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Le mariage homosexuel :
rendons à César ce qui appartient à César 
et à Dieu ce qui appartient à Dieu

 
Jean-Paul Lefebvre


La délicate question du mariage homosexuel risque de créer dans notre pays (Canada) un débat orageux susceptible d’accroître les tensions entre des groupes retranchés sur des positions irréconciliables.  La récente campagne électorale aura permis de constater à quel point les parlementaires, aussi bien que l’opinion publique, demeurent  divisés sur ce sujet. À toute fin pratique, les décisions des trois Cours d’appel ont modifié la portée de la loi du mariage jusqu’à ce que les élus du peuple tranchent le problème. J’imagine que les couples qui se sont mariés avec la « bénédiction » des juges resteront mariés, quoi qu’il advienne. J’ignore si les juges de la Cour Suprême sont embarrassés. Il ne fait aucun doute, par ailleurs, que les membres du Parlement, quelle que soit leur opinion personnelle, sont préoccupés par l’éventualité d’une guerre entre « les bons et les méchants » ! Ceux et celles qui peuvent contribuer, si modestement que ce soit, à formuler des hypothèses de travail susceptibles d’éviter ce genre de conflit doivent mettre la main à la pâte

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Le temps est peut-être venu de distinguer entre le mariage civil et le mariage religieux. La confusion des genres règne depuis des lunes à cet égard. Les prêtres, pasteurs et autres mandataires des diverses religions ont cumulé et cumulent encore, dans une certaine mesure, les fonctions de ministre du culte et de fonctionnaire de l’État. C’est peut-être ce qui explique, sans l’excuser à mon avis, que le Conseil permanent de la Conférence des Évêques du Canada ait jugé opportun de fonder son argumentation contre le mariage homosexuel sur la théologie catholique du mariage ! La CECC a même promis de maintenir cette position devant la Cour Suprême et demandé à tous les fidèles de l’appuyer en ce sens.

Je regrette de les décevoir. Je dirai  pourquoi. Mais, pas avant d’avoir souhaité que le mouvement homosexuel, qui est maintenant très bien organisé, soit, lui aussi, prêt à considérer une solution  moins radicale que la situation créé par les jugements des Cours d’Appel.  Si  la minorité a des droits, ce qui ne fait aucun doute dans mon esprit, elle ne saurait nier les droits de la majorité.  Les mots ont le sens que la coutume consacre. Le mot « mariage »dans une très longue tradition, se définit comme « l’union permanente d’un homme et d’une femme ». Les mots « mariage homosexuel » pourraient très bien signifier, dans la loi canadienne amendée : « l’union permanente de deux personnes de même sexe. » Qui pourrait avoir raison de s’en plaindre ? Certes pas la majorité des couples mariés qui demeurera toujours hétérosexuelle. La nature en a décidé ainsi. Les couples homosexuels ? Pourquoi, si la nouvelle loi leur accorde tous les avantages sociaux, légaux, économiques, parentaux et le statut international qu’ils convoitent avec raison.

Et je reviens aux évêques.  J’ai deux suggestions à leur faire, l’une en tant que citoyen, l’autre en tant que catholique engagé, marié dans l’Église (avec la même femme) depuis cinquante-sept ans, père de cinq enfants et grand-père de dix petits-enfants. Cette mention n’est pas une quelconque vantardise. Elle est directement reliée à mon propos. Ma progéniture me porte à me tourner vers l’avenir. Comme elle le fait pour tous les parents et les grands-parents. Si des pères et des mères de famille participaient aux délibérations de évêques lorsqu’ils discutent de mariage et de sexualité, je suis convaincu que leurs orientations pastorales seraient plus conformes aux besoins d’aujourd’hui et de demain. 

L’Évangile du Christ n’est pas figée dans « la foi de nos ancêtres »  si vénérée par le cardinal Ouellet, ni dans aucune tradition ecclésiastique, il  doit être interprété dans le contexte des cultures qui se succèdent et sont vécues par des humains qui sont tous des créatures de Dieu. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont influencés par la culture d’aujourd’hui, par les connaissances apportées par le développement de toutes les sciences. C’est dans ce contexte que le message du Christ doit être vécu. 

En tant que citoyen, je demande aux évêques de ne pas chercher à imposer la théologie catholique au Parlement d’un état séculier.  Nous ne sommes pas en Iran ! Et le Canada est un pays bien différent, en 2004, de ce qu’il était en 1867. En tant que membre à part entière de l’Église, je leur demande de reconsidérer la position qu’ils ont prise dans leurs déclarations  de l’été et de l’automne 2003.

