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Réseau des Forums André-Naud
21 octobre 2008 : Assemblée générale annuelle

Gérard Laverdure

 

 

Par une journée pluvieuse et sombre, qui pourrait évoquer le climat ecclésial vécu par bien des  membres du peuple de Dieu, une cinquantaine de membres du réseau des Forum André Naud se sont rassemblés à la Maison de la Madone à Trois-Rivières pour leur 3e assemblée générale annuelle. Le FAN vise principalement à «promouvoir la liberté de pensée et d’expression en l’Église» en s’inspirant du Concile Vatican II et de la pensée et des écrits du théologien québécois André Naud.

D’entrée de jeu, le fondateur des FAN, Claude Lefebvre, nous rappelle que «nous devons notre existence, comme Forum, à une prise de conscience progressive et de plus en plus éprouvante de l’abandon effectif de la pensée conciliaire…». Un des ouvrages d’André Naud sur les suites au Concile Vatican II s’intitule justement Un aggiornamento et son éclipse. Étant donnée le cinquantième anniversaire de la convocation du Concile, Claude nous invite à inventer des moyens pour rappeler cet événement majeur et aller puiser à cette source pour renouveler notre Église.

« L’Esprit du Seigneur est sur moi »

Rappelant que nous baignons dans «des eaux de peur et de morosité», le premier conférencier, Marco Veilleux, rédacteur en chef adjoint à la Revue Relation, nous entraîne dans une réflexion sur notre dignité de baptisés à partir des paroles du prophète Isaïe que Jésus reprend à la synagogue de son village : «L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit» (Lc 4, 16-30). Notre baptême et notre confirmation sont pour nous cette «consécration par l’onction» qui nous marque de l’Esprit saint. Pour que ces paroles ne «demeurent pas lettres mortes, nous devons les assumer pour nous-mêmes», les reprendre à notre compte, dit le conférencier. Une Parole «qui nous configure au Fils» et nous envoie poursuivre sa mission. Mission vers les pauvres, les prisonniers, les opprimés. Mission de libération, de solidarité à réaliser ensemble. L’Esprit nous y engage et nous y habilite.

Nous sommes donc appelés à aller vers les «tiers exclus» selon l’expression de Jacques Grand’Maison [1], à sortir de nous-mêmes, de nos communautés confortables et routinières. Avec cet épisode de la vie de Jésus, nous ne sommes plus dans une logique binaire (bons-méchants, nous-eux, croyants-incroyants) mais tertiaire (trinitaire) qui fait porter notre attention sur l’autre et son parcours et son histoire. En racontant à la synagogue deux anecdotes qui font intervenir des étrangers (la veuve de Sarepta et Nahaman) guéris par Dieu, Jésus illustre concrètement cette ouverture. Ce qui suscita la colère de son auditoire qui était assuré de sa possession exclusive et légitime de l’Alliance avec Dieu. La réalité du tiers exclu de toutes nos institutions et pratiques a une importance capitale pour le Dieu de Jésus.

«Sommes-nous prêts à nous reconnaître dans cette posture?» demande le conférencier.

Cet événement de Nazareth se termine par une menace de «linchage» envers Jésus devenu ce tiers qui dérange trop. Ils le poussèrent vers un escarpement pour le précipiter en bas. «Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin» (Lc 4, 30). Veilleux nous rappelle que ce n’est pas un détail insignifiant, car comme Parole incarnée, consacré par l’onction, Jésus, passe au milieu de chacun de nous, va au cœur de tout. «Parole tranchante, centrée sur le tiers, elle transperce les oppositions duelles et violences qui habitent les humains et, ce faisant, elle ouvre nos intelligences et nos cœurs.» La Parole prophétique creuse en nous et dans nos institutions des «espaces d’accueil pour les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes (des femmes) de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent», nous rappelant l’introduction de Gaudium et Spes. Elle nous mène vers les tiers exclus d’aujourd’hui.

Plus loin, Veilleux nous ramène à l’institution et nous invite à cesser d’opposer «l’Église peuple de Dieu» à «l’Église institution»… car on a tous besoin d’institutions pour vivre en société. «Elle médiatise les relations humaines», dit-il. Et de préciser : «Ce qui brime la vie en Église, aujourd’hui, ce n’est pas «l’institution». C’est plutôt ce que j’appelle «l’appareil ecclésiastique» - c’est-à-dire le système de contrôle, de pouvoir et de reproduction cléricale qui fonctionne malheureusement souvent de façon binaire et «autistique», minant et pervertissant ainsi la «fonction instituante» de l’institution.» Comme Jésus, c’est «au milieu de cela qu’il nous faut passer… grâce à une parole et une pratique prophétiques, capable de remettre le tiers (exclu) au cœur de la réalité…». Pour cultiver une telle «spiritualité du décentrement», une «spiritualité trinitaire», Veilleux nous recommande de lire et méditer L’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres – Une théologie de la grâce et du Verbe fait chair (Médiaspaul, 2005) d’Anne Fortin. (Texte de la conférence de Marco Veilleux)

