|
Le 11 juin 2001, Vivre
ensemble invitait des personnes engagées en Église
qui sont préoccupées des questions sociales et
interculturelles. Il s’agissait de Mesdames
Amanthe Batalien, Louise Gélinas, Deborah Isaacs,
Solange Marsolais et Hendrick Myondagara et de
Messieurs Miguel Arevalo, José Arruda, Rolph
Fernandez et Denis Prescott. L’équipe de Vivre
ensemble était constituée d’Élisabeth
Garant, d’ Anne-Sidonie Zoa Ngaoundoua et de
Jean-Marc Biron.
Par cette rencontre, nous voulions identifier des
façons de poursuivre notre travail dans le champ
de la pastorale interculturelle. Nous avions, par
avance, posé aux participantes et participants
les questions suivantes :
- Comment se manifeste au sein de l’Église le
pluralisme culturel qui caractérise de plus en
plus la société québécoise?
- Comment définir une pastorale interculturelle?
- Quels éléments inscrire dans un projet de
pastorale interculturelle intégrant vie de foi et
vie en société?
- Quelles difficultés sont-elles rencontrées
dans la réalisation d’une pastorale
interculturelle?
- De quel type de soutien un tel projet aurait-il
besoin?
Vous connaissez la courtepointe, cette couverture
fabriquée à partir de pièces de tissus
artistiquement agencées ? Quand la courtepointe
est bien réussie, on a l’impression que chaque
pièce, tout en gardant ses caractéristiques,
sert à mettre en évidence l’harmonie de
l’ensemble. On est frappé de voir l’effet de
l’ensemble; mais quand on y regarde de près, on
se demande comment il se fait que ce petit tissu
rayé bleu marine peut aller à côté de la pièce
rouge à fleurs jaunes.
Certaines courtepointes sont de véritables œuvres d’art. La mère d’un compagnon jésuite
lui en avait offert une au moment de son entrée
au noviciat. Elle l’avait fabriquée à partir
de vêtements qu’avait portés ce compagnon dans
sa jeunesse : la première petite salopette, le
pantalon de l’entrée à l’école, la chemise
de première communion, le costume porté lors du
premier récital de violon. Tous ces vêtements
avaient été découpés en pointes rigoureusement
semblables. Ces pointes avaient été assemblées
avec patience, cousues à la perfection. Il s’en
dégageait un ensemble très harmonieux. Mon
compagnon fut très touché par l’attention de
sa mère car cette courtepointe en plus d’être
une pure merveille, ramassait son histoire de vie,
de très beaux moments, des étapes plus
difficiles.
Cette image de la courtepointe nous a été
rappelée par un participant à la table-ronde et
peut nous aider à saisir la réalité de notre
société québécoise plurielle. Le Québec
n’est plus la société homogène qu’il était
avant les années soixante. De plus en plus de
gens venus de l’immigration ont enrichi le tissu
humain de notre société. Dans nos institutions,
nos centres de production, nos commerces, nous
rencontrons de plus en plus souvent les Chen,
Caballeros, Da Silva, Ricci, Tran.
L’expérience migratoire vécue par un certain
nombre de personnes, bien que difficile en soi,
est un facteur par lequel notre société a été
enrichie. José, un prêtre d’origine portugaise
arrivé à Montréal à l’âge de quatorze ans,
nous a parlé de ses différentes appartenances :
ses racines portugaises sont toujours vivantes,
mais il se sent également profondément Québécois.
« J’appartiens à plusieurs mondes, nous
dit-il, et je sens que ces appartenances multiples
me permettent de créer des ponts, particulièrement
entre la foi et les cultures. Je vis une expérience
constante de recherche qui est aussi une expérience
spirituelle. »
Quand nous regardons le rôle que joue l’Église
face au phénomène migratoire, nous pouvons
constater que notre Église a su, à différentes
étapes de son histoire, relever le défi
d’accueillir les immigrants. Maintenant, l’Église
joue encore un rôle, mais, comme elle n’est
plus la référence qu’elle a été autrefois,
elle doit s’inscrire dans l’espace public avec
d’autres intervenants qui ont leur propre
discours, leur propre manière de faire. Elle est
confrontée à des personnes qui ont une autre expérience
religieuse dont il faut de plus en plus tenir
compte.
« Quand nous parlons de la société montréalaise,
de qui veut-on parler? nous rappelle Denis, ancien
curé de la défunte paroisse St-Jean-de-la-Croix.
