|
La décision
prise par Rome d'ouvrir les portes à un accueil
« collectif » de prêtres mariés anglicans en
rupture avec les décisions d'ouverture de leur
propre Église, n'est pas seulement ambiguë pour
le mouvement oecuménique, elle est ressentie
comme une gifle supplémentaire pour les nombreux
prêtres catholiques mariés qui sont restés
fidèles à leur Église. Les trois fédérations
continentales de prêtres mariés (Europe,
Philippines, Amérique Latine) ont signé la
déclaration ci-dessous.
La Fédération
Européenne de Prêtres Mariés souhaite exprimer
son avis suite à la décision du Vatican de
permettre aux prêtres anglicans mariés de passer
avec leurs communautés à l'Église catholique
sous certaines conditions.
1. Cette
décision, ajoutée à l’existence traditionnelle
de prêtres mariés de rite oriental, pourrait
créer à terme une situation bénéfique à
l’intérieur de l'Église catholique romaine, même
si c’est sans le vouloir expressément. Une
coexistence de plus en plus naturelle de prêtres
mariés avec des prêtres célibataires pourrait
être une étape vers le pluralisme dans le
ministère presbytéral et serait une véritable
richesse.
2. Les
organisations de prêtres mariés revendiquent le
libre choix d'un célibat facultatif et la
majorité des chrétiens le souhaitent aussi comme
en témoignent les sondages. Cette liberté ne va
pas à l'encontre de la communion de l'Église et
elle est tout à fait légitime. Elle permet aussi
de ne plus subordonner le bien des communautés
au choix de vie personnel des prêtres. Nous
affirmons donc que cette liberté est nécessaire
pour des raisons pastorales quand les
communautés l'acceptent ou le décident.
3. Nous pensons
toutefois qu'une telle décision de Rome
demeurerait une injustice sans aucun fondement
ecclésial si elle ne s'accompagnait pas de la
réadmission des prêtres catholiques mariés qui
le souhaitent, alors que plus de 100 000 d’entre
eux ont été privés d'exercer leur ministère.
Nous estimons que le fait de considérer ces
derniers comme des traîtres et le fait
d’encourager des prêtres anglicans à rompre la
communion avec leur propre Église, révèlent une
attitude hypocrite et que cela va générer une
grande confusion dans les communautés.
4. Cet
arbitraire est difficile à admettre : ce qui
paraît clair, c’est que ce nouveau clergé marié
auquel on ouvre les portes de l’Église
catholique romaine, se caractérise par des idées
intégristes et conservatrices, et plus
précisément par son opposition à l'ordination
des femmes et des homosexuels dans la Communion
anglicane, décision qui a été adoptée par
celle-ci à la majorité. Nous pensons que le type
de prêtre auquel le Vatican veut ainsi faire
confiance n’est pas fidèle à l’ouverture
évangélique ni à la lecture des signes que nous
envoie le Saint-Esprit.
5. Il nous
semble que ce geste est nuisible pour l'oecuménisme
parce qu’il néglige le dialogue entrepris depuis
tant d’années au profit d’un retour au
catholicisme. Plutôt que de tenir compte des
progrès réalisés par Vatican II et par les
discussions de l’ARCIC sur l’eucharistie, sur
les ministères et sur l’autorité dans l’Église,
le Vatican recrute d'une façon malhonnête en
permettant à des chrétiens d'esquiver une
décision de leur Église. Il sème ainsi encore un
peu plus la division dans une Église qui a déjà
tant de difficultés à résoudre ses propres
conflits portant surtout sur d’importantes
questions morales.
6. Si le
pluralisme consiste à accepter que les Anglicans
puissent s'organiser et célébrer à leur manière
tout en faisant partie de l’Église catholique
romaine, pourquoi ne pas le permettre aussi en
Amérique Latine et en Afrique, par exemple? Ce
serait une manière saine de respecter la
différence des cultures et de reconnaître la
priorité des communautés et les liens des
ministres avec elles. Pour créer un climat de
pluralisme authentique, il faut permettre à
chaque communauté de choisir la personne qui
convient pour exercer le ministère, que ce soit
un homme, une femme, un célibataire, ou une
personne mariée, et débattre sur les différentes
manières de comprendre les ministères. Et
veiller à ce que le pluralisme des ministères ne
soit pas un prétexte à discrimination entre
prêtres mariés et prêtres célibataires.
Au nom de la
FEPCM, le 4 novembre 2009
Ramón Alario
(E), Claude Bertin (F), Ennio Bolognese (A),
Paul Bourgeois (B), Franco Brescia (I), Marcel
Brillant (F), Pierre Collet (B), Jean Combe (F),
Bernard Corbineau (F), Wilhelm Gatzen (D), Mike
Hyland (UK), Lorenzo Maestri (I), Joe Mulrooney
(UK), Julio Perez Pinillos (E), Damian Sassin
(D)
www.pretresmaries.eu
[
RETOUR ]
|