« Commes des pierres vivantes »

Mgr Paul-Émile Charbonneau est un des rares pères conciliaires, alors évêque en titre, encore vivant, à 88 ans. Il nous a entretenus avec force et passion de l’esprit et des orientations du Concile Vatican II. Quel esprit de liberté et de collégialité régnait alors sur l’assemblée se rappelle-t-il! Il se souvient qu’une Parole a habité son cœur tout au long de ces quatre années de délibérations. Une référence comme un code postal dit-il avec humour : 1P2 4A9… le fondement et la mission de l’Église : «C’est en vous approchant de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu, que vous aussi, comme des pierres vivantes, vous êtes édifiés en maison spirituelle, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ» (1P2, 4-5). Que tous les baptisés se considèrent comme des pierres vivantes de l’Église, car dira-t-il, «l’Église est une maison commune où tous les baptisés sont responsables de la mission». D’ailleurs, le décret conciliaire Lumen Gentium le rappelle ainsi : «L’ensemble des fidèles qui ont reçu l’onction du Saint (cf. 1 Jn 2, 20 et 27) ne peut errer dans la foi; et il manifeste cette prérogative au moyen du sens de la foi («sensus fidei») commun à tout le peuple…» (Lumen Gentium no 12).

Mais comment renaître de nouveau comme Église? C’est la question de Nicodème à Jésus. Rien de moins. Dans la mouvance du souffle des origines, du souffle de L’Esprit, deux repères : partir du Christ, qui est lumière des nations et de l’Église comme peuple de Dieu. Nous avons à «vivre comme si nous étions des contemporains de Jésus, des fondateurs d’Églises.» Dans cet esprit de renaissance, de refondement de l’Église, Mgr Charbonneau a entrepris de nous partager les fruits du Concile dans un document format revue qui va sortir chez Novalis à la mi-novembre. Entre temps, pour vous donner un avant-goût de ces fruits, vous trouverez en annexe une page synthèse des «grands appels du Concile Vatican II».

 


NOTE

[1]  « Dieu se présente comme le tiers qui ouvre sur des horizons sans cesse renouvelés… Il s’agit bien ici d’une transcendance tierce. La foi chrétienne porte sur une expérience trinitaire de Dieu, de l’humanité, de la pratique historique. L’Esprit est ce tiers qui dévoile le rapport entre Dieu et Jésus, qui rouvre le chemin entre les êtres divisés entre eux et en eux-mêmes, entre l’humanité et sa terre. […] La pratique sociale de Jésus est de type ternaire. Il pointe l’exclus des rapports de force, de pouvoir ou d’intérêt, comme le tiers révélateur dont le sort est le test de l’humanité de toute société, de toute politique, de toute pratique sociale… » (J.Grand’Maison, Les tiers, tome I : Analyse de situation, Fides, 1986, p. 149-150).

Références 

André Naud,         Les dogmes et le respect de l’intelligence, Fides, 2002..

Pour une éthique de la parole épiscopale, Fides, 2002.

Un aggiornamento et son éclipse, la liberté de pensée dans la foi et dans l’Église, Fides,1996.

Le magistère incertain, Fides,1987.

Henri de Lubac,  Paradoxe et Mystère de l’Église, Aubier-Montaigne, 1967.

                               Entretien autour de Vatican II. Souvenirs et réflexions, Cerf, 1985.

Gilles Routhier,   Vatican II. Herméneutique et réception, Fides, 2006.

 


ANNEXE

 

     

LES GRANDS APPELS DU CONCILE VATICAN II

7 conversions conciliaires   --   7 passages difficiles   --   7 tâches prioritaires

 

1.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :

Tâche prioritaire :

 

Une Église, peuple de Dieu

D'une Église cléricale à une Église des baptisés

La formation de communautés responsables

2.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :

Tâche prioritaire :

  

Une Église missionnaire

D'une Église de chrétienté à une Église missionnaire

La transmission de la foi

3.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :

Tâche prioritaire :

 

Une Église qui met en évidence la Parole de Dieu

D'une Église du rite à une Église de la Parole

La mise en évidence de la Parole

4.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :
 

Tâche prioritaire :

 

Une Église au cœur du monde ( ferment)

D'une Église d'adaptation au monde à une Église de participation à la mutation du monde

 La participation au défit de la civilisation

5.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :

Tâche prioritaire :

  

Une Église centrée sur la personne

D'une Église des normes à une Église de l'expérience humaine et spirituelle

 L'accompagnement des personnes

6.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :

Tâche prioritaire :

 

Une Église ouverte aux cultures

D'une Église uniforme à une Église plurielle

L'accueil vrai des diversités

7.

Conversion conciliaire :

Passage difficile :
 

Tâche prioritaire :

  

Une Église servante et pauvre

D' une Église soucieuse de l'ordre social légitime à une Église soucieuse des pauvres

Le parti-pris pour les pauvres

 

 

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