Dans la paroisse St-Jean-de-la-Croix dont le
territoire est très limité, entre 1985 et 1995,
on a vu, dans le même secteur, pratiquement
mourir l’Église catholique mais il s’y est
ajouté une mosquée, un temple bouddhiste, une église
baptiste importante, une église évangélique haïtienne,
une église évangélique espagnole et française
... Et tout cela, en 10 ans! »
De son côté, José constate : « Nous
sommes au début d’un monde nouveau où il
n’existe plus une culture monolithique et
ethnocentrique. La culture actuelle est
multidimensionnelle. Je ne peux pas m’enfermer
dans ma petite culture, dans mon petit monde,
parce que ce n’est plus le monde du troisième
millénaire. »
Une Église plurielle ?
Ayant d’abord posé un premier regard sur la
société québécoise, puis sur l’Église dans
son rapport à la société, le groupe s’est
vite rallié autour d’un constat commun : il est
vrai que la société québécoise - et particulièrement
la région de Montréal - est de plus en plus
marquée par le pluralisme culturel. Pluralisme
issu du mouvement migratoire de gens provenant de
diverses cultures, mais aussi pluralisme rendant
compte des rapports intergénérationnels. Mais ce
pluralisme est-il réellement présent dans notre
Église ?
Il y a bien sûr les paroisses traditionnellement
francophones où les gens venus de l’immigration
viennent participer à la messe. Mais ils ne
s’impliquent pas nécessairement parce qu’ils
ne sont pas invités à le faire et que tout se
fait selon le modèle de la majorité canadienne
française. Il y a des paroisses anglophones où
le pluralisme culturel est plus visible parce que
la langue anglaise crée un lien pour les gens qui
parlent déjà cette langue. Il y a aussi les
paroisses nationales utilisant leur langue
d’origine, qui ont parfois leurs prêtres venus
du pays d’origine, où les gens ne sont pas
toujours entrés en contact avec l’Église québécoise,
avec sa dynamique, ses richesses, la place que
prennent les laïcs, et particulièrement les
femmes dans cette Église.
Notre Église est-elle cette courtepointe
harmonieuse où toutes les composantes donnent le
sentiment d’un ensemble bien intégré ? Notre
courtepointe est-elle bien balancée, par des pièces
également réparties dans l’ensemble ou
« non assemblées, et alignées en deux rangées
bipolarisées par l’anglais et le français »,
nous dit Denis, ajoutant : « Voilà
l’image qui me vient : des pièces d’une
courtepointe qui n’ont jamais été assemblées. »
Dans notre Église tissée serrée, y-a-t-il
assez d’ouverture pour faire place aux nouveaux
arrivants ? Il est vrai que « l’Église-Peuple
de Dieu » est plurielle. Cela peut se voir,
se sentir en certaines paroisses, en certains
lieux comme l’Oratoire Saint-Joseph. Plurielle,
l’Église l’était déjà à son origine. L’Église
de la Pentecôte n’est-elle pas née du souffle
de l’Esprit qui ouvrit le cœur à des gens
venus à Jérusalem de tous les horizons géographiques
connus, parlant des langues diverses, mais
entendant la Bonne Nouvelle dans leur propre
langue? Comment, aujourd’hui, rendre compte de
la richesse de la diversité voulue, désirée par
Dieu comme fondement d’une Église vraiment
catholique? Si l’on voit parfois des communautés
où la diversité enrichit l’ensemble, quand on
pose autrement le regard sur l’Église, quand on
la regarde dans son autre dimension, la dimension
hiérarchique, on trouve cette diversité de moins
en moins présente. D’où cette proposition de
l’Assemblée synodale de favoriser la représentation
des catholiques venus d’autres horizons à tous
les échelons de la pyramide, dans toutes les
structures de l’organisation et tous les
services diocésains. L’Église hiérarchique
est plutôt homogène, canadienne-française ou
anglophone, et masculine.
Les obstacles au vivre ensemble en Église
On a aussi observé que les projets pastoraux vécus
dans une communauté paroissiale reposent beaucoup
sur l’équipe d’animation, et particulièrement
sur le curé. Il s’agit qu’un curé soit
ouvert à la participation des laïcs, qu’il ait
un souci social ou croie à l’importance de
l’interculturel, pour que ces aspects colorent
la pastorale et traversent la communauté. Qu’un
changement de personnel arrive dans cette
paroisse, que le curé soit remplacé par un autre
et tous ces beaux projets risquent de
s’effondrer si le nouveau pasteur n’est pas
convaincu de leur importance. Comment faire en
sorte que les projets pastoraux d’une communauté
chrétienne soient davantage pris en charge par la
communauté et que chaque membre de la communauté,
quelle que soit son origine, puisse sentir qu’il
en est responsable?
