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Lettre à Mgr William M. Morris (version française)
Le Réseau Culture et Foi

 

 

28 mai 2011

Cher Monseigneur Morris, ex-évêque de Toowoomba,

Bien que le Canada soit très éloigné de l’Australie, je désire vous informer qu’un groupe de catholiques du Canada ont été déçus et chagrinés d’apprendre que le pape Benoît XVI vous avait démis de votre charge épiscopale, apparemment à cause de votre lettre pastorale de l’Avent 2006 dans laquelle vous disiez que, face à la grave pénurie de prêtres qui affectait l’Australie, l’Église catholique devrait peut-être envisager des solutions comme l’ordination d’hommes et de femmes mariés si la célébration de l’Eucharistie devait demeurer le rite essentiel dans une communauté chrétienne. 

Notre association, qui porte le nom de «Réseau Culture et Foi», entend être un carrefour qui rend possible l’exercice, au sein de l’Église, de l'indispensable fonction critique, et qui est un lieu de parole libre et de renouvellement du discours théologique et du langage liturgique dans l’Église. Notre site web est très populaire et il accueillie chaque jour un grand nombre de visiteurs du monde entier : www.culture-et-foi.com.

Comme vous étiez l’évêque de Toowoomba depuis 18 ans et jouissiez de l’appui de la majorité de vos fidèles et de vos prêtres, votre révocation a été, pour nous, la source d’une profonde tristesse. Le Pape aurait pris cette décision, semble-t-il, après qu’il eut reçu des plaintes contre vous d’un groupe de dissidents, Il confirmait ainsi que le refus de l’Église d’ordonner des femmes fait partie des vérités qu’on ne peut pas discuter, depuis que le pape Jean-Paul II a affirmé en1994, dans le document Ordinatio sacerdotalis, que l’enseignement de l’Église sur cette question était définitif et infaillible.

Nous sommes profondément convaincus qu’une large majorité de femmes et un grand nombre d’hommes sont d’avis que l’ordination des femmes devrait être une question ouverte à la discussion. Nous croyons aussi que l’évêque d’un diocèse jouit d’une autorité magistérielle légitime et ne devrait pas être révoqué tant qu’il est en pleine communion avec le Pape et avec les autres évêques avec lesquels il partage la responsabilité de toute l’Église.

A la suite de votre lettre pastorale de l’Avent, en 2006, le Vatican vous a informé, en mars 2007, qu’une visite apostolique aurait lieu dans votre diocèse. En avril 2007, Mgr Charles Chaput, archevêque de Denver, est arrivé chez vous pour y conduire la visite annoncée, et selon ce que nous avons appris, il a eu une rencontre avec vous ainsi qu’avec des membres de l’administration et des fidèles de votre diocèse. En mai de la même année, il a envoyé son rapport à la Congrégation pour les évêques, à Rome, sans qu’il vous soit donné de prendre connaissance de ce rapport. Comme le Conseil national des prêtres d’Australie, nous avons été consternés par le manque de transparence et la façon de faire qui a mené à la décision des autorités de l’Église.

Comme vous n’avez jamais pu lire le rapport du Visiteur apostolique, vous n’avez pas bénéficié de la justice naturelle, puisqu’on ne vous a pas donné la chance de présenter vos arguments et une défense appropriée. Nous trouvons bien regrettable que le droit canon ne prévoit pas la possibilité pour les évêques de se défendre quand ils sont mis en cause, Le Pape a donc une entière liberté pour les nommer et les révoquer. 

Nous avons une grande admiration pour vous et pour les principes que vous défendez. Nous sommes pleinement d’accord avec vous quand vous affirmez que l’Église est le peuple de Dieu, comme cela a été établi clairement par le deuxième concile du Vatican : « L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple, en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption. Cette Église qu’il introduit dans la vérité tout entière, et à laquelle il assure l’unité de la communauté et du ministère, il la bâtit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits. Par la vertu de l’Évangile, il fait la jeunesse de l’Église et la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son époux. L’Esprit et l’Épouse, en effet, disent au Seigneur Jésus : « Viens». Ainsi l’Église universelle apparaît comme un « peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint» (Constitution dogmatique Lumen Gentium, 4).

Comme évêque, vous teniez à ce que le peuple de Dieu dans votre diocèse ait une voix et que cette voix fût entendue dans l’Église et dans le monde, pour qu’il apparaisse clairement que l’Esprit est à l’oeuvre dans toute l’Église et non seulement chez quelques-uns. C’est dans cet esprit que vous avez encouragé le dialogue et la collaboration à travers tout votre diocèse par des mesures comme la création d’un Conseil du personnel pour consulter les paroisses avant de recommander la nomination d’un prêtre comme pasteur, et l’autorisation du rite communautaire de la confession et de l’absolution générale.

Même si vous avez été dépouillé de votre charge d’évêque parce que vous avez émis l’opinion que notre Église devrait un jour étudier la possibilité d’ordonner des hommes et des femmes mariés, beaucoup de personnes, incluant des prêtres et des évêques, pensent qu’une telle option est vraiment possible ou probable, mais qu’elle se réalisera seulement quand Rome l’autorisera.

Puisque la «la célébration de l’Eucharistie» a toujours occupé et continuera d’occuper la place centrale dans la communauté chrétienne, bien des changements qui semblent maintenant impossibles pourront devenir réalité.

Réjean Plamondon,
au nom du Réseau Culture et Foi

 

 

 

 

 

 

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