas où un
seul prêtre est responsable de deux, trois ou même quatre
paroisses. De nombreuses petites communautés chrétiennes se
sentent sous-alimentées spirituellement, avec des pasteurs
malades ou trop âgés quand elles ne sont pas tout simplement
abandonnées. Rien de significatif n’a encore été fait pour
remédier à une situation qui était prévisible comme si on
attendait un quelconque feu vert de Rome.
Déjà, il y a plus de 20 ans, on savait ce qui se préparait.
Dans la présentation qu’il faisait du « Rapport sur l’état
des ressources humaines de l’Église catholique au Canada,
Statistique 1984 », le président de la commission épiscopale
pour les Ministères et l’apostolat déclarait que « la
situation peut sembler dramatique et même irréversible :
diminution constante du nombre de prêtres, vieillissement accéléré
du clergé, quasi-impossibilité d’assurer la relève à court
et à moyen terme, vu la rareté des ordinations et les prévisions
déficitaires ». Dans la même lettre de présentation, le président
soulignait que « les tendances observées dans les rapports précédents
(1977, 1983) se confirment ». Bref, la crise, qui frappe de façon
dramatique aujourd’hui, était prévue.
Si
l’on est d’accord pour prier pour les vocations et accepter
de tenir de grands congrès sur le sujet , comme celui qui se prépare
pour avril 2002 à Montréal, il est difficile de ne pas
s’interroger à savoir si d’autres considérations ne
devraient pas entrer en ligne de compte. Malheureusement, jusqu'à
maintenant, les évêques n’ont pas jugé qu’ils avaient le
droit de le faire. Les documents émanant du Saint-Siège sont
formels. Force est de le reconnaître : confrontés à de
nombreuses situations critiques, les évêques de l’Église
catholique sont bâillonnés. Plusieurs théologiens dénoncent
cette situation désastreuse pour la vie de l’Église.
Quelques évêques commencent à réagir ouvertement. Mais la
grande majorité, habitée par un sérieux malaise, demeure
silencieuse.
Le 10e Synode permettra-t-il aux délégués qui s’y rendront
de réaffirmer la priorité de l’Évangile dans la recherche
de solution aux problèmes graves qui affligent l’Église
touchant la doctrine et les règles mises en place au long des
siècles ? Réussiront-ils à ébranler un système
centralisateur qui paralyse l’action des conférences épiscopales ?
On sait que Jésus de Nazareth a été mis à mort parce qu’il
osait parler face aux pouvoirs religieux et politique de son époque.
D’autres ont connu le même sort au long des siècles dans
l’Église. Les temps ont changé, reléguant au passé ces
drames. Il faudra toutefois aux évêques beaucoup de courage et
de concertation intelligente pour briser le mur du silence érigé
par la Curie romaine.
On peut espérer qu’il se trouvera de nombreux évêques qui
suivront l’exemple de la prieure de l’abbaye bénédictine,
sœur Christine Vladimiroff, d’Erie aux Etats-Unis qui
autorisa sœur Chittister à se rendre à Dublin, à la Conférence
sur l'ordination des femmes du 29 juin au 2 juillet pour y
prononcer une allocution et cela malgré l’interdiction
formelle du Vatican. La même initiative a été prise par sœur
Myra Poole de Londres, malgré les interdits de Rome. Il se peut
que le Vatican, comme tout système en place, attende que
d’autres se tiennent debout, dans la défense d’enjeux
importants pour la vie des communautés chrétiennes, pour que
s’opèrent quelques-uns des changements qui s’imposent.
Le Synode du peuple catholique, sensible aux enjeux dramatiques
de notre époque, croit que c’est possible. En mobilisant le
dynamisme de milliers de catholiques, et en se faisant
l’interprète de leur volonté de changement, le synode parallèle
compte voir surgir un nouveau souffle de liberté et de créativité
qui rendra l’Église catholique un peu plus présente au
monde.
Le Groupe du
Manifeste d’Ottawa
, en
collaboration avec
le
Réseau
Culture et foi - Conseil d'administration, Montréal
le Réseau Culture et foi - Outaouais
Corpus Canada
Xristos Community Society
Ottawa,
septembre 2001
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