|
L’agence de
presse internationale catholique (APIC) faisait
écho dernièrement de la volonté des autorités
vaticanes d’accueillir au sein de l’Église
catholique une série d’évêques et de prêtres
anglicans. Belle ouverture! En haut lieu, on
semble privilégier la création d’ordinariats
personnels, des diocèses non territoriaux, afin
que ces derniers conservent une partie de la
tradition anglicane. Le « gardien de la justesse
de la foi » à Rome, le Cardinal Levada, indique
qu’il s’agit tout au plus d’une trentaine
d’épiscopes.
Mais de quoi
émane le mouvement de ces « nouveaux convertis »
à la foi catholique? La découverte bouleversante
des éléments fondamentaux de la tradition
catholique? son inébranlable structure pastorale
reposant sur le primat de l’évêque de Rome? ses
positions dogmatiques? la place indiscutable de
sa vie sacramentelle? Certes non! Il en va
d’abord et avant tout d’un geste contestataire,
une volonté de se soustraire à leur Église qui a
manifesté officiellement, dans certains
diocèses, son ouverture à des questions
controversées : ordination de femmes et
d’homosexuels à la prêtrise ou à l’épiscopat et
la bénédiction de l’union de personnes du même
sexe.
Il y a bien une
logique derrière tout cela: ces membres du
clergé anglican se tournent vers une confession
de foi qui affiche toujours une position
officielle résolument opposée à ces questions.
Leur raisonnement les amène à poser un geste
dont on ne peut mettre en doute la logique. Mon
inquiétude se porte davantage sur les
conséquences, pour l’Église catholique, d’une
ouverture et d’un dialogue qui semblent réservés
aux contestataires et aux nostalgiques d’une
Église révolue et à tous ceux et celles
convaincus des bienfaits d’une restauration bien
amorcée. Vivotent dans l’ombre les perspectives
du dernier concile œcuménique.
Il existe
divers groupes de réflexion partout à travers le
monde, notamment au Québec, qui tentent de
retrouver les traces encore vivantes de
l’événement unique que fut le Concile Vatican
II. Plusieurs déclarent le naufrage de la grande
barque sur laquelle le visionnaire Jean XXIII
avait invité l’Église universelle et l’échec de
l’adaptation de la tradition catholique à la
modernité et à ses étapes subséquentes. Inutile
d’insister sur le ressac conservateur qui ne
cesse de ramener à l’intérieur d’une foi
cadenassée les quelques éléments d’un
aggiornamento traînant toujours sur les
plages ensoleillées d’un monde désireux de
recréer l’harmonie, voire la fidélité, avec leur
tradition de foi. Zone insensée, dangereuse, le
pas en arrière oblige ou même la désertion. Les
deux expriment la dissidence afin de ne pas être
engouffré dans un tout dont l’homogénéité semble
être la vertu principale.
À quand un
geste audacieux des évêques d’ici osant offrir à
tous les catholiques l’occasion de vivre un
moment synodal, ouvert à l’expression des uns et
des autres, non piégé au départ par les
« postures vaticanes »? À quand l’effort
d’exprimer à ces centaines d’hommes et de femmes
engagés dans divers domaines, auprès des
nouvelles cultures, que l’unité n’est pas le
fruit de l’uniformité, mais la conséquence d’une
audace évangélique qui dicte l’écoute de l’autre
comme condition essentielle à la découverte de
la volonté et de la vérité de Dieu? À quand un
« happening » catholique qui ne craindrait pas
la diversité des points de vue et la
considérerait d’emblée comme une richesse?
Que ces
nouveaux arrivants dans la tradition catholique
soient bien accueillis et qu’ils se sentent
heureux au cœur d’une Église universelle tout
aussi fertile en questionnement que l’est la
barque qu’ils ont quittée. Leur nouvelle
appartenance n’est pas un refuge les soustrayant
aux questions et contestations légitimes des
croyants et croyantes. Je leur dis aujourd’hui
bienvenue chez nous, mais ayez conscience que
sous une structure autoritaire prétendant penser
pour l’ensemble, il y a partout, des milliers
d’hommes et de femmes qui considèrent tout à
fait appropriées les ouvertures de l’Église que
vous avez quittée. Même si elle ne semble pas
permise, chez nous, la discussion est réelle;
même si elles atteignent difficilement les lieux
décisionnels, nos convictions en ce sens sont
tenaces et bien enracinées dans un Concile
quelque peu relégué aux oubliettes.
Existe-t-il au
Québec une « Église catholique souterraine »?
Oui! Des hommes et des femmes qui, ne trouvant
peu ou prou de lieux et d’occasions d’un vrai
dialogue, agissent autrement au nom d’une même
tradition. La grande ouverture qui semble
inciter le pape actuel à se tourner vers les
plus traditionalistes ne pourrait-elle pas
inciter nos évêques à faire un geste audacieux
envers ceux et celles qui croient qu’une
nouvelle façon d’être Église ensemble est bel et
bien née, agissante, solidaire des pauvres,
éprise d’Évangile et porteuse d’une tradition de
foi, catholique, que l’on ne nous arrache pas si
facilement du coeur et des mains.
Ne faut-il pas
être unis pour véritablement accueillir d’autres
personnes surtout lorsque leur venue laisse
résonner un claquement de porte plutôt
inquiétant?
Alain
Ambeault est membre du Réseau des Forums André-Naud
et du Réseau Culture et Foi
[
RETOUR ]
|