Culture et Foi > Nouvelles d'Églises > Une certaine fête des femmes...
Une certaine fête des femmes…
Édith Richard, théologienne


Derrière la date du 8 mars, fête des femmes, se profile la reconnaissance des réalisations des femmes d’hier et d’aujourd’hui. Cette fête annuelle constitue, en effet, un moment privilégié pour célébrer et une occasion propice au regard distancié sur la condition des femmes dans la société et dans l’Église.

En ce sens, l’année 2004 ne fait pas exception. Parmi les activités particulières à cette fête. la Société Radio Canada a décidé de consacrer son émission Second Regard du dimanche 7 mars 2004 à la situation des femmes dans l’Église.

D’entrée de jeu l’animateur évoque le souvenir de la commotion causée par  l’intervention de Theresa Kane lors de la première visite de Jean-Paul II aux États-Unis.  C’était le 7 octobre 1979. Sœur Theresa, administratrice générale des sœurs de la Miséricorde de l’Union romaine et présidente des Supérieures majeures, est invitée à adresser la parole au pape. Elle ne dispose que de 2 à 3 minutes. Son texte ne contient pas plus de 600 mots. Elle le lit sans nervosité et avec respect. Elle conjure le pape de répondre à la voix des femmes qui désirent servir l’Église et avoir accès à tous les ministères de l’institution. Même si le mot sacerdoce n’est pas prononcé, le rapprochement s’est vite opéré dans l’imaginaire des gens. Étonnement, stupéfaction et indignation ont ébranlé les officines ecclésiales. Une audace qu’on ne lui a pas pardonnée.

D’ailleurs, l’attitude physique du pape en témoigne; d’un large geste des bras, il se voile la face, sans doute, pour ne pas être ébloui par l’éclat de telles paroles prophétiques.

Vous avez dit : Il faut être attentif à reconnaître les signes des temps?

Comment ne pas établir un parallèle entre cette déviance religieuse et celle de Thérèse de Lisieux qui a, elle aussi, rompu avec le protocole pontifical en s’adressant au pape Léon XIII malgré la consigne formelle qui lui en avait été faite? Les deux Thérèse on bravé les interdits et rejeté la typologie imposée aux femmes : silence, discrétion et soumission. C’est dans le sens de cette détermination que Thérèse de l’Enfant-Jésus choisit tout, particulièrement dans ce passage paroxystique très connu : Je me sens la vocation de prêtre, d’apôtre, de docteur. (souligné dans le texte.)  Et si ces paroles avaient été prononcées par un jeune homme?...

Une vraie promotion?

Au cours de l’émission, le cardinal-archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, fidèle au magistère romain,  a, quant à lui, défendu avec fermeté l’authenticité et la différence sexuelle dans l’Église. L’Église n’est pas unisexe!  C’est un service à la vraie (sic) promotion de la femme dans le mystère de la différence de l’homme et de la femmes. Mais de quelle promotion s’agit-il?

Une promotion imposée du dehors? Un promotion selon la vision d’hommes célibataires et clercs? Une promotion qui ne tient pas compte des désirs les plus profonds des femmes elles-mêmes?

Cette insistance sur la différence sexuelle pour justifier la position de l’Église au sujet de l’exclusion des femmes du ministère sacerdotal est plutôt inopportune, impertinente et hors de propos.

Que voilà un faux débat! Faut-il le répéter? Il ne s’agit pas ici de vocation particulière à tel ou tel sexe mais de Mission avec un M majuscule. Un seul baptême, un seul appel, une seule mission. Tous les baptisés, hommes et femmes sans obstacle sexuel, sont responsables de l’annonce de la Bonne Nouvelle selon les talents de chacune et de chacun.

Tant que la hiérarchie refusera un débat de fond; tant qu’elle se cloîtrera derrière un non définitif.

Tant que l’Église persistera à se lover, à se replier sur elle-même et à s’enfermer dans ses certitudes.

Tant qu’elle légitimera l’exclusion des femmes en raison de leur biologie, elle privera les communautés chrétiennes de services spirituels.

La conférence du Caire,  une sainte alliance!

Cependant,  une surprise attendait le téléspectateur averti. C’est avec une fierté non dissimulée que Mgr Ouellet a évoqué la sainte alliance avec des états musulmans, dont l’Iran, lors de la conférence internationale sur la population et le développement organisée par l’ONU en 1994. On se serait attendu à plus de réserve, de retenue et d’humilité de la part d’un homme d’Église, laquelle se targue de promouvoir la dignité des femmes et le respect de leur droit à l’égalité. Le fait qu’elle  ait jugé bon de s’allier à certains états  fondamentalistes qui traitent les femmes comme des individus de seconde classe témoigne que dans un contexte de peur et de conservatisme, la fin justifie les moyens.