Ici, diverses observations faites par les
participants peuvent apporter une explication. Un
premier constat met en évidence le fait que, dans
nos communautés, on a développé le sens du
« célébrer », mais beaucoup moins
celui du « vivre ensemble ». Quand,
par exemple, on veut marquer la diversité
culturelle dans l’unité de la foi, on pense immédiatement
à une célébration interculturelle avec
l’apport de chants en langues différentes, de
danses, de costumes typiques. Mais est-ce
suffisant pour enraciner le « vivre ensemble »?
Dans nos églises, il y a beaucoup de célébrations,
mais le rapport au milieu social, aux groupes
communautaires, à un vécu plus proche des gens
apparaît moins touché par les projets pastoraux
des paroisses.
La culture de l’isolement qui se vit particulièrement
en Amérique du Nord, surtout dans les villes,
n’aide pas à créer des liens : « Les
gens ne communiquent pas avec leurs voisins; ils
ont tendance à se replier dans des petits
groupes, il n’y a pas de dialogue, de
communication entre les gens. On va prier à l’église
et on quitte tout de suite. On ne prend pas le
temps de rencontrer l’autre comme personne. »
Une jeune femme arrivée à Montréal depuis deux
ans nous confie : « Je suis arrivée ici
avec une certaine expérience de communauté. Dans
mon pays, tout le monde va à la messe le
dimanche, il y a beaucoup de jeunes. Ce sont des
gens qui se connaissent; on peut placer un nom sur
chaque visage. Arrivée ici, j’ai vraiment eu un
grand choc; je trouvais que cela manquait de vie
ici et qu’il ne semblait pas y avoir de cohésion
entre les gens dans les églises que j’ai fréquentées.
Je n’y ai pas trouvé ma place. »
Pour un autre participant, un deuxième facteur
favorise le fait que les orientations pastorales
ne soient pas prises en charge par les communautés
locales. Pour lui, l’Église de Montréal
gagnerait à encourager une intervention pastorale
locale, plus collée au terrain, plutôt que
d’essayer d’avoir une pastorale homogène,
d’un point à l’autre du diocèse.
Enfin, les participants au groupe de réflexion
ont cerné un aspect qui leur semblait capital et
qui pourrait constituer un troisième facteur de désengagement
des communautés locales : celui du pouvoir et de
la peur. D’abord, comme on l’a noté plus
haut, il y a un pouvoir qui repose sur le clergé
local qui peut défaire ou orienter autrement les
interventions pastorales déjà commencées dans
une communauté, comme si la communauté n’avait
pas de prise sur les orientations pastorales.
Ensuite, un autre aspect du pouvoir se manifeste,
particulièrement dans le domaine de la diversité,
par la peur. Peur des francophones de perdre leurs
prérogatives, leur église, perdre leurs services
au profit des immigrants. Peur, pour ceux qui
arrivent, de perdre leur identité propre et de
devoir se fondre, s’assimiler dans une majorité
où, pour le moment, ils ne se reconnaissent pas.
« Cette question du pouvoir est centrale,
dit un participant, de même que la peur de perdre
notre pouvoir. La peur de ce qui est différent,
la peur de l’autre qui joue dans les deux sens,
pas seulement dans l’Église locale envers les
immigrants, mais chez les immigrants eux-mêmes. »
Pour une Église plus missionnaire
Un participant venu d’Amérique latine il y a
une vingtaine d’années observe que, depuis son
arrivée, la société québécoise et l’Église
d’ici ont connu beaucoup de changements, de
transformations. Ces transformations vers une société
plus séculière peuvent être perçues comme menaçantes
pour des immigrants venus de pays où la tradition
est une valeur sûre. Alors, devant l’insécurité
que cause un monde séculier, certains adhèrent
à des sectes qui offrent une vie communautaire
plus encadrée dans des groupes où la chaleur
humaine est valorisée. D’où l’importance
d’entrer en contact avec les gens, de les
rassembler par petits groupes, de développer le
partage autour de la Parole.
Un autre participant arrivé au Québec depuis
plus de quarante ans, témoin lui aussi du
changement de visage de la société québécoise,
identifie des indices sociaux de ces changements.
