|
Les sept femmes. À Passau en Allemagne, le 29
juin 2002, en la fête des saints Pierre et Paul,
sept femmes étaient ordonnées au sacerdoce.
Quatre sont allemandes (Ida Räming, Iris Müller,
Gisela Forster, Pia Brunner), deux sont
autrichiennes (Christine Mayr-Lumetzberger et
soeur Adelinde Theresia Roitinger) et une est
américaine (connue sous le pseudonyme d'Angela
White).
Toutes
pensent répondre à un appel de l'Esprit et
toutes ont suivi une formation théologique et
pastorale appropriée. Certaines sont même des
théologiennes aguerries qui se consacrent à la
problématique du sacerdoce des femmes depuis de
nombreuses années.
L'évêque.
Quant à Mgr Romulo Antonio Braschi,
l'évêque qui les a ordonnées, il s'agit d'un
prêtre argentin qui a pris ses distances avec
l'Église catholique argentine dans les années
70, vu les compromissions de la hiérarchie
catholique avec un pouvoir politique corrompu,
dit-il, et qui s'est orienté vers l'Église
catholique et apostolique charismatique de Jésus
Roi pour se rapprocher du peuple.
Il
aurait reçu une double consécration épiscopale,
d'abord par Mgr Roberto Padin, puis le 30 janvier
1999 par Mgr Geronimo Podesta, qui fut président
de conférence épiscopale et cardinal élu. Pour
le Vatican, Mgr Baschi est schismatique et
excommunié. Voici ce qu'écrit John Wijngaards à
propos des deux évêques qui l'ont consacré:
Padín
semble être un évêque argentin appartenant à
la même Église catholique apostolique charismatique
du Christ Roi mais les faits ne sont pas clairs.
Podestá était évêque d'Avellaneda en
Argentine de 1962 à 1967. Son engagement en
faveur d'une action sociale et de la réforme de
l'Église l'ont mis en conflit avec le Vatican.
En 1967, il a été relevé de ses fonctions épiscopales.
Podestá est devenu un champion de la
suppression du célibat obligatoire et il a
soutenu des prêtres mariés et leurs épouses.
Il est mort le 24 juin 2000. Dans aucun récit
de sa vie on ne trouve mention qu'il ait été
un soutien de l'Église catholique apostolique charismatique
du Christ Roi.
Selon
John Allen du National Catholic Reporter, «Braschi
appeared at a press conference on June 29, however,
with a notarized document from his lawyer in
Buenos Aires, which he said attests to the event»,
à savoir l'ordination par Mgr Podestá. Si
Mgr Braschi a vraiment été consacré évêque
par Mgr Podestá,
sa consécration est valide aux yeux de l'Église,
même si elle le considère par ailleurs comme un
schismatique. Cette validité est primordiale pour les nouvelles ordonnées...
Réactions
de Rome. Contre-réactions des sept femmes. En
posant leur geste, les sept femmes étaient bien
conscientes de sa gravité et des réactions
possibles de Rome. Mais, pour elles, refuser
l'ordination aux femmes, ce n'est pas être
conforme à la volonté du Christ. C'est plutôt
perpétrer une grave injustice et entraver le
renouveau de l'Église. En conséquence, pour
hâter les changements, elles ont décidé de
mettre le Vatican devant le fait accompli.
Les
réactions ne se sont pas fait attendre. Dès le
10 juillet, les cardinaux Ratzinger et Bertone
répondaient par un monitum qui les menaçait
d'excommunication et leur donnait douze jours pour
s'amender.
La
première réponse des femmes, dès le 11
juillet, fut de lancer un appel à la
solidarité de tous les mouvements féminins à
travers le monde, de poser dix questions au
cardinal Ratzinger et d'envoyer une lettre
personnelle à Jean-Paul II. Plus tard, le 22
juillet, un texte officiel et argumenté fit appel
contre le Monitum du 10 juillet.
Mais
la date fatidique était arrivée et la seule
réponse du Vatican fut un décret
d'excommunication.
Réactions
des groupes contestataires. Dans les groupes
qui cherchent un renouveau en Église et qui
luttent pour l'ordination des femmes, certains
marquèrent très tôt leur accord total avec le
geste des sept femmes (en anglais):
Catholic
Network for Women's Equality (CNWE)
Women's
Ordination Conference (WOC)
Plusieurs
autres groupes, prévoyant l'excommunication par
Rome, avaient déploré l'ordination projetée parce
qu'elle mettrait ces femmes en marge de l'Église
qu'elles veulent réformer, au lieu de permettre
qu'elles poursuivent une réforme venant de
l'intérieur (en anglais):
Ingrid
Thurner, porte-parole de We Are Church
d'Autriche (5/6/02)
Bernd Hans Goerig, d'Initiative Church from
Below (7/6/02) (IKvU - Allemagne)
Jackie Hawkins, porte-parole de New Wine à
Women's Ordination Worlwide (29/6/02)
Si
le Vatican n'accepte pas que soit discuté par les
théologiens le possible accès des femmes au
sacerdoce, il accepte encore moins qu'on le place
devant le fait accompli. Pour le
cardinal Ratzinger, les phrases de Jean-Paul II
dans Ordinatio sacerdotalis relèvent de
l'infaillibilité pontificale et terminent le
débat: toute ordination sacerdotale de femme est
illicite et invalide... même si des théologiens ont émis de
sérieuses réserves à ce sujet. Il n'est pas
question d'amorcer le dialogue que souhaitent
les femmes ordonnées.
Pour
aller plus loin, un dossier indispensable.
À
plusieurs reprises dans le passé, le site
du Réseau Culture et Foi a fait référence
au beau site multilingue de John Wijngaards et de
son équipe: Women's Ordination - Catholic
Internet Library. Sur l'ordination des sept
femmes à Passau au mois de juin, il présente
un
dossier très complet indispensable à qui
veut mieux connaître ces femmes, quel fut leur
cheminement, quelles sont leurs motivation
profondes, quelles furent les réactions des
autorités ecclésiastiques, des témoins, des
journalistes... La version anglaise du dossier est
beaucoup plus complète.
Au
congrès de WOW de juin 2001, John Wijngaards,
tout en combattant pour l'ordination des femmes,
formulait des réserves expresses à ce genre
d'ordination. Et il est revenu sur le sujet au
mois de février 2002, lorsque fut annoncé le
projet des ordinations de juin. À ce moment nous
avons fait état de son
point de vue.
|