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Par une journée pluvieuse et sombre, qui
pourrait évoquer le climat ecclésial vécu par
bien des membres du peuple de Dieu, une
cinquantaine de membres du réseau des Forum
André Naud se sont rassemblés à la Maison de la
Madone à Trois-Rivières pour leur 3e
assemblée générale annuelle. Le FAN vise
principalement à «promouvoir la liberté de
pensée et d’expression en l’Église» en
s’inspirant du Concile Vatican II et de la
pensée et des écrits du théologien québécois
André Naud.
D’entrée de jeu, le fondateur des FAN, Claude
Lefebvre, nous rappelle que «nous devons notre
existence, comme Forum, à une prise de
conscience progressive et de plus en plus
éprouvante de l’abandon effectif de la pensée
conciliaire…». Un des ouvrages d’André Naud sur
les suites au Concile Vatican II s’intitule
justement Un aggiornamento et son éclipse.
Étant donnée le cinquantième anniversaire de la
convocation du Concile, Claude nous invite à
inventer des moyens pour rappeler cet événement
majeur et aller puiser à cette source pour
renouveler notre Église.
« L’Esprit du Seigneur est sur moi »
Rappelant que nous baignons dans «des eaux de
peur et de morosité», le premier conférencier,
Marco Veilleux, rédacteur en chef adjoint
à la Revue Relation, nous entraîne dans une
réflexion sur notre dignité de baptisés à partir
des paroles du prophète Isaïe que Jésus reprend
à la synagogue de son village : «L’Esprit du
Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré
par l’onction pour annoncer la bonne nouvelle
aux pauvres… Cette parole de l’Écriture, que
vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle
s’accomplit» (Lc 4, 16-30). Notre baptême et
notre confirmation sont pour nous cette
«consécration par l’onction» qui nous marque de
l’Esprit saint. Pour que ces paroles ne
«demeurent pas lettres mortes, nous devons les
assumer pour nous-mêmes», les reprendre à notre
compte, dit le conférencier. Une Parole «qui
nous configure au Fils» et nous envoie
poursuivre sa mission. Mission vers les pauvres,
les prisonniers, les opprimés. Mission de
libération, de solidarité à réaliser ensemble.
L’Esprit nous y engage et nous y habilite.
Nous sommes donc appelés à aller vers les «tiers
exclus» selon l’expression de Jacques
Grand’Maison [1], à sortir de nous-mêmes, de nos
communautés confortables et routinières. Avec
cet épisode de la vie de Jésus, nous ne sommes
plus dans une logique binaire (bons-méchants,
nous-eux, croyants-incroyants) mais tertiaire
(trinitaire) qui fait porter notre attention sur
l’autre et son parcours et son histoire. En
racontant à la synagogue deux anecdotes qui font
intervenir des étrangers (la veuve de Sarepta et
Nahaman) guéris par Dieu, Jésus illustre
concrètement cette ouverture. Ce qui suscita la
colère de son auditoire qui était assuré de sa
possession exclusive et légitime de l’Alliance
avec Dieu. La réalité du tiers exclu de toutes
nos institutions et pratiques a une importance
capitale pour le Dieu de Jésus.
«Sommes-nous prêts à nous reconnaître dans cette
posture?» demande le conférencier.
Cet événement de Nazareth se termine par une
menace de «linchage» envers Jésus devenu ce
tiers qui dérange trop. Ils le poussèrent vers
un escarpement pour le précipiter en bas. «Mais
lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin»
(Lc 4, 30). Veilleux nous rappelle que ce n’est
pas un détail insignifiant, car comme Parole
incarnée, consacré par l’onction, Jésus, passe
au milieu de chacun de nous, va au cœur de tout.
«Parole tranchante, centrée sur le tiers, elle
transperce les oppositions duelles et violences
qui habitent les humains et, ce faisant, elle
ouvre nos intelligences et nos cœurs.» La Parole
prophétique creuse en nous et dans nos
institutions des «espaces d’accueil pour les
joies et les espoirs, les tristesses et les
angoisses des hommes (des femmes) de ce temps,
des pauvres surtout et de tous ceux qui
souffrent», nous rappelant l’introduction de
Gaudium et Spes. Elle nous mène vers les tiers
exclus d’aujourd’hui.
Plus loin, Veilleux nous ramène à l’institution
et nous invite à cesser d’opposer «l’Église
peuple de Dieu» à «l’Église institution»… car on
a tous besoin d’institutions pour vivre en
société. «Elle médiatise les relations
humaines», dit-il. Et de préciser : «Ce qui
brime la vie en Église, aujourd’hui, ce n’est
pas «l’institution». C’est plutôt ce que
j’appelle «l’appareil ecclésiastique» -
c’est-à-dire le système de contrôle, de pouvoir
et de reproduction cléricale qui fonctionne
malheureusement souvent de façon binaire et
«autistique», minant et pervertissant ainsi la
«fonction instituante» de l’institution.» Comme
Jésus, c’est «au milieu de cela qu’il nous faut
passer… grâce à une parole et une pratique
prophétiques, capable de remettre le tiers
(exclu) au cœur de la réalité…». Pour cultiver
une telle «spiritualité du décentrement», une
«spiritualité trinitaire», Veilleux nous
recommande de lire et méditer L’annonce de
la Bonne Nouvelle aux pauvres – Une théologie de
la grâce et du Verbe fait chair
(Médiaspaul, 2005) d’Anne Fortin. (Texte
de la conférence de Marco Veilleux)
« Commes des pierres vivantes »
Mgr Paul-Émile Charbonneau
est un des rares pères conciliaires, alors
évêque en titre, encore vivant, à 88 ans. Il
nous a entretenus avec force et passion de
l’esprit et des orientations du Concile Vatican
II. Quel esprit de liberté et de collégialité
régnait alors sur l’assemblée se rappelle-t-il!
