|
CITE DU VATICAN, 05
sept (AFP) - Le Vatican a pris le risque mardi de
faire faire un pas en arrière au dialogue oecuménique
en niant aux Protestants la qualité d'Eglise et
en réaffirmant la primauté de Rome,
Deux jours après
avoir provoqué un malaise dans les rapports avec
la communauté juive avec la béatification
controversée de Pie IX, le pape accusé
d'obscurantisme et d'antisémitisme, la Déclaration
"Dominus Jesus" (Seigneur Jésus) laisse
entendre en substance que le "chemin" du
salut passe par l'Eglise catholique, apostolique
et romaine.
Cette réaffirmation
de l'universalité exclusive de l'Eglise
catholique constitue une nouvelle
"victoire" des conservateurs au sein de
la Curie romaine (le gouvernement de l'Eglise
catholique), estiment certains vaticanistes.
Celle-ci pourrait
en effet jeter une ombre sur l'action de Jean Paul
II qui s'est efforcé tout au long de son
pontificat de promouvoir l'oecuménisme et le
dialogue interreligieux, notamment lors de ses
nombreux voyages à travers le monde, mais il est
vrai sans jamais remettre en cause le dogme
catholique.
Le contenu du
document du Vatican, ainsi que celui d'une note
dans le même sens aux évêques catholiques dont
le texte n'était pas destiné à être publié
mais qui a été diffusé le 1er septembre par
l'agence catholique progressiste Adista, a en tout
cas suscité une vive réaction du primat de
l'Eglise anglicane avant même sa présentation
par le cardinal allemand Joseph Ratzinger, préfet
de la Congrégation.
L'archevêque de
Cantorbéry, George Carey, a en effet critiqué sévèrement,
mardi dans le quotidien britannique The Times, la
position prise par Jean Paul II qui a
"approuvé et confirmé" le 16 juin
dernier le document, lui conférant un caractère
"infaillible", selon l'archevêque
Tarcisio Bertone, secrétaire de la congrégation
vaticane pour la doctrine.
Répondant
indirectement à George Carey, le porte-parole du
Vatican, Joaquin Navarro-Valls a affirmé mardi
que "le Saint-Siège n'avait aucunement
l'intention de changer sa façon de concevoir les
rapports entre l'Eglise catholique et les autres
Eglises et communautés chrétiennes".
De fait, la déclaration
vaticane fait une place à part aux Eglises
orthodoxes dans lesquelles "l'Eglise du
Christ est présente et agissante malgré
l'absence de la pleine communion avec l'Eglise
catholique, provoquée par leur non-acceptation de
la doctrine catholique du primat, que l'Evêque de
Rome (le pape), d'une façon objective, possède
et exerce sur toute l'Eglise conformément à la
volonté divine".
Le primat du pape
est l'objet d'un débat théologique sans fin
entre les "Eglises". C'est le pape
espagnol Damase I (366-384) qui en est à
l'origine. Il a le premier utilisé les paroles du
Christ à Simon-Pierre dans les évangiles
("Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai
mon Eglise") pour légitimer comme capitale
de la chrétienté le lieu où est mort, selon la
tradition, le "prince des apôtres".
C'est du
protestantisme qu'est parti dans les années 1910
le mouvement oecuménique, qui a progressé avec
la création en 1948 du Conseil oecuménique des
Eglises (COE). Nouveau pas en avant avec Vatican
II et la promulgation en 1964 du décret
"Unitatis redintegratio" par lequel Rome
considèrait orthodoxes et protestants comme des
"frères en religion" même si le
Vatican, qui n'envoie que des
"observateurs" aux Assemblées générales
du COE, a toujours observé une certaine distance
envers les Eglises non-catholiques.
La Congrégation
pour la doctrine de la foi est l'héritière de la
congrégation de la Suprême Inquisition créée
par le pape Paul III en 1542 pour combattre y
compris par la torture, comme tribunal sans appel,
l'hérésie et en particulier les progrès du
protestantisme. Elle est devenue officiellement la
congrégation du Saint-Office en 1908 puis en
1965, à la veille de la clôture du Concile
Vatican II, la Congrégation pour la doctrine de
la foi.
Source: Agence
France-Presse
|