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Montréal, le 20 avril 2011
À M. Michael Casey,
directeur général de Développement et Paix
Aux membres du Conseil d’administration
et aux membres du Conseil de direction de
Développement et Paix
Cher M. Casey,
Comme vous vous en souvenez, nous avons travaillé ensemble à votre
invitation, avec le Conseil de direction de
Développement et Paix, le 12 janvier dernier, au
sujet des règles de Revenu Canada applicables au
travail « politique » des organismes de
bienfaisance.
C'est à ce titre, mais aussi comme chrétien engagé et comme simple
donateur de Développement et Paix, que je
m'adresse à vous, aux membres du Conseil de
direction et aux membres du Conseil
d’administration, au sujet de la plus récente
polémique menaçant le travail de l'organisme sur
le terrain et ses appuis au sein de l'épiscopat
canadien.
Il est évident que tout organisme doit respecter les lois et les règles
qui le régissent: celles de son pays (pour le
numéro de charité, par exemple), celle de son
Église (pour ses liens avec les évêques dans
chaque diocèse, par exemple) et celles de sa
propre organisation (pour les difficiles
décisions à prendre en période de conflit).
Mais une fois cela dit (et respecté), un organisme comme Développement
et Paix doit avant tout s'inspirer et témoigner
de la Bonne Nouvelle qu'est l'Évangile. Nous
n'existons pas pour le pays, pour l'Église, ni
même pour l'organisation elle-même: nous
existons pour ce Dieu annoncé par Jésus de
Nazareth en Luc 4, 18-19 (« L'Esprit
du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint
pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Il
m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur
brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance,
et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour
renvoyer libres les opprimés. Pour publier une
année de grâce du Seigneur. »).
Développement et Paix doit annoncer, et
pratiquer, cette liberté des enfants de
Dieu inaugurée par Jésus. Et comme il l'a
lui-même rappelé, c'est « la vérité (qui) vous
rendra libres ».
Développement et Paix le fait, sur le terrain du
travail (et du combat) pour la justice depuis
plus de quarante ans, aussi bien dans les pays
du Sud qu'ici même d'où origine très souvent
l'injustice. Développement et Paix doit
poursuivre courageusement son travail et son
combat, sans se laisser intimider, et encore
moins dicter ses choix et sa conduite, par les
forces intégristes de la droite religieuse,
fût-elle chrétienne, catholique ou même
influente au sein de l'épiscopat canadien.
Notre
monde actuel, au plan planétaire comme ici même
au Canada et au Québec, a un urgent besoin du
sens qu'annonce la Bonne Nouvelle de Jésus de
Nazareth. La justice et la quête de sens exigent
que Développement et Paix reste debout, avec
courage et détermination, face aux menaces et à
l'adversité. En ce sens, les récentes
interventions épiscopales pour empêcher la P.
Arriaga de témoigner de son travail au Mexique
ne témoignent aucunement d'une Bonne Nouvelle.
Le refus de s'y plier, ou la mise en place
d'activités alternatives permettant d'éviter son
renvoi au Mexique, auraient été signes d’une
Bonne Nouvelle.
Je
sais bien les pressions auxquelles vous êtes
soumis, les menaces sur le financement de
l'organisme, les responsabilités qui sont les
vôtres, tant à l'égard des centaines
d'organismes que vous appuyez partout dans le
monde qu'à l'égard de vos propres employés. Et
je comprends la difficulté et le poids des
décisions à prendre.
Mais
je vous en conjure, comme chrétien et comme
sympathisant de Développement et Paix, tenez bon
et ne cédez pas aux pressions des pharisiens ou
des zélotes d'une religion mal comprise, axée
sur la rigueur et la pureté de la loi ou de la
doctrine, au détriment de l'amour des hommes et
des femmes en chair et en os qui essaient
simplement de vivre (quand ce n'est pas de
survivre) et auxquels Jésus était si sensible.
Vous
pouvez compter sur notre solidarité, notre
prière et notre appui indéfectibles, les miens
bien sûr, mais aussi, j'en suis convaincu, ceux
de très nombreux chrétiens et chrétiennes
engagés au service de la justice et de la Bonne
Nouvelle.
Je
vous souhaite, ainsi qu'à tous vos collègues du
Conseil d'administration et du Conseil de
direction, la force et la liberté que donnent la
vérité et la justice du combat à mener. Et je
vous remercie pour tout le travail remarquable
de Développement et Paix depuis sa création et
pour celui que vous continuerez à faire malgré
les tempêtes et l'adversité.
Dominique Boisvert
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