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Le Forum André-Naud – Regards sur un projet… devenu réalité
Robert Hotte, diacre

 


Le 15 novembre dernier avait lieu le Congrès de fondation du Forum André Naud. Ce regroupement est né lors de la publication dans les journaux de la « Lettre ouverte de 19 prêtres aux Évêques du Québec » en février 2006. Le document s’intitulait « Trop, c’est trop » et indiquait bien le ras le bol de ces prêtres face à deux documents de l’Église sur les personnes d’orientation homosexuelle. (Ce texte ainsi que d’autres réactions se retrouvent dans le dossier « Vivre l’homosexualité en Église » de ce site).

Il ne faudrait pas conclure toutefois que le Forum André Naud s’est donné comme mission la seule défense de personnes d’orientation homosexuelle. En fait la visée de base du Forum est de promouvoir la liberté de pensée et d’expression dans l’Église. L’objectif premier pour ses membres est de « se ressourcer de façon dynamisante et s’habiliter soi-même davantage à une pensée et une prise de  parole libres ». À cet effet les moyens suivants sont proposés : 1) se réapproprier  quelques orientations fondamentales du Concile Vatican II ; 2) s’instruire et tirer partie des recherches et écrits d’André Naud. Deux autres objectifs viennent compléter ce schéma : nourrir une opinion publique ecclésiale et susciter l’espérance au sein de la population. Les moyens suivants sont proposés pour l’atteinte de ces objectifs : 1) intervenir à l’occasion d’un événement – en rapport avec une situation donnée; 2) favoriser la rencontre culture et foi chrétienne, dans l’exercice de la mission évangélisatrice; 3) encourager les chrétiens et chrétiennes à vivre en toute liberté de conscience.

Presqu’au même moment, d’autres textes sont parus au Québec dans le même esprit. Ce fut le message important des religieux et religieuses aux évêques à l’occasion de leur visite ad limina à Rome. Le président de la Conférence religieuse canadienne Alain Imbault c.s.v rappelait dernièrement le caractère enrichissant de cette expérience d’Église. « Il faut accepter de donner librement la parole aux gens et les écouter d’abord, et, à l’instar du merveilleux récit d’Emmaüs, oser les accompagner jusqu’à la rencontre du Vivant. » Puis en juin 2006 a paru la lettre signée par 42 laïcs de huit diocèses sous le titre « Nos évêques ont peur de Rome ».

Toutes ces personnes interviennent dans la mouvance du Concile Vatican II. Elles seraient d’accord avec l’affirmation de Gilles Routhier dans son récent livre Vatican II. Herméneutique et réception : « S’intéresser au Concile Vatican II, ce n’est pas se détourner de la vie présente de l’Église, mais c’est s’y engager de manière résolue au moment où l’Église, quarante ans après le Concile, doit refaire ses choix. […] C’est bien par rapport à cet événement, à son interprétation que se joue aujourd’hui l’avenir prochain de l’Église catholique. » On voit donc ce Concile comme la lumière du monde d’aujourd’hui à la condition de ne pas la mettre sous le boisseau. Et justement le Forum André Naud veut faire en sorte que la lumière du Concile Vatican II illumine notre monde. Avec cette conviction que les interprètes du Concile ne sont pas qu’à Rome. Le peuple de Dieu d’ici doit prendre la parole et donner son point de vue sur la façon dont l’évangile peut être vécu au quotidien selon les orientations données au Concile Vatican II.

Mais qui est André Naud, ce personnage auquel se réfère le Forum ? Voici la brève présentation qu’en a faite Guy Durand, professeur émérite à Faculté de théologie de l’Université de Montréal et son ex-collègue : « André Naud, décédé en 2002, fut un théologien très présent au Concile Vatican II, étant  un des théologiens du cardinal Paul-Émile Léger. Il a par la suite enseigné à la faculté de théologie de l’Université de Montréal et occupé plusieurs fonctions dont président du comité catholique du Conseil supérieur de l’éducation du Québec. Ce qui nous intéresse au Forum c’est son œuvre. La seule citation des titres de ses livres nous donne une excellente idée de l’homme : Le magistère incertain ( 1987 ); Devant la nouvelle profession de foi et le serment de fidélité (1989 );  Un aggiornamento et son éclipse : La liberté de la pensée dans la foi et dans l’Église à Vatican II et aujourd’hui (1996 ); Pour une éthique de la parole épiscopale ( 2002 ); Les dogmes et le respect de l’intelligence : plaidoyer inspiré par Simone Weil ( 2002 ). André Naud fut souvent incompris, contesté, rejeté même. Il restera toujours pour plusieurs d’entre nous le modèle du théologien libre, l’image d’un homme de foi, la figure d’un croyant soucieux d’intelligence, un homme d’Église, un homme d’institution sachant que les institutions sont là pour servir les femmes et les hommes réels et non le contraire. »

Un dernier mot sur la structure du Forum. Il vise à la formation de réseaux régionaux confiés à des personnes engagées activement dans l’agir de l’Église. Un thème d’observation, de réflexion et d’engagement sera approfondi par l’ensemble du Forum. Une équipe nationale formée des délégué(e)s de chaque région rendra compte régulièrement de la poursuite des objectifs, autant au plan de la formation que de la prise de parole. Le Forum cherchera la collaboration des théologiens du milieu pour y réussir. Des modes de fonctionnement ont été adoptés lors de la rencontre de fondation le 15 novembre.

Vous êtes cordialement invités à joindre le Forum. J’ai l’habitude de dire « le silence n’a pas d’écho ». Ainsi il ne contribue aucunement au changement. Le mot de la fin je le laisse à André Naud : « On n’a pas le droit d’espérer si on ne veut pas lutter. »

 

(André Naud est un personnage important pour le Réseau Culture et Foi. À l’occasion de son décès, en 2002, nous avons réuni en un dossier les hommages de ceux qui l’ont bien connu et quelques-uns de ses textes)

 

 

 

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