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Lettre au Cardinal Jean-Claude Turcotte (Montréal)
Communauté chrétienne de base Des Chemins

 

 



Montréal, 16 mars 2009

Mgr Jean-Claude Turcotte, Cardinal
Archevêque de l’Église de Montréal.

Monsieur le Cardinal,

 Depuis plusieurs années, nous nous rassemblons, une fois par mois, pour discerner  ce qui se passe dans nos vies et notre société, prier ensemble et nous stimuler dans nos divers engagements sociaux. Lors de notre dernière rencontre du 15 mars dernier, nous avons discuté  de l’événement qui est survenu au nord-est du Brésil où l’évêque de Recife a prononcé des excommunications contre la mère d’une fillette de 9 ans qui, violée, s’était fait avorter ainsi que contre les médecins qui ont pratiqué l’opération. À la suite de nos échanges, nous avons décidé de vous écrire cette lettre pour vous faire part de nos réactions de croyants et de croyantes.

D’entrée de jeu, rappelons que nous sommes d’accord pour reconnaître que l’avortement est une chose grave qu’il convient de ne pas banaliser. Cette conviction, toutefois, n’enlève rien au scandale que constitue à nos yeux  l’excommunication prononcée publiquement contre la  mère de la fillette et les médecins. Jamais n’avons-nous entendu un évêque brésilien condamner publiquement une femme  de la bourgeoisie qui se serait fait avorter. Le fait qu’il s’agisse d’une femme d’un milieu pauvre constitue un parti-pris qui n’a rien d’évangélique. Aucun effort n’a été fait pour soutenir  humainement cette femme et sa fille. Aucune dénonciation n’a été prononcée contre les situations sociales  inhumaines engendrées par la pauvreté chronique du milieu. Nous nous sommes demandés comment Jésus de Nazareth aurait réagi, lui qui n’est pas venu pour condamner mais pour sauver les plus pauvres, comme il l’a esquissé  dans son intervention à la synagogue de Nazareth. À choisir entre la loi et la compassion, il a toujours préféré la seconde.

Nous sommes entrés depuis un bon bout de temps dans un monde des communications. Si l’événement a pris des proportions internationales, c’est  à cause de cette nouvelle donnée de notre culture. Plusieurs consciences, aussi bien chrétiennes que détachées de l’Église, se sont senties atteintes profondément par la nouvelle. Comment expliquez-vous que nos chefs spirituels soient demeurés muets devant ce qui a été vécu par des milliers de personnes comme un événement révoltant et inacceptable? Le désir de ne pas faire de vagues, d’être solidaire d’un autre évêque, de ne pas déplaire  à certains fonctionnaires romains qui n’ont jamais accepté l’esprit du dernier concile, sont-elles des causes suffisantes pour cacher l’évangile sous le boisseau?

Nous sommes plusieurs  à chercher à créer des ponts entre notre société et les interrogations de l’évangile. L’événement qui est survenu et le silence complice qui l’a entouré  viennent effilocher les liens fragiles que nous essayons de tisser. Comment pourrez-vous parler, dans un tel contexte, de nouvelle évangélisation? Certes, nous n’attendons pas que nos évêques se prononcent sur tout et sur rien. Mais quand il s’agit d’un événement qui suscite une telle colère et cause  un tel haut-le-cœur chez tant de monde, n’y a-t-il pas urgence de prendre position en puisant dans l’évangile  plutôt que dans le Droit  une parole qui libère?

En terminant, ajoutons que certains parmi nous avaient salué le courage et l’à propos des religieux et des religieuses qui  avaient adressé à nos chefs religieux des propositions pertinentes pour assurer des suites au  dernier Concile.. Devant la fin de non-recevoir des autorités, qui a fait de ces appels « un rendez-vous manqué », certains ont vu, dans le silence épiscopal qui vient d’avoir lieu, un autre signe inquiétant de l’écart grandissant entre les membres du Peuple de Dieu et ceux qui sont sensés en être les pasteurs. Combien de temps ce fossé devra-t-il se creuser pour que l’espérance pascale  puisse à nouveau se manifester?

Avec la conviction que le Souffle du Ressuscité traverse tous les croyants et croyantes d’ici.

Jeanne Auclair, Michèle Beaulac, Louise Bergeron, Monique Bouchard, Jeannine Bourget, Raymonde Bourque, Denise Cossette, Christiane Couture, Guy Demers, Marie-France Dozois, Kristiane  Gagnon, Yveline Ghariani, Antoine Gauvin, Eva De Gosztonyi, Jocelyne Leduc, Berthe Marcotte, Guy Paiement,s.j., Lucille Plourde, Daniel Picot,.Michel Rondeau, Gérard Talbot,  Marc-André Tardif, Carmina Tremblay.

Communauté chrétienne de base Des Chemins
853 rue Sherbrooke est, Montréal, H2L 1K6.

 

 

 

 

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