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Quelle ouverture ?
Alain Ambeault, c.s.v.

 

 

 

L’agence de presse internationale catholique (APIC) faisait écho dernièrement de la volonté des autorités vaticanes d’accueillir au sein de l’Église catholique une série d’évêques et de prêtres anglicans. Belle ouverture! En haut lieu, on semble privilégier la création d’ordinariats personnels, des diocèses non territoriaux, afin que ces derniers conservent une partie de la tradition anglicane. Le « gardien de la justesse de la foi » à Rome, le Cardinal Levada, indique qu’il s’agit tout au plus d’une trentaine d’épiscopes.

Mais de quoi émane le mouvement de ces « nouveaux convertis » à la foi catholique? La découverte bouleversante des éléments fondamentaux de la tradition catholique? son inébranlable structure pastorale reposant sur le primat de l’évêque de Rome? ses positions dogmatiques? la place indiscutable de sa vie sacramentelle? Certes non! Il en va d’abord et avant tout d’un geste contestataire, une volonté de se soustraire à leur Église qui a manifesté officiellement, dans certains diocèses, son ouverture à des questions controversées : ordination de femmes et d’homosexuels à la prêtrise ou à l’épiscopat et la bénédiction de l’union de personnes du même sexe.

Il y a bien une logique derrière tout cela: ces membres du clergé anglican se tournent vers une confession de foi qui affiche toujours une position officielle résolument opposée à ces questions. Leur raisonnement les amène à poser un geste dont on ne peut mettre en doute la logique. Mon inquiétude se porte davantage sur les conséquences, pour l’Église catholique, d’une ouverture et d’un dialogue qui semblent réservés aux contestataires et aux nostalgiques d’une Église révolue et à tous ceux et celles convaincus des bienfaits d’une restauration bien amorcée. Vivotent dans l’ombre les perspectives du dernier concile œcuménique.

Il existe divers groupes de réflexion partout à travers le monde, notamment au Québec, qui tentent de retrouver les traces encore vivantes de l’événement unique que fut le Concile Vatican II. Plusieurs déclarent le naufrage de la grande barque sur laquelle le visionnaire Jean XXIII avait invité l’Église universelle et l’échec de l’adaptation de la tradition catholique à la modernité et à ses étapes subséquentes. Inutile d’insister sur le ressac conservateur qui ne cesse de ramener à l’intérieur d’une foi cadenassée les quelques éléments d’un aggiornamento traînant toujours sur les plages ensoleillées d’un monde désireux de recréer l’harmonie, voire la fidélité, avec leur tradition de foi. Zone insensée, dangereuse, le pas en arrière oblige ou même la désertion. Les deux expriment la dissidence afin de ne pas être engouffré dans un tout dont l’homogénéité semble être la vertu principale.

À quand un geste audacieux des évêques d’ici osant offrir à tous les catholiques l’occasion de vivre un moment synodal, ouvert à l’expression des uns et des autres, non piégé au départ par les « postures vaticanes »? À quand l’effort d’exprimer à ces centaines d’hommes et de femmes engagés dans divers domaines, auprès des nouvelles cultures, que l’unité n’est pas le fruit de l’uniformité, mais la conséquence d’une audace évangélique qui dicte l’écoute de l’autre comme condition essentielle à la découverte de la volonté et de la vérité de Dieu? À quand un « happening » catholique qui ne craindrait pas la diversité des points de vue et la considérerait d’emblée comme une richesse?

Que ces nouveaux arrivants dans la tradition catholique soient bien accueillis et qu’ils se sentent heureux au cœur d’une Église universelle tout aussi fertile en questionnement que l’est la barque qu’ils ont quittée. Leur nouvelle appartenance n’est pas un refuge les soustrayant aux questions et contestations légitimes des croyants et croyantes. Je leur dis aujourd’hui bienvenue chez nous, mais ayez conscience que sous une structure autoritaire prétendant penser pour l’ensemble, il y a partout, des milliers d’hommes et de femmes qui considèrent tout à fait appropriées les ouvertures de l’Église que vous avez quittée. Même si elle ne semble pas permise, chez nous, la discussion est réelle; même si elles atteignent difficilement les lieux décisionnels, nos convictions en ce sens sont tenaces et bien enracinées dans un Concile quelque peu relégué aux oubliettes.

Existe-t-il au Québec une « Église catholique souterraine »? Oui! Des hommes et des femmes qui, ne trouvant peu ou prou de lieux et d’occasions d’un vrai dialogue, agissent autrement au nom d’une même tradition. La grande ouverture qui semble inciter le pape actuel à se tourner vers les plus traditionalistes ne pourrait-elle pas inciter nos évêques à faire un geste audacieux envers ceux et celles qui croient qu’une nouvelle façon d’être Église ensemble est bel et bien née, agissante, solidaire des pauvres, éprise d’Évangile et porteuse d’une tradition de foi, catholique, que l’on ne nous arrache pas si facilement du coeur et des mains.

Ne faut-il pas être unis pour véritablement accueillir d’autres personnes surtout lorsque leur venue laisse résonner un claquement de porte plutôt inquiétant?

 

Alain Ambeault est membre du Réseau des Forums André-Naud
et du Réseau Culture et Foi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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