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Comme les évêques ont peur, aux laïcs de prendre l’initiative
Jerry Filteau

 

 

 

Les conférenciers invités lors d’un récent colloque à Philadelphie ont prié les laïcs de se manifester et de prendre en charge le développement futur de l’Église.

« Nous sommes devenus une Église laissée à elle-même et les laïcs ont la charge de la bâtir de façon artisanale parce qu’on ne leur a pas proposé un modèle ni fourni un livre d’instructions », a déclaré le P. Thomas J. Reese, jésuite, qui est un des trois universitaires avec le plus d’ancienneté et d’expérience du Centre de théologie Woodstock, à Washington. Il a présenté un exposé lors d’un colloque tenu le 5 décembre dernier à l’Université Saint-Joseph de Philadelphie sur le thème : « L’avenir de l’Église : le Forum de Woodstock sur les raisons d’espérer ».

« L’épiscopat des États-Unis est aujourd’hui bien craintif et sur la défensive, et il est bien différent de l’épiscopat pastoralement transformé qu’on a connu pendant et après le concile Vatican II et qui était prêt à collaborer », a déclaré Mme Dolores R. Leckey, qui a longtemps été la directrice, à la Conférence des évêques des États-Unis, du Secrétariat pour les Laïcs, la Famille, les Femmes et la Jeunesse, et qui est un auteur bien connu sur la spiritualité.

C’est aux laïcs que revient la responsabilité de façonner l’Église de l’avenir, ont affirmé Mme Leckey et M. Raymond Kemp, un prêtre séculier du diocèse de Washington et directeur du programme « Preaching the Just World » (Promouvoir un monde juste) au cours d’une rencontre de deux heures avec quelque trois cents catholiques de la région de Philadelphie. (Le journaliste n’était pas présent à cette rencontre, mais il a demandé et a été autorisé à visionner l’enregistrement de cet événement.)

Le P. Reese est un expert en science politique connu nationalement et souvent consulté par les médias, et il a été réacteur en chef de la revue jésuite America. « Personnellement, quand je regarde l’Église comme politologue, je suis porté au pessimisme, a-t-il dit. Mais, comme chrétien, j’ai le devoir de faire preuve d’optimisme, car l’optimisme est inscrit dans l’AND des chrétiens. Après tout, le fondement de notre foi est le Christ qui est mort et ressuscité d’entre les morts ».

Un sondage récent de Pew Forum, d’ajouter le P. Reese, nous apprend qu’un tiers des  Américains adultes élevés dans la foi catholique ne sont plus catholiques; en plus, le nombre de prêtres, de religieuses et de religieux a connu un déclin dramatique, et les nouvelles vocations sont peu nombreuses et rares.

« A 65 ans, de poursuivre le P. Reese, je suis considéré comme un prêtre jeune. Quand on est un prêtre catholique, on appartient à la seule profession où quelqu’un qui meurt de vieillesse est encore considéré comme jeune, parce qu’en raison de la théologie de l’ordination sacerdotale, le manque de prêtres veut dire le manque d’accès à l’Eucharistie et aux autres sacrements, ce qui a pour effet d’affaiblir toute la structure de l’Église ».

Pour ce théologien, ce qu’il y a de plus déprimant dans le sondage de Pew Forum, c’est qu’on y apprend que 71%. des anciens catholiques  affirment avoir quitté l’Église parce que celle-ci ne répondait plus à leurs besoins spirituels, ce qui signifie, en d’autres mots, que notre produit essentiel n’a plus aucun attrait.

Pour le P. Reese, un autre facteur négatif important dans les rangs des catholiques américains, c’est le nombre de femmes qui abandonnent l’Église.

« Au 19e siècle, l’Église a perdu les hommes en Europe, mais elle n’a pas perdu les femmes, a-t-il précisé. Aujourd’hui, nous perdons aussi les femmes… Pour l’Église, les mères sont plus importantes que les prêtres, parce que ce sont elles qui transmettent la foi à la génération suivante. Ce sont elles qui apprennent aux enfants à prier, qui répondent à leurs questions sur Dieu. Les femmes jouent un rôle essentiel et, si nous les perdons, aussi bien fermer boutique. Ce qui est encore plus désolant, c’est que plus les femmes sont instruites, plus elles ont tendance à s’éloigner de l’Église ».

Le P, Reese est d’avis que les leaders de l’Église ferment les yeux sur un problème majeur quand ils attribuent l’exode des catholiques de l’Église au péché, à la dissidence, au manque d’engagement ou à d’autres causes. « Si l’Église était un commerce de détail, a-t-il dit, cela reviendrait à blâmer les clients pour nos insuccès – et ceci n’est pas la bonne manière de faire des affaires ».

Il ajoute que le sens de l’accueil qui se traduit par l’instauration de pratiques concrètes d’accueil est ce qui fait défaut dans la plupart des paroisses et demeure l’une des grandes faiblesses dans les communautés catholiques.

« Vous souvenez-nous de la dernière fois où vous êtes entré dans une église catholique et on vous a souhaité la bienvenue?, a-t-il demandé. Nos églises et nos liturgies sont ennuyeuses. C’est plus cela que la théologie qui vide nos églises ».

« Ce qu’il nous faut, c’est de la belle musique, de bonnes homélies, des activités pour les enfants et une communauté qui a le sens de l’accueil. Si vous faites cela, votre église sera pleine ».