Dans les écoles, par exemple, les jeunes
proviennent de divers univers culturels et
religieux mais, peu importe l’adhésion de foi,
le milieu scolaire est traversé par les mêmes
problèmes sociaux : la violence, la pauvreté, le
sida, le suicide chez les jeunes. Ces problèmes,
beaucoup de jeunes les vivent, quelle que soit
leur culture d’origine. Comment être à l’écoute
de ce qui se passe chez les jeunes?
L’intervention qu’on peut faire auprès
d’eux peut être un lieu de rencontre qui dépasse
les différences culturelles.
D’où la nécessité, au dire d’un autre
participant, de renouveler le dynamisme
missionnaire de l’Église de Montréal. Ce
renouvellement devrait passer par une pastorale
qui touche davantage la vie, par une prise de
parole proche des gens qui soit accordée avec ce
qu’ils vivent. Pour une participante, le
renouvellement du dynamisme de l’Église
pourrait passer par une pastorale interculturelle
qui ne se contenterait pas d’être
sacramentelle, une pastorale qui pourrait
accompagner la vie, inspirée par les attitudes mêmes
de Jésus. Il s’agirait d’une pastorale qui
chercherait à promouvoir l’accompagnement des
gens, intégrant vraiment toutes les personnes,
quelle que soit leur origine et cherchant à voir,
avec ces personnes « comment vivre ensemble
notre vie de foi dans la société québécoise ».
Une pastorale interculturelle axée sur la vie
chercherait à rejoindre les personnes qui vivent
dans les communautés paroissiales et parfois
participent aux célébrations, mais ne sentent
pas qu’elles ont leur place dans la communauté
parce que personne ne s’occupe de savoir qui
sont ces personnes, d’où elles viennent et ce
qu’elles vivent.
Une pastorale interculturelle devrait également
passer par la reconnaissance de chacun dans la
communauté. Pour une participante engagée dans
l’animation pastorale d’une communauté
latino-américaine, « l’une des difficultés
pour l’Église d’aujourd’hui, c’est
qu’on a un discours qui marque de l’ouverture,
mais au fond, on ne reconnaît pas vraiment la
valeur de chacun à l’intérieur de l’Église.
On tolère l’autre, mais on ne reconnaît pas
vraiment les dons particuliers de ceux qui
viennent d’autres cultures. On doit vraiment
arriver à la reconnaissance de chacun à l’intérieur
d’une communauté. Et c’est aussi nécessaire
de faire ce travail de reconnaissance pour des
gens qui proviennent de la même culture. »
« Avec la diversité culturelle, ajoute une
autre participante, il faut être capable de se
parler, d’écouter l’autre et d’arriver à
un consensus. Chacun doit trouver sa place et
laisser sa place à l’autre. »
Une attention particulière a été accordée aux
jeunes dans cet échange, particulièrement des
jeunes venant de l’immigration. Est-ce que, dans
nos communautés, on fait suffisamment de place
aux jeunes. Car, c’est sur eux que se fonde
l’avenir de l’Église. Le problème semble de
trouver des lieux où les jeunes peuvent être
rejoints. Les jeunes, pas seulement ceux qui
viennent d’ailleurs, ne semblent pas se
retrouver dans les églises d’ici. Ils trouvent
qu’il n’y a pas de vie. Ils ne se retrouvent
pas dans une symbolique qui ne leur parle plus.
Les jeunes venus d’ailleurs vivent leur
appartenance à une communauté à partir
d’activités complémentaires à la liturgie :
enseignement religieux, groupes fraternels,
engagements sociaux. Pour eux, la vie de communauté
fait du sens et rejoint différentes dimensions de
la vie. Les jeunes venus d’ailleurs n’ont
habituellement pas de difficultés avec la langue,
mais ne se sentent pas rejoints dans leur culture.
Les jeunes sont par contre mieux rejoints dans les
Églises nationales et les missions. Ils y sont très
présents et impliqués.
Créer des lieux de dialogue et d’échange
Nos Églises locales sont-elles vraiment prêtes
à faire les efforts pour faciliter l’intégration
des gens venant d’autres cultures, particulièrement
les jeunes? Voulons-nous vraiment d’une
pastorale qui favorise l’ouverture, l’accueil
et la connaissance de l’autre? Au cœur de nos
communautés, acceptons-nous de prendre le risque
d’une véritable rencontre de l’autre, risque
qui pourrait certainement nous renouveler, comme
personne ou comme Église? Prendre le risque de
donner priorité à une pastorale interculturelle
serait de favoriser le « vivre ensemble »
en Église où la rencontre de l’autre devient
chemin de la rencontre de Dieu. Mais, comme le
notait une participante, il faut avoir la volonté
d’une pastorale interculturelle. Cette volonté
se manifeste d’abord en nommant la réalité de
l’interculturel : « Il faut d’abord
commencer par nommer la chose, ajoute cette
personne. À partir du moment où elle est nommée,
une réflexion va s’amorcer autour de cette idée.
