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Réactions à la lettre pastorale du pape Benoît XVI
à l’Église catholique d’Irlande
International Movement We Are Church (IMWAC)

 

 

 

« Plutôt que de rechercher des causes externes à ce problème extrêmement sérieux, l’Église devrait urgemment et profondément reconsidérer ses propres structures, sans préjugé ni peur. C’est sa crédibilité même qui est en question dans cette affaire », a affirmé Raquel Mallavibarrena, Coordinatrice de l’International Movement We are Church en guise de première réponse à la lettre du pape à l’Église catholique d’Irlande, signée par Benoît XVI le 19 mars 2010, et publiée le 20.

Il est déplorable que le pape ne soit pas prêt à reconnaître la responsabilité des structures ecclésiastiques dans « la dérangeante question de l’abus sexuel d’enfants », et préfère imputer la faute à « un changement social très rapide » ou à « des façons de penser et de considérer les réalités séculières ». Quant au fait de mentionner une « lecture erronée » du concile Vatican II et de son « programme de réforme » comme une des causes de cette affaire, c’est tout simplement scandaleux.

Le pape accuse la société d’attendre trop des membres du clergé, en termes éthiques; ce qui néanmoins ne l’empêche pas de citer « le mystère de la prêtrise » comme une vocation supérieure, invitant de fait à considérer les prêtres comme une espèce spéciale d’êtres humains.

Ce document pontifical adressé aux évêques irlandais ne satisfera pas les croyants, pas plus que les milliers de victimes qui exigent démissions et réforme structurelle. Il n’est pas suffisant de recommander comme « initiatives concrètes » des exercices spirituels, en laissant de côté toute réforme de structure.

Les mots du pape aux catholiques d’Irlande ne peuvent cacher le fait que le Vatican est également responsable. La lettre « De delictis gravioribus » signée le 18 mai 2001 par le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), et par Tarcisio Bertone, secrétaire du même département, est particulièrement importante dans cette affaire, en ce qu’elle n’invite pas les évêques à dénoncer ces crimes aux autorités civiles. En effet, elle impose un secret pontifical sur ces questions.

Les évêques et nonces ne faisaient donc que suivre des directives vaticanes, même si cela ne les excuse aucunement de n’avoir pas exercé leur vigilance pastorale. Le fait que tant de personnes aient suivi les directives vaticanes rend néanmoins le Vatican complice et responsable de la dissimulation des abus sexuels. Au regard de ces faits, le pape serait bien inspiré de solliciter le pardon de l’Église, afin de rendre possible un nouveau départ.

Le chemin du pardon

Face aux milliers de cas, en particulier en Irlande et aux États-Unis, il importe de se demander si le nombre de 3.000 accusations en 50 ans publié par un représentant de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) est plausible.La CDF provoque un sentiment de malaise quand elle parle de « seulement » 300 cas de pédophilie « au sens strict » (défini comme jusqu’à 14 ans), les autres cas étant des accusations d’« attirance sexuelle pour des adolescents de même sexe». Mais ne devraient-ils pas être condamnés aussi sérieusement que la pédophilie au sens strict?

La « politique de tolérance zéro », présente dans les déclarations antérieures et applicable aux États-Unis, réclamée par le pape, n’est pas explicitement mentionnée dans la lettre. C’est pourtant celle-ci que les évêques de l’Église catholique sont moralement obligés de suivre.

Le mouvement de réforme catholique considère qu’une révision de l’enseignement de l’Église en matière de sexualité est essentielle. Elle doit inclure la question du célibat obligatoire dans l’Église latine, ce qui a d’ailleurs déjà été suggéré y compris par des évêques et des cardinaux. Même s’il n’existe pas de relation de causalité univoque entre célibat obligatoire et violence sexuelle, la loi du célibat obligatoire est une expression visible de l’hostilité d’une Église masculine contre la sexualité et les femmes. Le manque de structures collégiales et démocratiques comme moyens de rendre les structures ecclésiales responsables devant les laïcs est aussi un problème qui devra être pris en compte. Quand les problèmes structurels seront reconnus et traités, alors et seulement alors l’Église deviendra crédible et pourra devenir un instrument de pardon et de réconciliation.

En cette saison de Carême, l’Église institutionnelle est appelée au repentir et à la réforme, afin que le Royaume de Dieu annoncé par Jésus de Nazareth soit rendu plus visible dans les structures de l’Église catholique romaine.


Communiqué de presse
Rome / Madrid, 24 mars 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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