Le onze septembre (cf. La Presse ), je retiens cet  extrait d’une déclaration solennelle de la Conférence des Évêques du Canada,  sous la signature de son président à l’époque, Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean-Longueuil.  On y trouve l’affirmation suivante : « Aux yeux de l’Église catholique, le mariage revêt une importance capitale parce qu’il a été élevé par le Christ à la dignité de sacrement. « Même si l’amour de l’homme et de la femme reste marqué par l’imperfection, il est toujours appelé à manifester concrètement ce que Jésus révèle en plénitude : l’amour irrévocable de Dieu qui se lie pour toujours à notre humanité… Les personnes mariées participent à ce mystère. Ils en deviennent les signes vivants. » C’est ainsi que le sacrement du mariage signifie l’union du Christ et de l’Église (Éphésiens 5, 31-32). Il est l’icône de l’amour d e Dieu, de la dignité et de la grandeur humaine.

L’Image qui se reflète au somment de la création se reflète dans la richesse des   dimensions masculines et féminines du couple hétérosexuel. Le fait que les êtres humains soient créés femmes et hommes, à l’image de Dieu et le fait qu’un pouvoir créateur résulte de leur union sont deux aspects fondamentaux du mariage ».

Dans une déclaration antérieure, datée du 19 juin 2003, le président de la CECC, appuyé par les seize membres de son Conseil permanent déclarait :  « Le mariage, conçu comme l’union stable d’une homme et d’une femme à l’exclusion de toute autre préexiste à l’État. L’institution du mariage, parce qu’elle préexiste à l’État, et parce qu’elle constitue un élément fondamental de toute société, ne saurait être modifiée par l’État, ni par une cour. » 

Pourtant, l’homosexualité est antérieure… à l’Église ! Ce genre de proclamation dogmatique, ne se référant aucunement à la situation concrète de la société canadienne et au devoir du parlement de voter des lois qui respectent les droits de toutes les citoyennes et tous les citoyens du pays ne peut qu’affaiblir la crédibilité de la hiérarchie de l’Église.

Si, avant d’aller en Cour Suprême, la CECC consultait un groupe représentatif des membres de l’Église, dont, quelques psychiatres, quelques parents ayant un enfant homosexuel, un ou deux couples d’homosexuels, qu’ils  soient pratiquants ou non. Quelques prêtres qui ont su accueillir les homosexuels sans les mépriser et quelques couples hétérosexuels. Sans oublier quelques théologiens rompus aux complexités de la théologie contextuelle… On pourrait ainsi établir une position réaliste en regard du mariage civil homosexuel et en profiter pour revoir la position pastorale de la hiérarchie de l’Église  à l’égard des homosexuels de foi catholique.

La hiérarchie de l’Église est en bonne partie responsable du mépris dont les homosexuels ont beaucoup souffert. Cela comprend les hommes et les femmes qui ont caché leur véritable orientation sexuelle derrière l’écran d’un mariage homme-femme pendant des années, avant de revenir au choix qui leur était dicté par l’attrait, dont il est bien difficile de définir l’origine précise, mais que beaucoup de spécialistes affirment  être ’irréversible.

Dans une nouvelle loi canadienne sur le mariage, on devrait aussi retrouver une section sur la liberté des Églises d’accorder l’accès de leur fidèles au mariage religieux selon les normes établies par chacune d’entre elles. Un société démocratique doit n’imposer aucune religion mais les respecter toutes. L’Église catholique n’est pas à la veille de célébrer des mariages homosexuels. Mais, qui sait, le progrès que représente la recherche de la permanence, de la fidélité et l’interdépendance dans les amours justifierait peut-être quelques prières d’action de grâces.  

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Heureusement, tous les membres de l’Épiscopat ne sont pas enthousiastes pour monter aux barricades.  J’en veux pour exemple une déclaration de Mgr Raymond Saint-Gelais,  président de l’Assemblée des Évêques du Québec : « Le rôle de l’Église est de participer au débat social et non de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire » (voir La Presse, 2 août 2003.)

Je conclurai en suggérant à ceux qui sont, aux yeux des catholiques, les successeurs des apôtres choisis par le Christ, que s’ils veulent vraiment donner au mariage d’un homme et d’une femme toute la dignité et tout le contenu mystique qu’ils proclament, ils devraient se hâter de répudier l’encyclique Humanae Vitae ! Des gens qui sont pourvus de tant de grâces n’ont pas besoin d’un surveillant dans leur chambre à coucher !   Amen.