Tant qu’on ne la nomme pas, on n’y pense pas.
Il faut qu’il y ait une réflexion systématique
à ce propos pour qu’on puisse commencer à
chercher de quel type de soutien ce projet
pourrait bénéficier. »
De même que les jeunes ont besoin d’endroits où
pouvoir se rencontrer, partager au niveau de leurs
soifs profondes, des lieux de dialogue sont nécessaires
où les gens peuvent se mettent à l’écoute les
uns des autres. « Nous sommes en un temps de
fermeture, exprime une participante; la seule façon
de briser une attitude défensive c’est l’écoute,
c’est de regarder l’autre comme une personne.
En ce sens, il faut avoir un lieu dans chaque
paroisse pour dialoguer. » Et une jeune de
reprendre : « Il y a beaucoup de gens qui
sont isolés, qui ont une même soif. Il s’agit
de créer des structures qui permettent à ces
gens de se retrouver. Nous ne sommes pas tous
identiques, mais nous avons une même soif. Nous
pouvons vivre ensemble, nous rencontrer régulièrement
et nous enrichir mutuellement. Chacun a sa
richesse et on apprend de l’autre. »
L’Église de la Pentecôte, née d’une
rencontre interculturelle, ne pourrait-elle pas
recevoir le don d’un souffle nouveau, ici et
maintenant, par l’apport de gens partageant la même
foi, mais vécue dans des cultures différentes?
La diversité qui transforme actuellement la société
québécoise n’est-elle pas une chance pour l’Église
d’ici? Plutôt que de voir la différence comme
une menace à notre identité, ne pouvons-nous pas
croire qu’une présence interculturelle serait
une richesse pour notre Église?
Un participant a souligné qu’avec la
transformation de la société montréalaise, une
pastorale interculturelle ne devrait pas être que
catholique, mais aussi œcuménique et même
interreligieuse. La réalité multiculturelle
appelle de plus en plus les gens à entrer dans un
dialogue de vie, au quotidien. Ce dialogue pourra
se faire plus concret à travers des actions où
des chrétiens et d’autres croyants chercheront
à établir plus de justice et de compréhension.
Miguel, qui arrive de Vancouver où il a vécu
sept ans avec sa famille nous a confié qu’il y
travaillait avec des gens d’autres dénominations
religieuses car il n’y avait pas de services
catholiques spécifiques pour l’accueil des réfugiés.
« L’interreligieux n’est plus une démarche
facultative, lit-on dans un récent texte produit
par le Comité Épiscopal des Migrants de l’Église
de France; il demande de prendre le risque de la
rencontre et de s’engager avec l’autre qui est
différent dans un dialogue en vérité. Les
acteurs de ce dialogue seront souvent des chrétiens
d’origine étrangère qui sont en relation
naturelle avec des personnes d’autres religions. »
Faisant référence à la parabole des ouvriers
envoyés à la vigne, une jeune femme d’origine
camerounaise suggérait récemment que l’on
devrait tenir compte de l’apport à notre Église
des ouvriers et ouvrières de la dernière heure.
On raconte que les femmes Hamish ont développé
l’art de la courtepointe. Elles se regroupent à
plusieurs, mettent en commun des tissus et vêtements
avec lesquels elles confectionneront une nouvelle
pièce en se racontant les souvenirs attachés à
chaque vêtement. On dit que, par leur travail
commun, elle réussissent parfois à faire des œuvres si belles, si harmonieuses et si
parfaites, qu’elles y glissent volontairement
une imperfection, car, disent-elles, seul Dieu
peut faire la perfection. Reprenant l’image de
la courtepointe pour symboliser notre Église
plurielle, demandons-nous quel héritage nous
voulons laisser aux plus jeunes. Voulons-nous leur
transmettre le sentiment d’appartenance à une
Église ouverte, où ils se sentent chez eux, où
ils se retrouvent, où ils découvrent que leur
propre histoire y est inscrite, comme dans la
courtepointe offerte à mon compagnon par sa mère?
Vivre
ensemble vol. 10, no.34 (automne 2001)
|