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Messieurs les évêques,
1 845 141
personnes, dont 1 483 340 se déclarant expressément
catholiques romaines, ont signé à l’automne
1995 les 5 points des souhaits du peuple de Dieu :
cela devrait permettre l’accès au cœur du
message chrétien et à l’Église du 3e millénaire.
Ces signatures, provenant de laïcs, de prêtres
et de religieux, représentent plusieurs millions
de catholiques : toutes les enquêtes le démontrent ;
ils souhaitent introduire des réformes en attente
depuis longtemps, telles que le 2e Concile du
Vatican et le synode des évêques allemands les
avaient esquissées.
Cinq ans après
cette campagne de signatures en Allemagne, nous
devons constater :
Lors de
l’entretien avec le Président de la conférence
des évêques allemands le 02/12/1995, il avait été
décidé de continuer le dialogue commencé ;
mais malgré de nombreuses tentatives, il n’y a
pas eu moyen de le poursuivre avec de nombreux évêques,
ou alors avec beaucoup d’hésitation de leur
part.
Pour
d’innombrables personnes, la confiance en l’Église
est rendue difficile, voire impossible, à cause
de la persistance de structures ecclésiales dépassées.
Des centaines de milliers de gens ont déjà fui
l’Église. Des millions se sont réfugiés dans
l’émigration intérieure. Les femmes, en
particulier, trouvent de plus en plus
insupportable d’être paralysées par certaines
structures patriarcales dans leurs efforts pour
vivre leur vocation et leur foi dans l’Église.
L’appel à des réformes
devient de plus en plus fort, même dans des
communautés « normales » :le
Katholikentag de Hambourg l’a montré clairement
cette année. Dans de nombreux conseils,
commissions, associations, synodes et cercles
pastoraux, les catholiques exigent de plus en plus
des réformes internes.
Le manque de plus
en plus grave de prêtres accule la pastorale des
communautés à des mutations révolutionnaires,
pour lesquelles l’Église d’Allemagne n’est
pas prête. Sur base du lien canonique entre le
sacerdoce et la direction de communauté, la moitié
de nos paroisses se trouveront dans un futur
proche sans directeur pastoral ordonné et sans célébration
eucharistique régulière. Jusqu’ici les plans
pastoraux n’ont pas pris en compte ouvertement
la pénurie à venir mais l’ont plutôt voilée.
Les ingérences du
Vatican s’accumulent et vont toujours plus loin,
ces derniers temps. Qu’on pense par exemple à
« L’instruction des laïcs », à la
lettre du pape concernant le conflit sur les
structures d’accueil et de conseil des femmes
enceintes et à la dernière déclaration »Dominus
Jesus » sur l’unité et l’universalité
du salut de Jésus Christ et de l’Église :
tout cela a activé la polarisation et le fossé
s’agrandit de plus en plus entre les instances
dirigeantes de l’Église et le peuple des
croyants.
Au vu de la résignation
largement et profondément répandue - même auprès
des collaborateurs et des bénévoles- le peuple
d’Église attend maintenant de votre part :
Un exposé honnête
de la situation critique de l’Église en
Allemagne. Précisément, celui qui désire le
renouvellement urgent et nécessaire de la foi et
de l’annonce de l’Evangile ne peut que se
rallier à des réformes structurelles. Les
questions de foi et les questions de structures ne
peuvent pas jouer les unes contre les autres. Car
sous la tutelle et l’interdiction, telles
qu’elles sont encore largement pratiquées dans
notre Église, il n’y a pas moyen d’annoncer
un Dieu qui provoque et encourage. L’exclusion
des femmes et des hommes mariés du clergé ne
permet pas l’annonce d’un Dieu juste et ami de
l’humain.
Une formulation
ouverte de votre critique à la curie actuellement
centralisatrice, comme d’autres évêques dans
d’autres pays l’ont faite. Si vous souhaitez
être de vrais pasteurs de vos diocèses, en vous
montrant solidaires de leurs besoins et espoirs,
vous ne pouvez plus jouer le rôle de
super-pasteurs tenant le troupeau sous votre
tutelle, bien que ce soit là ce que Rome vous
impose de toutes les manières. En tant que
successeurs des apôtres, vous avez la possibilité,
dans le cadre du droit canon actuel,
d’expliciter et de définir avec insistance
votre position vis-à-vis du pape et du Vatican.
Dans les cas extraordinaires, vous avez le droit,
pour des raisons de conscience, de demander à être
déchargés de vos responsabilités pastorales.
« Ce n’est pas que nous régentions votre
foi, mais nous coopérons à votre joie car, pour
la foi, vous tenez bon. » (2 Co 1, 24). A la
place de la résignation et de la frustration,
nous avons de nouveau besoin d’une Église
ouverte, tournée vers les personnes, joyeuse
elle-même et réjouissant les autres.
Dans ce but, soyez
pleins d’assurance en Christ et faites donc
preuve de courage :
Considérez la
poussée des femmes comme un signe
d’identification à l’Église. Précisément,
le point de vue des femmes sur le renouvellement
du sacerdoce offre des chances pour une pastorale
axée sur le futur.
Renforcez
l’engagement des laïcs pour la transmission de
la foi et considérez le manque de prêtres comme
une chance pour eux d’endosser une conscience
renouvelée de la responsabilité partagée avec
les prêtres ou assumée par les laïcs seuls,
dans les communautés.
Laissez aux jeunes
un espace libre pour qu’ils s’organisent eux-mêmes
et permettez-leur de prendre leurs responsabilités :
en effet, seule une telle appropriation réussira
à leur faire trouver leur place dans l’Église.
Nous avons une responsabilité œcuménique
particulière dans notre pays, puisque c’est
d’ici que le mouvement de la Réforme est parti.
Nous souhaitons donc une profession de foi claire
au Kirchentag œcuménique qui se tiendra en 2003 :
elle contribuerait à faire un pas en avant sur le
chemin de l’unité ecclésiale.
Nous souhaitons
vous voir soutenir dans leur travail important les
associations de laïcs qui ont pris en charge
l’accueil et l’aide aux femmes enceintes et ne
leur causer aucune gêne. Le leitmotiv
d’une Église prête pour le futur ne peut qu’être :
« La joie et l’espoir, le deuil et
l’angoisse des gens d’aujourd’hui, spécialement
des pauvres et des opprimés de toutes sortes sont
aussi la joie, l’espoir, le deuil et
l’angoisse des apôtres du Christ. »
(Gaudium et Spes 1). |