Le P. Reese considère l’Église d’aujourd’hui comme un monopole figé et statique entouré d’églises évangéliques qui se développent.

Il voit néanmoins des signes d’espoir. L’Église est, selon lui, en meilleure condition aujourd’hui qu’en 1950.et elle est toujours en mouvement.

Le goût pour l’étude de la Bible et l’intérêt pour la spiritualité  sont pour lui des signes qui lui permettent d’entrevoir un meilleur avenir pour l’Église catholique d’aujourd’hui.

Il est d’avis que l’accent mis sur la justice sociale exerce un grand pouvoir de séduction sur les jeunes catholiques, surtout quand ce travail n’est pas seulement perçu comme un accessoire de la foi catholique, mais comme un élément de notre spiritualité, comme un élément essentiel de ce que nous sommes comme catholiques.

« Quant à l’avenir immédiat de l’Église, a-t-il ajouté, Dieu sait sans doute ce qu’il fait. Si nous n’avons plus de prêtres, c’est aux laïcs de se mettre au travail ».

Mme Leckey et M. Kemp ont tenu des propos similaires sur la responsabilité des laïcs pour l’avenir de l’Église.

Mme Leckey, qui a publié récemment un livre intitulé The Laity and Christian Education (Les laïcs et l’éducation chrétienne) dans la série Rediscovering Vatican II (Redécouvrir Vatican II) chez Paulist Press (aux Presses paulines), a déclaré que le concile œcuménique Vatican II, qui s’est tenu dans les années soixante, est une des raisons majeures de croire en l’avenir de l’Église.

« Ce concile, a-t-elle dit, a permis aux 2500 évêques du monde d’opérer une immense conversion et, en particulier, de reconnaître le rôle missionnaire et apostolique que le baptême confère aux laïcs pour l’annonce de l’Évangile dans le monde ».

Elle a ajouté que l’enseignement de Vatican II sur les laïcs était bien éloigné du point de vue qui prévalait dans l’Église pré-conciliaire et que le pape Pie X avait fort bien exprimé au début du 20e siècle. En effet, ce pape avait écrit : « Le seul devoir des laïcs s est de se laisser conduire comme un  troupeau docile et de suivre leurs pasteurs ».

En plus de présenter l’Église comme le peuple de Dieu en marche, le concile a rappelé avec insistance l’appel de tous à la sainteté et a changé la trame de la vie de l’Église en redonnant une place central à la Bible et à la liturgie. 

Aujourd’hui, a noté Mme Leckey, 85% des ministères dans les paroisses américaines sont exercés par des laïcs, surtout des femmes.

M. Kemp s’est dit d’avis que la clé d’un avenir réussi pour l’Église se trouve dans la vitalité des paroisses – des paroisses accueillantes où les laïcs sont en mesure de consacrer du temps à leurs paroisses et d’y exercer leurs talents. Il a cité en exemple la vieille paroisse Saint-Patrice à Chicago; celle-ci peut compter sur 120 agents de pastorale laïcs et attire des jeunes adultes qui viennent de tous les quartiers de la ville.  

Un autre signe d’espoir pour l’avenir de l’Église aux États-Unis est, selon lui, l’engagement des catholiques dans des oeuvres de charité et de justice.

« Nous avons à transmettre un message capable d’intéresser les non-catholiques, a-t-il dit. Où devons-nous être? Toujours avec les marginaux et les exclus. Où devons-nous être? Dans un hospice pour sidéens en Afrique. Où devons-nous être? Aux côtés des sans-papier pour les aider à régulariser leur situation. Où devons-nous être?  Nous devons être présents dans les centres de détention. Nous bâtissons ou fondons des maisons près des centres de détention pour permettre aux familles de se retrouver avant la déportation d’un des leurs. Où devons-nous être? Notre devoir, comme Église, est d’éduquer, de nourrir, de loger, de vêtir et d”aider à prendre un nouveau départ les personnes que nous sommes plus en mesure d’aider que toute ONG (organisation non gouvernementale) de notre pays ». Voilà le genre d’institution qui séduit les jeunes qui amène ceux-ci à s’engager pour que le monde soit différent et meilleur.

Au cours de l’échange qui a suivi leurs exposés, les trois personnes-ressources ont affirmé que, si les laïcs veulent voir des changements dans l’Église, ils doivent prendre l’initiative et se charger de ce travail.  

Quand on a demandé à Mme Ley comment les laïcs peuvent engager, avec leurs évêques, un dialogue sur les questions que les laïcs jugent importantes, elle a répondu que la collaboration de plus en plus répandue entre les communautés religieuses et les laïcs – de nombreuses communautés religieuses ont même créé des groupes d’associés laïques et instauré des programmes de collaboration avec eux – pouvait servir de modèle et de moyen pour développer un tel dialogue.

Elle a ajouté qu’il est difficile pour les évêques de s’engager dans un tel dialogue avec les laïcs car la confiance que les évêques avaient envers les laïcs au moment du concile a disparu.

« Nos évêques ont peur, a-t-elle conclu. Et leur peur est telle qu’ils sont toujours sur la défensive, ce qui n’était pas le cas dans les années qui ont suivi le concile ».


(Jerry Filteau
est le correspondant du National Catholic Reporter à Washington)
Traduction avec la permission du National Catholic Reporter : Réjean Plamondon

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