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L’auteure a été rédactrice en chef de la revue
Relations de 2002 à 2005
Cet institut, né dans la ville de Bordeaux, a pour vocation
d’accueillir dans l’Église catholique des
prêtres issus de la fraternité sacerdotale
Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre
en 1970 et officiellement dissoute en 1975.
Archevêque de Dakar et supérieur général des
Spiritains, Mgr Lefebvre a participé
au Concile Vatican II, mais il condamna par la
suite les réformes avec beaucoup de virulence,
refusant notamment d’adhérer au nouveau rituel
de la messe promu par le Concile. L’ordination
illicite de quatre évêques, sans l’aval de Rome,
entraîna son excommunication en 1988 – et ce,
malgré de nombreux mais infructueux dialogues
entre lui et le cardinal Ratzinger.
Le pape Benoît XV est très soucieux du retour à la pleine
communion de ceux qui ont suivi Mgr
Lefebvre et désire poser des gestes d’accueil à
leur égard. Il sait que « plus les années
passent, plus les schismes se durcissent et
moins les conditions d’une réconciliation se
trouvent réunies, chacun poursuivant sa route
sur le chemin qu’il s’est tracé », soulignait
récemment Mgr Ricard, archevêque de
Bordeaux et membre de la Commission pontificale
Ecclesia Dei qui gère les nombreuses
structures traditionalistes ralliées à Rome.
C’est cette commission qui a pris la décision,
sous l’autorité de son président, le cardinal
Castrillón Hoyos, de reconnaître l’Institut du
Bon-Pasteur comme société de vie apostolique de
droit pontifical.
Cette décision risque d’apparaître comme une victoire des
traditionalistes et de discréditer les
perspectives conciliaires. L’avenir le dira.
Pour comprendre l’étendue du phénomène, il faut
savoir que près de la moitié des 200 000
intégristes et traditionalistes du monde
résident en France, les autres se
retrouvant en Allemagne, aux États-Unis et au
Brésil. En effet, selon une étude
réalisée par le groupe Oremus, et citée
par le quotidien catholique français La Croix,
80 000 fidèles en France fréquentent la messe
qui a été en vigueur jusqu’en 1962, messe dite
de saint Pie V.
Tout cela soulève deux questions importantes. D’abord,
comment se prennent les décisions à Rome? Et
puis, quelles sont les conditions d’un
authentique retour? Il semblerait que la
création de l’Institut du Bon-Pasteur ait relevé
de la seule décision du pape, comme l’a précisé
Mgr Ricard. Le conseil presbytéral du
diocèse de Bordeaux a dénoncé « l’absence
d’information et de concertation avec l’Église
locale dans la création de cet institut et s’est
inquiété qu’un diocèse ne soit pas partie
prenante d’une décision qui le concerne ». Le
vicaire général a parlé de « désinformation » à
propos du décret de la commission Ecclesia
Dei! C’est la consultation qu’il aurait
fallu davantage développer, surtout quand on
sait que ce groupe occupe illégalement une
église depuis 2001. Les langues se sont déliées.
Phénomène nouveau en France, les évêques de deux
provinces ecclésiastiques et des prêtres ont
publié des textes dans les journaux pour
réaffirmer leur attachement au Concile Vatican
II et dirent leur inquiétude face au risque de
divisions des catholiques de France. Fait
exceptionnel aussi, la Conférence des évêques de
France, à la fin de son Assemblée plénière de
novembre dernier, a adressé un message de
confiance et de soutien à son président, Mgr
Ricard, en vue de sa rencontre avec le pape pour
l’informer de ces réactions et de ces craintes.
Quant aux conditions d’un retour, le diocèse de Bordeaux
souhaite qu’elles soient clairement définies. La
réconciliation demande de faire la vérité de
part et d’autre et pas seulement d’un seul côté.
Le supérieur de l’Institut, l’abbé Laguérie, a
eu des propos extrêmement cinglants envers
l’Église diocésaine durant les années
antérieures et il continue à critiquer
violemment le Concile. Or, cette violence n’a
jamais été dénoncée par Rome. Il ne peut y avoir
deux poids deux mesures. Les différends ne
portent pas seulement sur la liturgie, mais
aussi sur des questions de fond telles que la
liberté de conscience, le rapport au monde et
les relations avec les autres religions. Les
enjeux sont donc autant politiques que
théologiques. Le fait d’obtenir une paroisse
personnelle et non territoriale ne règlera pas
tous les problèmes. Il s’agit bien d’une affaire
à suivre.
(Publié dans
Relations no 714, février 2007)
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