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Dimanche du Bon Pasteur (Jean 10, 27-30)
4e dimanche de Pâques, 2 mai 2004
Chaque
année, le dimanche du Bon Pasteur est choisi par
l’Église pour prier les vocations. Assez
spontanément, quand on parle de vocations, on
pense aux religieux, aux religieuses, aux prêtres.
Mais parler de vocation, c’est plus large que
cela. Je voudrais réfléchir un peu avec vous sur
le sens profond de la vocation pour nous les chrétiens.
Je parlerai ensuite de cette vocation particulière
de prêtres et de religieux.
La vocation au sens large
Il y a quelques semaines, un de mes bons amis a été hospitalisé
d’urgence. Depuis lors, il s’est bien remis.
Sa femme, qui me racontait ce qui s’était passé,
me disait comment il avait été bien traité par
l’équipe médicale, médecins et infirmières
qui s’étaient occupées de lui. «Ces gens-là,
me disait-elle, ont vraiment la vocation.»
Bien
des individus s’engagent au service des autres.
On parle souvent de la vocation d’enseignants en
pensant à ces hommes et à ces femmes qui, avec
compétence, patience et amour, donnent tout ce
qu’ils ont à leurs élèves. On peut parler de
la vocation des parents. Ces mères et pères de
familles qui donnent le meilleur d’eux-mêmes
pour leurs enfants, qui, pendant plusieurs années
de leur vie, n’existent que pour eux. Sur un
terrain plus large, on parle parfois aussi de la
vocation des femmes et des hommes qui
s’impliquent dans des mouvements internationaux
souvent en risquant leur vie : Médecins sans
frontières, Amnistie internationale, coopérants
dans les pays en voie de développement, etc.
Dans
l’évangile que nous venons de lire, saint Jean
applique à Jésus l’image du Bon Pasteur.
« Mes brebis écoutent ma voix; moi, je les
connais, elles me suivent. Je leur donne la vie
(…) Jamais elle ne périront, personne ne les
arrachera de ma main (…) ». À travers ce
langage symbolique, saint Jean présente Jésus
comme celui qui se préoccupe des autres, celui
qui s’applique à soulager toute souffrance,
celui qui redonne espérance, celui dont la vie
est au service des autres. Bref, il nous parle de
la vocation de Jésus.
La
vocation, c’est de répondre à l’appel de
Dieu qui invite à s’engager pour une cause qui
en vaut la peine en y investissant le meilleur de
soi. C’est de mettre sa compétence et sa
capacité d’aimer au service de l’autre, des
autres, pour les soutenir dans leur croissance,
pour les soulager dans leurs peines, pour les
ouvrir au bonheur. La vocation sort de la personne
dont le cœur est habité par Dieu. Voilà
pourquoi on prie pour les vocations. Et voilà
pourquoi, on peut admirer tous ces gens dont on
dit qu’ils ont la vocation.
La
vocation de prêtre, religieux et religieuse
Parler
de la vocation de prêtres, de religieux ou de
religieuses, se situe dans la même mouvance, en même
temps qu’elle va plus loin par l’absolu du don
de toute sa vie Je m’arrête en particulier à
la vocation de prêtres.
La
situation est grave. Vous la connaissez comme moi.
Tellement de paroisses n’ont plus de prêtres résidants,
qu’on risque d’accepter cela comme si c’était
normal. On prend pour acquis que la pénurie est
incontournable. Arrive alors la question : y
aura-t-il des prêtres demain? N’y aura-t-il
plus personne pour répondre à cette vocation
particulière? Pourtant, il faut des prêtres. Une
paroisse ne peut fonctionner s’il n’y a pas un
rassembleur qui la rend vivante. Une communauté
ne peut tenir s’il n’y a pas une personne
ordonnée pour présider l’eucharistie qui lui
permet de se ressourcer.
Il
y a quelques mois, lors de leur visite ad limina,
les évêques de France déclaraient au Pape :
« Le nombre des prêtres ne cesse de
diminuer et ceux que Dieu nous donne travaillent
à la limite de leur force » (DC 2308,
15/02/04, p. 167). Ils faisaient aussi état du désarroi
ressenti et exprimé par les communautés privées
de prêtres. Nos évêques ont aussi exprimé leur
souffrance face à la situation au Canada. Déjà,
en 1970, dans le cadre d’un Synode international
tenu à Rome, ils demandaient que soit considérée
la possibilité d’ordonner des hommes mariés.
Lors d’un entretien avec ses prêtres en
novembre dernier, le Cardinal Turcotte disait que
cette question figurerait en première ligne sur
l’agenda du prochain pape!
En
attendant, que faire? Bien sûr, il faut prier
pour les vocations. Le Pape Jean-Paul II insiste
beaucoup sur l’importance de la prière dans son
message pour la Journée des vocations en ce
dimanche du Bon Pasteur (DC 2307, 1/02/04 , p.
108). Mais la prière si fervente qu’elle puisse
être, ne saurait se passer de l’action. Devant
l’urgence de la situation présente, il faut
agir, et en ceci, tenir compte des sensibilités
profondes des catholiques à travers le monde,
notamment en Occident. En d’autres mots, il y a
un virage à prendre dans l’Église catholique.
Il faut repenser les règles en place. Il y a des
changements qui s’imposent.
Récemment, alors que l’on parlait de cette douloureuse pénurie de prêtres,
la présidente du comité pastoral de sa paroisse
me disait : « Écoute, ça ne peut plus
durer! L’Église catholique doit faire place aux
femmes, à la suite de la plupart des autres Églises
chrétiennes à travers le monde. » De son côté,
un vieil ami, aussi impliqué dans la vie de sa
paroisse, insistait pour me dire : « Il
est grand temps que l’on ordonne des hommes et
des femmes mariés qui seraient choisis par la
communauté. » « Pour pallier à la
situation inacceptable des paroisses sans prêtres,
soutenait-il encore, qu’est-ce qu’on attend
pour réintégrer ces prêtres mariés qui sont
disponibles et qui seraient heureux de présider
à la vie spirituelle de la paroisse? »
Peut-être est-il opportun de souligner que l’on
trouve peu de personnes qui mettent en doute, en
ce moment, le fait qu’il y a place dans notre Église
pour des prêtres mariés, hommes et femmes, comme
il y aura toujours place pour des prêtres qui
opteront pour le célibat.
Je
posais la question : Que faire? Que faire en
tant que croyants, individuellement et
collectivement? Prier bien sûr! Je crois aussi
qu’il faut parler de la vocation de prêtre. En
parler en famille à nos jeunes en quête d’une
cause significative et aux moins jeunes aussi. On
connaît tous des personnes à qui l’on pourrait
dire : « On te verrait bien être
ordonné prêtre, être pasteur dans une paroisse.
» L’appel de Dieu passe par la voix de celles
et ceux qui ont perçu les besoins de leur
communauté. Il faut aussi intervenir auprès de
l’autorité. Les évêques sont atterrés par la
situation. En intervenant auprès d’eux, il faut
les encourager et leur demander d’intensifier
leur action auprès de la haute direction de l’Église
afin que les choses changent. Enfin, il faut faire
confiance. Nous avons le droit de croire que les
paroisses trouveront une solution à la pénurie
actuelle. Souvent, il y a là des personnes que la
communauté a pressenti comme prêtes à assumer
la tâche de pasteur. Quand nos évêques
pourront-ils les ordonner? Tout au long de
l’eucharistie qui nous rassemble demandons au
bon Pasteur de voir à ce que notre espérance ne
soit pas trop longtemps déçue.
Ottawa
Paroisse St Thomas d’Aquin
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