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La nouvelle est
tombée hier matin : l’immense diocèse de
Montréal a un nouveau pasteur, Monsieur
Christian Lépine. Depuis quelques mois, il
collaborait avec son prédécesseur, le Cardinal
Jean-Claude Turcotte, comme évêque auxiliaire.
De la lointaine Rome, la nomination nous est
parvenue faisant ainsi taire toutes les
spéculations qui allaient bon train depuis un
certain temps déjà. La crainte qu’un
non-francophone s’assoie sur la cathèdre
montréalaise vient de s’éteindre. Dans l’univers
catholique, nous ne connaissons pas de
consultation élargie à l’ensemble des
chrétiennes et des chrétiens, ce qui laisse
libre cours à toutes les envolées possibles. En
outre, ne connaissant pas les critères à partir
desquels ces nominations se font, il faut alors
se fier à ce que le Cardinal Ouellet, préfet de
la Congrégation pour les évêques, disait
récemment : ce sont des théologiens et des
apologètes qui sont appelés à l’épiscopat.
(Entrevue
accordée à Gianni Cardinale pour Avvenire
en décembre dernier)
Alors, Monsieur
Lépine, je vous offre mes meilleurs vœux et vous
souhaite le plus grand des courages dans vos
nouvelles fonctions. Ma prière vous accompagne
et j’ose espérer que votre espérance soit grande
car les défis qui vous attendent sont énormes.
Vous êtes nommé
Archevêque de Montréal. Il vous reste maintenant
à développer un leadership, ou un pastorat pour
utiliser une terminologie plus religieuse, qui
corresponde aux besoins de l’ensemble de
l’Église que vous êtes appelé à servir. Cela ne
vient toutefois pas automatiquement avec la
nomination. Le leadership de l’évêque doit
s’étendre à l’ensemble de la communauté
chrétienne. Et comme vous le savez bien pour
avoir été pasteur de paroisse, celle-ci n’est
pas un bloc monolithique, mais un ensemble de
tendances, de postures qui se réclament toutes
du même Évangile, de la même tradition et de la
même foi. Un leadership bienfaisant pour le
grand diocèse de Montréal devrait donc se
traduire par l’exigeant défi d’être le
rassembleur de toutes ces tendances. Il vous
faut garder constamment le dialogue ouvert,
celui qui sait donner la parole pour que se
recrée, dans notre église montréalaise, une
atmosphère d’écoute mutuelle et de recherche
commune de la volonté de Dieu; elle est le gage
d’une communauté qui sait la Parole vivante et
agissante. Vous n’êtes pas sans savoir qu’ici
comme ailleurs s’est opéré un clivage entre les
tenants des divers tendances ecclésiales; de
grâce, aidez-nous à nous rappeler qu’au-delà des
positions d’un chacun, nous sommes des frères et
sœurs qui ont le besoin l’un de l’autre.
Comme évêque,
vous êtes appelé à être le gardien de la foi et
le premier évangélisateur. J’ose exprimer le
souhait que vous remplissiez cette tâche avec
les hommes et les femmes d’ici. Soyez d’abord le
gardien de notre foi, celle qui naît ici, dans
notre contexte, cette foi qui sait conjuguer la
Bonne nouvelle de l’Évangile au questionnement
qui marque la quête de bonheur des femmes et des
hommes de Montréal. Cela, vous ne pouvez
l’accomplir seul. Plus encore, votre
responsabilité de faire de l’Église de Montréal
une Église catholique, porteuse de la réalité
universelle, ne sera réelle que si votre
leadership est profondément enraciné dans les
défis du peuple d’ici.
Fidèle au
souhait du Cardinal Ouellet, soyez d’abord le
théologien d’ici, l’apologète d’une foi qui sait
sa force à la mesure de l’étendue de ses racines
dans la réalité de vie qui est la nôtre.
Dans vos
relations avec vos confrères évêques, avec le
Pape et son entourage, portez haut la conviction
qu’ici aussi l’Esprit parle et agit. Sachez être
le promoteur de Dieu qui crée avec nous! Que
votre solidarité avec vos sœurs et frères
chrétiens de Montréal soit le marchepied
essentiel à cette autre solidarité que vous êtes
désormais appelé à développer avec vos frères
dans l’épiscopat et avec les autorités
vaticanes. Nous savons tous d’ores et déjà que
le poids de la charge sera lourd et qu’avant
d’avancer quelques réponses aux questions
existentielles qui vous seront adressées, vous
aurez à suggérer à toutes les parties le
bienfaisant silence qui laisse la chance à
l’Esprit de nous surprendre et de nous inspirer.
Votre ministère
est essentiel; il est au cœur de la tradition
catholique. Nous sommes plusieurs ici à
souhaiter que le processus de nomination des
évêques change pour laisser place à la parole
des chrétiens et chrétiennes, ceux qui peuvent
témoigner du nécessaire « sens commun » des
fidèles. Soit, espérons que ce sera pour un
avenir immédiat! Que vos premières paroles et
vos gestes courageux aillent dans le sens de la
création d’une nouvelle communion dans l’Église
de Montréal, celle qui n’a pas peur des mots,
celle qui sait que la Parole n’est signifiante
qu’auprès d’hommes et de femmes dont la leur est
d’abord reconnue.
Dans peu de
temps, votre nom s’inscrira sur la liste des
candidats au chapeau rouge. Montréal n’est-il
pas un siège cardinalice? Nous savons tous que
cela vous imposera une solidarité encore plus
étroite avec la pensée romaine. Profitez du laps
de temps qui vous éloigne encore de cette
inscription au club sélect des électeurs papaux
pour vous coiffer encore plus élégamment de
l’humble mitre des pasteurs que aimons, parce
qu’ils demeurent près de ce que nous sommes. Et
de votre bâton pastoral, frappez fort notre
terre; elle a tant à vous raconter de la « foi
trempée » des gens qui ont construit ce pays!
Sachez vous en inspirer et nous rappeler souvent
cette belle et créatrice fidélité!
À l’instar d’un
célèbre évêque haïtien (François Colimon), qui a
marché toutes les routes de son diocèse,
puissiez-vous avoir le courage de ce passage
obligé à l’affermissement de votre pastorat.
Faites-le comme un pèlerin, celui qui nourrit sa
prière d’abord de ce qu’il voit et entend.
Ainsi, lorsque votre pèlerinage se poursuivra à
Rome, vous pourrez laisser sur les routes de la
Ville éternelle quelques traces d’une terre qui,
loin d’avoir perdu la foi, ose la fortifier à
même les défis que son humanité lui pose.
Que vos paroles
et vos gestes sentent bon la terre d’ici,
monsieur l’Archevêque!
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