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Durant la visite «ad limina» des évêques de l’État de New
York en juin, le pape Benoît XVI a posé la
question suivante : « Que penseraient vos fidèles
du retour à la tradition d’un clergé marié? » Il y
eut quelques secondes d’un silence plein
d’étonnement. Le pape a posé la même question de
nouveau : « J’aimerais vraiment savoir ce que vos
fidèles pensent de cette question. » Alors un
évêque, Mgr Michael Clark, de Rochester, a
répondu : « C’est étrange, Très Saint-Père, que
vous posiez cette question, car nous venons
d’avoir un synode dans mon diocèse et 90 % des
laïques de mon diocèse ont voté en faveur d’un
clergé marié. Et les autres évêques ont tenu le
même discours et dit que la majorité de leurs
fidèles étaient favorables à un clergé marié.
Celui qui a rapporté cette scène est Tom Fox, l’ancien
directeur de l’hebdomadaire américain National
Catholic Reporter. Et il l’a fait lors du
congrès annuel de Corpus, l’Association des
prêtres mariés des États-Unis, à Minneapolis. Il a
dit qu’il tenait cette information d’une source
sûre. Ce qui revient à dire qu’il la tenait d’un
évêque. Fin de la nouvelle.
Notre commentaire
Les mots employés par le pape Benoît XVI pour poser sa
question sont une bonne indication de ce qu’il
pense et de ce qu’il a en tête. Il affirme qu’un
clergé marié ne serait pas une nouveauté, mais le
retour à une tradition ancienne. En parlant ainsi,
il répond aux objections possibles des
traditionalistes et indique qu’il ne contredit pas
la tradition, mais la suit. En demandant l’avis de
ses frères évêques, il professe la collégialité
voulue par Vatican II. Il ne poserait sûrement pas
la question – pratiquement interdite sous son
prédécesseur Jean-Paul II – s’il n’envisageait pas
une possible modification de la loi.
Une déclaration du pape Benoît XVI quand il était préfet de
la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
confirme notre interprétation. Quand celui-ci a
pris ses vacances à Regensburg il y a deux ou
trois ans, il avait déclaré aux journaux
catholiques : «Si l’Église ne peut assurer
l’Eucharistie dans toutes les paroisses, elle doit
modifier les conditions d’accès au sacerdoce.» La
situation est d’une telle urgence que le moment
semble venu de modifier ces conditions.
Une dernière remarque
Une dernière remarque inspirée par un journal italien, La
Repubblica du 28 juillet, insiste sur le fait
que la question ci-dessus du pape Benoît XVI est
tout à fait typique de sa façon d’aborder un
problème : « Le nouveau pape ne veut pas apporter
de solution toute faite aux graves problèmes qui
confrontent l’Église catholique et les autres
Églises chrétiennes. Sa démarche est celle d’un
homme qui réfléchit, qui est en recherche et qui
apprend. Tandis que son prédécesseur est apparu à
beaucoup comme un nouveau Moïse qui voulait faire
entrer son Église dans le troisième millénaire, le
pape actuel se présente comme un homme en
situation de recherche. »
D’un point de vue théologique, on peut penser que Dieu est
derrière cette façon du pape de se questionner :
saint Ignace de Loyola, dans ses règles de
discernement des esprits (discretio spirituum),
affirme que l’esprit du bien entre dans une âme
comme une goutte d’eau dans une éponge. Par
contraste, l’esprit du mal a l’effet sur l’âme
d’une goutte d’eau qui tombe sur la pierre. Est-ce
que la question de Ratzinger n’entre pas dans les
esprits des évêques comme la goutte d’eau dans
l’éponge? Il est vrai que les évêques étaient
prêts à recevoir cette nouvelle. En tout cas, nous
l’accueillons avec joie.
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