Il se souvient qu’une Parole a habité son cœur
tout au long de ces quatre années de
délibérations. Une référence comme un code
postal dit-il avec humour : 1P2 4A9… le
fondement et la mission de l’Église : «C’est en
vous approchant de lui, pierre vivante, rejetée
par les hommes mais choisie et précieuse devant
Dieu, que vous aussi, comme des pierres
vivantes, vous êtes édifiés en maison
spirituelle, pour constituer une sainte
communauté sacerdotale, pour offrir des
sacrifices spirituels, agréables à Dieu par
Jésus-Christ» (1P2, 4-5). Que tous les baptisés
se considèrent comme des pierres vivantes de
l’Église, car dira-t-il, «l’Église est une
maison commune où tous les baptisés sont
responsables de la mission». D’ailleurs, le
décret conciliaire Lumen Gentium le rappelle
ainsi : «L’ensemble des fidèles qui ont reçu
l’onction du Saint (cf. 1 Jn 2, 20 et 27) ne
peut errer dans la foi; et il manifeste cette
prérogative au moyen du sens de la foi («sensus
fidei») commun à tout le peuple…» (Lumen Gentium
no 12).
Mais comment renaître de nouveau comme Église?
C’est la question de Nicodème à Jésus. Rien de
moins. Dans la mouvance du souffle des origines,
du souffle de L’Esprit, deux repères : partir du
Christ, qui est lumière des nations et de
l’Église comme peuple de Dieu. Nous avons à
«vivre comme si nous étions des contemporains de
Jésus, des fondateurs d’Églises.» Dans cet
esprit de renaissance, de refondement de
l’Église, Mgr Charbonneau a entrepris de nous
partager les fruits du Concile dans un document
format revue qui va sortir chez Novalis à la
mi-novembre. Entre temps, pour vous donner un
avant-goût de ces fruits, vous trouverez
en annexe une page
synthèse des «grands appels du Concile Vatican
II».
NOTE
[1] « Dieu se présente comme le tiers qui ouvre
sur des horizons sans cesse renouvelés… Il
s’agit bien ici d’une transcendance tierce. La
foi chrétienne porte sur une expérience
trinitaire de Dieu, de l’humanité, de la
pratique historique. L’Esprit est ce tiers qui
dévoile le rapport entre Dieu et Jésus, qui
rouvre le chemin entre les êtres divisés entre
eux et en eux-mêmes, entre l’humanité et sa
terre. […] La pratique sociale de Jésus est de
type ternaire. Il pointe l’exclus des rapports
de force, de pouvoir ou d’intérêt, comme le
tiers révélateur dont le sort est le test de
l’humanité de toute société, de toute politique,
de toute pratique sociale… » (J.Grand’Maison,
Les tiers, tome I : Analyse de situation,
Fides, 1986, p. 149-150).
Références
André Naud, Les dogmes et le respect
de l’intelligence, Fides, 2002..
Pour une éthique de la parole épiscopale,
Fides, 2002.
Un aggiornamento et son éclipse, la liberté de
pensée dans la foi et dans l’Église,
Fides,1996.
Le magistère incertain,
Fides,1987.
Henri de Lubac, Paradoxe
et Mystère de l’Église, Aubier-Montaigne,
1967.
Entretien
autour de Vatican II.
Souvenirs et réflexions, Cerf, 1985.
Gilles Routhier, Vatican II.
Herméneutique et réception,
Fides, 2006.
ANNEXE
LES GRANDS
APPELS DU CONCILE VATICAN II
7
conversions conciliaires -- 7
passages difficiles -- 7 tâches
prioritaires
|
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1. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église, peuple de
Dieu
D'une Église cléricale à
une Église des baptisés
La formation de
communautés responsables |
|
2. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église missionnaire
D'une Église de
chrétienté à une Église missionnaire
La transmission de la
foi |
|
3. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église qui met en
évidence la Parole de Dieu
D'une Église du rite à
une Église de la Parole
La mise en évidence de
la Parole |
|
4. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église au cœur du
monde ( ferment)
D'une Église
d'adaptation au monde à une Église de
participation à la mutation du monde
La participation au
défit de la civilisation |
|
5. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église centrée sur
la personne
D'une Église des normes
à une Église de l'expérience humaine et
spirituelle
L'accompagnement des
personnes |
|
6. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église ouverte aux
cultures
D'une Église uniforme à
une Église plurielle
L'accueil vrai des
diversités |
|
7. |
Conversion conciliaire :
Passage difficile :
Tâche prioritaire :
|
Une Église servante et
pauvre
D' une Église soucieuse
de l'ordre social légitime à une Église
soucieuse des pauvres
Le parti-pris pour les
pauvres |
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