L’enjeu principal de la conférence portait sur les moyens de ralentir davantage la croissance démographique alarmante de la planète. En ce sens, la conférence proposait un programme d’action visant à améliorer la condition des femmes, vecteur important de la croissance démographique en leur fournissant les moyens de décider de l’espacement et du nombre des naissances grâce à un programme d’information sur la contraception.

Craignant l’influence néfaste des féministes et des pays occidentaux,  entrevoyant le spectre menaçant de l’avortement comme moyen de contraception – crainte non justifiée selon le texte du plan d’action – Jean-Paul II est parti en croisade. Multipliant les démarches diplomatiques de toutes sortes, le Vatican a décidé de conclure une alliance avec des fondamentalistes musulmans qui, selon Mgr Ouellet, sont aussi pour la défense de la vie. Vraiment!...

Rome et Téhéran se sont donc entendus pour tirer toutes les ficelles afin de ne pas perdre le contrôle qu’ils exercent sur la vie sexuelle  des couples et sur la santé reproductive des femmes. Présenter cet épisode comme un fait d’armes relève d’un cynisme déconcertant.

De nombreux états ont reproché au Saint-Siège d’avoir pris la conférence en otage en cristallisant le débat sur l’avortement au détriment du développement. Toute cette question a pris une place excessive en regard de celle qu’elle occupait sur le plan d’action. Il est regrettable que le Vatican n’ait pas compris que le développement des peuples ne peut se réaliser que si les femmes sont parties prenantes aux décisions et considérées en tant que partenaires égales et personnes humaines dans toute leur intégrité. Voilà le meilleur contraceptif. Il aurait été souhaitable qu’en cette occasion, l’Église exerce son leadership d’une façon évangélique et soutienne un plan de développement  bien ordonné.

Quand deux sociétés patriarcales font alliance,  il y a lieu d’y voir un mariage entre deux personnes de même sexe!...

Transfert idéologique

Une autre invitée à l’émission est Madame Lucienne Sallé, une des 200 femmes sur les 3000 employés du Vatican (10 à la curie). Une avancée, puisque jusqu’en 1961, il n’y en avait aucune, même pas pour faire le ménage, dit-elle. Maintenant il y en aurait…

Lucienne Sallé ne veut pas être prêtre, mais nie à d’autres le désir de l’être.  Elle reprend la même dialectique que Mgr Ouellet. Ce qui est important c’est la différence. Elle affirme : Laissons le pouvoir aux hommes. Celui des femmes est plus grand que celui des ecclésiastiques. Le pape veut la dignité des femmes; il ne veut pas que les femmes soient comme les hommes. Voilà un discours représentatif du dispositif de transfert idéologique. Dans un premier temps, il se présente sous la forme d’un propos mis au point par un pouvoir dominant et, dans un deuxième temps, par une appropriation inconditionnelle, quasi effective, de cette idéologie par des individus ou des classes visés, et cela même si cette doctrine s’avère aliénante pour eux. Dans le cas qui nous occupe, le transfert idéologique rend compte des sentiments des femmes qui ont intégré dans leur façon de pensée et de vivre les stéréotypes qui justifient et cultivent leur propre aliénation. Jean-Paul II nous a parlé du génie féminin. Des femmes vont acheter ce discours qui se présente comme une valorisation et une libération des femmes. C’est un jeu très subtil et très pervers qui consiste à convaincre sa victime de justifier sa propre aliénation au nom de la volonté de Dieu. Voilà un sophisme de type fondamentaliste auquel beaucoup trop de femmes adhèrent.

Être  patiente dans notre impatience

En conclusion, cette émission de Second Regard nous a laissés sur notre faim.  Je n’ai pas chronométré le temps d’antenne dévolu à chacun, mais il m’a semblé que le conservatisme avait occupé plus de place que le progressisme. Est-ce possible? Marie-Andrée Roy et Patrick Snyder ont bien tenté de présenter leur point de vue mais ce fut trop court, trop peu. Il faudra y revenir parce que, comme le disait Theresa Kane : Il ne peut y avoir un seul débat qui concerne l’humanité qui puisse être clos définitivement. Nous sommes au début d’un nouveau monde et il faut que je sois patiente dans mon impatience.  

 

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca