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Depuis juin de cette année (2007) nous nous
sommes réunis, nous un groupe de prêtres de
Madrid, pour partager nos inquiétudes, nos
recherches et nos aspirations face à la réalité
sociale et ecclésiale qui se vit à Madrid ces
dernières années.
Ceci fut l’embryon d’une initiative qui a pris
forme et débouche finalement sur un FORUM CURÉS
DE MADRID, qui s’est créé le 7 novembre dernier.
Nous sommes prêtres de diverses paroisses et
dépendances paroissiales de Madrid, avec des
âges et des trajectoires pastorales diverses.
Mais nous partageons un même sentiment de
coresponsabilité et la même préoccupation face à
la tâche évangélisatrice et l’image que l’Église
présente au public.
L’objectif de ce nouveau forum – auquel
participent actuellement 80 prêtres, mais
d’autres continuent à s’y adjoindre – est d’être
un espace de rencontre et de soutien mutuel. Il
entend être aussi une plateforme de dialogue
avec les évêques et les vicaires généraux, pour
dépasser la dynamique de silence et le manque de
dialogue qui prédomine actuellement dans
l’Église de Madrid.
En ces temps où l’esprit rénovateur de Vatican
II semble éteint et que la hiérarchie agit
fréquemment en se basant sur l’autoritarisme et
le manque d’écoute pour les problèmes réels des
gens de la rue, ce nouvel espace ecclésial veut
parier sur le pluralisme légitime, le débat
ouvert, le droit à ne pas être d’accord et le
dialogue dans la liberté, dépassant ainsi toute
prétention à l’uniformité.
Dans un contexte de crispation sociale et de
malaise dans de larges secteurs de l’Église,
nous nous trouvons mécontents, préoccupés et
souvent en désaccord avec bon nombre de
positions, de décisions et de façons de faire de
l’« Église officielle » de Madrid. Nous ne nous
résignons pas à ce que, dans notre société, ce
soit l’Église, l’institutionnelle, qui ait le
moins de crédibilité (lors d’enquêtes auprès du
public –ndlr).
Partant de la fidélité créative à l’Évangile et
aux lignes de force de renouveau nées de
Vatican II, nous tenons à affirmer que nous
sommes Église et confirmer notre option pour la
communion. Mais il s’agit d’une communion qui
laisse de l’espace à la critique constructive,
au pluralisme, au dialogue dans des conditions
d’égalité et à la promotion d’autres façons de
vivre l’Évangile et d’autres modèles de présence
ecclésiale dans notre société, pas seulement
ceux qui nous sont proposés par la hiérarchie.
Parmi d’autres, les objectifs de ce Forum que
nous venons de créer sont : assumer la laïcité
comme condition universelle de l’Église et le
ministère hiérarchique comme service ;
revendiquer et instaurer le protagonisme des
laïcs comme valeur essentielle pour le bon
fonctionnement de l’Église ; reconvertir les
attitudes et les structures autoritaires de
l’Église en relations fraternelles d’égalité,
respect et service ; toujours se prononcer
publiquement autant que nécessaire quand il
s’agit d’assurer la justice et la liberté, les
droits de l’homme et les exigences des plus
pauvres et marginalisés.
Face à l’image d’une Église qui se plaint et se
lamente, qui juge et condamne, nous voulons
devenir un espace dialoguant et constructif, qui
fasse grandir l’espérance et la possibilité de
nouveaux horizons, un lieu imprégné d’un
authentique esprit prophétique qui, à la fois,
annonce et dénonce, à la lumière de la Bonne
Nouvelle de Jésus-Christ.
Eubilio Rodríguez, Julio Lois, Jorge de Dompablo,
Carlos Barberá, Benjamín Forcano, Agustín
Rodríguez
Membres de la Commission Permanente du FORO
CURAS DE MADRID
BREF COMMENTAIRE EXPLICATIF
Parmi tant de causes de frictions et
d’incompréhension, on doit mentionner le récent
conflit avec la Paroisse Saint-Charles Borromée.
Depuis bien des années, dans la tradition de
l’équipe du « Pozo Tio Remundo » de la fin des
années 60, elle accueille tout un monde de
pauvres, et parmi eux, des drogués ou sortis de
prison. Elle célèbre avec eux dans des formes
adaptées.
L’archevêché voulut y mettre fin comme paroisse
avançant des « raisons liturgiques ». Le tollé
fut général. Il était renforcé par la toute
récente « condamnation » romaine du théologien
de la libération Jon Sobrino dont il faut savoir
qu’il est espagnol d’origine.
Le conflit ne date pas d’hier. Déjà en 1986,
s’était constituée l’ « Église de Base de
Madrid ». Elle regroupe actuellement une
quarantaine de communautés. La plupart sont
nombreuses et vont jusqu’à compter quelques
centaines de membres.
Citons encore le RESEAUX CHRETIENS (« REDES
CRISTIANAS ») qui en regroupant en réseau la
quasi totalité des communautés progressistes
d’Espagne, tout en leur laissant à chacune sa
pleine autonomie, vise également à montrer un
visage alternatif de l’Église en Espagne.
Edouard Mairlot
(traduction et commentaire)
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