  (27 juillet 2004)

APPENDICE :  Un peu d’Histoire…

1- Depuis l’adoption de la Constitution du Canada, en 1867, la législation sur le mariage est de juridiction fédérale.

2- Jusqu’en 1968, l’homosexualité était interdite par la loi et fort mal jugée, en particulier   par les autorités religieuses. Dans son célèbre « Bill omnibus », le Premier ministre Pierre Trudeau fit reconnaître  le droit à  la pratique de l’homosexualité entre adultes consentants. D’autres pays prirent la même position à cette époque. Les personnes d’orientation homosexuelle, hommes  et femmes, commencèrent à sortir de l’ombre. Les Églises, l’Église catholique en particulier, conservèrent toutefois leur réserve, fondée sur leur théologie du mariage et peu sensible à l’évolution de la pensée dans plusieurs disciplines scientifiques, notamment en psychiatrie..

3- À mesure qu’ils devenaient visibles, les homosexuels et les lesbiennes purent se compter, s’organiser et défendre ce qu’ils considéraient, avec raison, comme leurs « droits » . Ils firent des gains importants. Par exemple, l’adoption, par l’Assemblée Nationale du Québec, de la loi sur l’Union civile. Une mesure qui n’accorde pas aux couples homosexuels tous les droits qu’ils espèrent obtenir dans le mariage.

4- Au cours des dernières années, les Cours  d’appel de la Colombie Britannique, de l’Ontario et du Québec ont statué que la loi actuelle du mariage était inconstitutionnelle du fait qu’elle ne respecte pas un article de la Charte des Droits interdisant  la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. En conséquence,  les trois jugements autorisèrent, sans délai, le mariage des homosexuels. Ces jugements eurent les conséquences que l’on connaît. De nombreux mariages homosexuels ont été célébrés, particulièrement en Colombie Britannique et en Ontario.

5- Le 16 septembre 2003, une motion présentée par l’Alliance canadienne  à l’effet que le mariage n’était rien d’autre que l’union d’un homme et d’une femme a été battue, de justesse par 137 voix contre 132. À la même époque, un sondage CROP indiquait que 48 % des Québécois étaient favorables au mariage homosexuel tandis que 42 % s’y opposaient. 

 

Si vous souhaitez réagir à ce texte, nous rendrons compte de vos interventions...  

  • Selon vous, les homosexuels devraient-ils avoir droit au mariage?

  • Croyez-vous que la loi (fédérale) du mariage devrait distinguer le mariage civil et le mariage religieux?

  • Croyez-vous que la définition actuelle du mariage devrait être conservée, mais être suivie par celle du mariage homosexuel défini comme l’union de deux personnes de même sexe, tel que le propose le texte ci-haut?

Invitez votre entourage à nous répondre !

 

 

 

 

Dominique Tremblay-Jeanne : 

1-  Les homosexuels devraient-ils avoir droit au mariage? 

Le mariage a toujours été pratiqué, célébré, depuis le début de l’humanité (du moins dans l’Histoire qu’on connaît), entre un homme et une femme, jamais entre 2 hommes ou entre 2 femmes.  En ce début du 3e millénaire, les homosexuels-les réclament le droit au mariage. 

Quand j’étais étudiante en théologie, j’avais dû lire un texte sur les sacrements où justement l’auteur expliquait que le mariage n’existe que par les 2 témoins du mariage, en l’occurrence, les 2 personnes qui s’épousent, que le mariage n’existe vraiment que par la promesse que se font les 2 époux d’unir leur vie en une vie commune pour le meilleur et pour le pire, et que le mariage n’est valide que par ce serment que se font les 2 époux et par conséquent que l’implication des époux et la valeur d’un mariage sont proportionnelles au sérieux des 2 époux.  L’auteur ajoutait que le ministre du culte (religieux) ou le représentant de la loi (civil) qui bénissait ou officialisait l’union de ces 2 individus n’était qu’un instrument d’officialisation légale.

Il y a donc 2 facettes, 2 dimensions au mariage : la dimension de la promesse que désirent se faire mutuellement les 2 époux, l’engagement qu’ils prennent l’un envers l’autre, et la dimension contrat civil où intervient la justice avec ses pendants financier et de sécurité légale.  Un peu comme l’Église catholique avec sa dimension spirituelle tellement riche, avec ses sacrements, la messe, la parole divine, la charité de ses membres, et sa dimension terrestre, hiérarchique et matérielle.

