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Michel Roy, l'actuel
directeur du plaidoyer international du Secours
catholique, a été élu secrétaire général le 26
mai d'une des plus grande ONG de solidarité au
monde : Caritas Internationalis. Ce Français,
marié et père de deux enfants, va diriger la
vaste confédération de 165 Caritas nationales
qui emploient au total 440 000 salariés et 625
000 bénévoles (!), venant en aide à pas moins de
24 millions de personnes chaque année dans le
monde.
Cette élection a eu lieu à
l'issue un débat houleux sur le « caractère
propre » de l'organisation. Le Vatican, par la
voix de son secrétaire général Tarcisio Bertone,
a tenu à rappeler la nécessité de « réaffirmer
l'identité catholique » de l'organisation.
Foi et charité
Le Vatican avait
auparavant, d'une façon inédite, refusé
d'autoriser le renouvellement du mandat de la
secrétaire générale sortante, Lesley-Anne
Knight, pourtant très appréciée par les cellules
Caritas locales.Ainsi, lors de l'Assemblée
générale de l'organisation à Rome, du 22 au 27
mai, un débat contradictoire a éclaté entre
représentants du Vatican et plusieurs délégués.
Du jamais vu dans ces
cercles. Comme l'a expliqué François Soulage,
président du Secours catholique-France : « Il y
avait une incompréhension chez les délégués sur
la raison profonde de refuser le renouvellement
du mandat de Knight. Elle n'a pas été
explicitée. Nous avons entendu des représentants
du Vatican très à cheval sur la doctrine, nous
rappelant sans cesse que nous étions d'abord des
acteurs de l'Église, expliquant parfois que la
transmission de la foi passait même avant
l'exercice de la charité, ce qui nous a semblé
curieux. »
Maladresses
Le Vatican a été à
l'origine d'autres maladresses, comme par
exemple l'évincement à la dernière minute du
très populaire Timothy Radcliffe, qui devait
prendre la parole devant les délégués le 22 mai.
Ce dominicain réputé pour son esprit d'ouverture
a été remplacé par le prédicateur Raniero
Cantalamessa, connu pour son souci de la
réévangélisation. Par ailleurs, plusieurs
cardinaux intervenus au cours de l'Assemblée
générale ont critiqué indirectement plusieurs
Caritas nationales pour leur caractère trop
« social », pas « assez catholique »...
Très diplomate, Michel Roy
a eu la sagesse d'insister à la fois sur la
mission première de Caritas, qui est d'aider les
pauvres catholiques ou non, et son attachement à
l'Église. Il a notamment déclaré que les
délégations nationales Caritas doivent être une
« incarnation de l'Église et du message
évangélique ».
Soutien net
Michel Roy a été élu par
14 voix contre 6 par le Comité exécutif de
Caritas Internationalis. Il bénéficie donc d'un
soutien net. Tout comme le président sortant, le
cardinal Oscar Maradiaga, réélu par les délégués
avec 75% des votes. Michel Roy et Mgr Maradiaga
ont tous les deux une réputation d'oeuvrer pour
une Caritas socialement engagée. Cet
engagement repose par ailleurs sur la conscience
des enjeux politiques et économiques,
conformément à la doctrine sociale de l'Église,
présentée notamment dans Caritas in Veritate,
la dernière encyclique de Benoît XVI.
Au total, la ligne de la
réaffirmation de l'identité chrétienne, prônée
par le Vatican, a certainement été débattue et
entendue. Les délégués ont, eux, mis l'accent
surtout sur le caractère social de l'engagement.
Et ils semblent de facto avoir imposé des
représentants en qui ils ont confiance.
Le président du Secours
catholique, François Soulage, qui était très
critique vis-à-vis de la ligne défendue
notamment par le cardinal Bertone, s'est
félicité de ces élections. Puis,
dans un communiqué de Caritas du 26 mai,
tout en reconnaissant la légitimité des
remarques du Vatican, il a admis que le
Secours catholique n'a « pas la même conception
de l’évangélisation que le Saint-Siège ». Et
d'ajouter : « Mais ce n’est pas conflictuel pour
autant, c’est juste en débat. »
On pourrait même appeler
cela un débat de fond.
Témoignage chrétien,
26 mai 2011
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