Or, quand on parle de droit au mariage, on parle bien évidemment du contrat civil, légal d’une union entre 2 personnes parce que, quant au désir sincère que 2 personnes peuvent avoir de célébrer leur amour, eh bien, il me semble que cela les regarde et que personne ne peut les en empêcher.

Pourquoi 2 individus de même sexe qui s’aiment profondément, qui sont sérieux dans leur relation, qui désirent officialiser ou faire bénir leur union en seraient-ils privés?  D’abord, il ne faut pas oublier que les homosexuels-les représentent un minime pourcentage de la population (20% maximum) et que ce ne sont pas tous ces couples gais qui désireront s’en prévaloir.  En quoi cela priverait-il les hétérosexuels-les? 

En réalité, c’est plutôt d’amour dont on devrait parler, de la qualité d’amour que peuvent vraiment partager 2 personnes de même sexe.  Or, cette qualité d’amour existe chez les homosexuels-les.  L’amour est toujours l’amour, ce sentiment d’affection profonde qu’une personne ressent vis-à-vis une autre personne, le désir qu’elles ont de se retrouver ensemble le plus souvent possible, et bien sûr, les relations sexuelles qui les soudent dans l’intimité la plus grande, s’offrant l’une à l’autre, se donnant l’une à l’autre.

Tous les individus qui ne recherchent que le sexe compulsivement ne demanderaient pas à se marier, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. 

Selon moi, les homosexuels-les devraient avoir droit au mariage (contrat civil) comme ils ont droit à l’amour que Dieu ou la vie leur donne. 

2- La loi (fédérale) du mariage devrait-elle distinguer le mariage civil et le mariage religieux?

Oui la loi (fédérale) du mariage devrait distinguer le mariage civil et le mariage religieux.  Le mariage religieux est très différent du mariage civil car il contient une dimension spirituelle donnée à leur amour par les 2 époux que le mariage civil ne contient pas. 

Le mariage religieux est un sacrement, un signe sensible de l’amour du Christ que Dieu donne à 2 personnes qui s’aiment, qui veulent vivre leur relation avec Sa bénédiction, sous Son regard, en pensant et en vivant leur amour, leur union, en se référant tous les jours à Dieu pour être éclairées, bénites, soutenues.  Voilà ce qu’est le mariage religieux.

Le mariage civil est une officialisation légale d’une union entre 2 personnes.  Il contient évidemment les dimensions engagement des 2 époux l’un envers l’autre et célébration devant témoins et amis de leur union, mais tout cela se fait sans référence à Dieu. 

En l’occurrence, le mariage religieux ne peut être donné que dans le cadre d’un Église ou d’une religion, par un ministre du culte.

Or, le mariage religieux devrait-il être offert aux couples homosexuels?  Tous les homosexuels qui ont la foi, qui vivent de leur foi au quotidien le désirent.  C’est pour eux une très grande souffrance d’être exclus d’un sacrement qu’ils voudraient recevoir de tout leur cœur.  L’Église a peur de « ternir » le sacrement du mariage en l’offrant aux homosexuels.  Or, tout le monde sait maintenant à quel point le mariage « religieux » de certaines personnes n’est qu’une façade pour cacher des crimes contre les enfants, contre les femmes etc.  Que d’hypocrisie y a-t-il dans tout cela!

Quand est-ce que les êtres humains vont s’entendre pour accepter cette simple vérité : ce ne sont pas les institutions qui font la beauté ou la bonté des humains, mais plutôt les humains qui peuvent faire la beauté et la bonté des institutions.

Autrement dit, ce n’est pas le mariage qui fait les époux mais les époux qui font le mariage.

Un couple d’homosexuels peut témoigner de la beauté de l’amour engagé et sincère.  Je connais de ces couples qui sont vraiment admirables.  D’autre part, je connais plusieurs couples hétérosexuels mariés qui sont coupables de pensées perverses et d’actes mauvais.

3- Quant à la définition du mariage...

La définition actuelle du mariage ne devrait comporter que cette modification : remplacer les mots « homme et femme » par les mots « entre deux personnes qui s’aiment sincèrement et profondément ».  Cela permettrait aux personnes de même sexe qui désirent se marier de pouvoir le faire en toute simplicité pour les couples qui n’ont pas la foi au civil, et pour les couples qui ont la foi, en Église.

 

 

 

 

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