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La
délicate question du mariage homosexuel risque de
créer dans notre pays (Canada) un débat orageux
susceptible d’accroître les tensions entre des
groupes retranchés sur des positions irréconciliables.
La récente campagne électorale aura
permis de constater à quel point les
parlementaires, aussi bien que l’opinion
publique, demeurent
divisés sur ce sujet. À toute fin
pratique, les décisions des trois Cours d’appel
ont modifié la portée de la loi du mariage
jusqu’à ce que les élus du peuple tranchent le
problème. J’imagine que les couples qui se sont
mariés avec la « bénédiction » des
juges resteront mariés, quoi qu’il advienne.
J’ignore si les juges de la Cour Suprême sont
embarrassés. Il ne fait aucun doute, par
ailleurs, que les membres du Parlement, quelle que
soit leur opinion personnelle, sont préoccupés
par l’éventualité d’une guerre entre
« les bons et les méchants » ! Ceux
et celles qui peuvent contribuer, si modestement
que ce soit, à formuler des hypothèses de
travail susceptibles d’éviter ce genre de
conflit doivent mettre la main à la pâte
*
*
*
Le
temps est peut-être venu de distinguer entre le
mariage civil et le mariage religieux. La
confusion des genres règne depuis des lunes à
cet égard. Les prêtres, pasteurs et autres
mandataires des diverses religions ont cumulé et
cumulent encore, dans une certaine mesure, les
fonctions de ministre du culte et de fonctionnaire
de l’État. C’est peut-être ce qui explique,
sans l’excuser à mon avis, que le Conseil
permanent de la Conférence des Évêques du
Canada ait jugé opportun de fonder son
argumentation contre le mariage homosexuel sur la
théologie catholique du mariage ! La CECC a même
promis de maintenir cette position devant la Cour
Suprême et demandé à tous les fidèles de
l’appuyer en ce sens.
Je
regrette de les décevoir. Je dirai
pourquoi. Mais, pas avant d’avoir souhaité
que le mouvement homosexuel, qui est maintenant très
bien organisé, soit, lui aussi, prêt à considérer
une solution moins radicale que la situation créé par les jugements des
Cours d’Appel.
Si la minorité a des droits, ce qui ne fait aucun doute dans
mon esprit, elle ne saurait nier les droits de la
majorité. Les
mots ont le sens que la coutume consacre. Le mot
« mariage »dans une très longue
tradition, se définit comme « l’union
permanente d’un homme et d’une femme ».
Les mots « mariage homosexuel »
pourraient très bien signifier, dans la loi
canadienne amendée : « l’union
permanente de deux personnes de même sexe. »
Qui pourrait avoir raison de s’en plaindre ?
Certes pas la majorité des couples mariés qui
demeurera toujours hétérosexuelle. La nature en
a décidé ainsi. Les couples homosexuels ?
Pourquoi, si la nouvelle loi leur accorde tous les
avantages sociaux, légaux, économiques,
parentaux et le statut international qu’ils
convoitent avec raison.
Et
je reviens aux évêques.
J’ai deux suggestions à leur faire,
l’une en tant que citoyen, l’autre en tant que
catholique engagé, marié dans l’Église (avec
la même femme) depuis cinquante-sept ans, père
de cinq enfants et grand-père de dix
petits-enfants. Cette mention n’est pas une
quelconque vantardise. Elle est directement reliée
à mon propos. Ma progéniture me porte à me
tourner vers l’avenir. Comme elle le fait pour
tous les parents et les grands-parents. Si des pères
et des mères de famille participaient aux délibérations
de évêques lorsqu’ils discutent de mariage et
de sexualité, je suis convaincu que leurs
orientations pastorales seraient plus conformes
aux besoins d’aujourd’hui et de demain.
L’Évangile
du Christ n’est pas figée dans « la foi
de nos ancêtres » si vénérée par le cardinal Ouellet, ni dans
aucune tradition ecclésiastique, il
doit être interprété dans le contexte
des cultures qui se succèdent et sont vécues par
des humains qui sont tous des créatures de Dieu.
Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont
influencés par la culture d’aujourd’hui, par
les connaissances apportées par le développement
de toutes les sciences. C’est dans ce contexte
que le message du Christ doit être vécu.
En
tant que citoyen, je demande aux évêques de ne
pas chercher à imposer la théologie
catholique au Parlement d’un état séculier. Nous ne sommes pas en Iran ! Et le Canada est un pays bien
différent, en 2004, de ce qu’il était en 1867.
En tant que membre à part entière de l’Église,
je leur demande de reconsidérer la position
qu’ils ont prise dans leurs déclarations
de l’été et de l’automne 2003.
Le
onze septembre (cf. La Presse ), je retiens
cet extrait
d’une déclaration solennelle de la Conférence
des Évêques du Canada,
sous la signature de son président à l’époque,
Mgr Jacques Berthelet, évêque de
Saint-Jean-Longueuil.
On y trouve l’affirmation suivante :
« Aux
yeux de l’Église catholique, le mariage revêt
une importance capitale parce qu’il a été élevé
par le Christ à la dignité de sacrement.
« Même si l’amour de l’homme et de la
femme reste marqué par l’imperfection, il est
toujours appelé à manifester concrètement ce
que Jésus révèle en plénitude : l’amour
irrévocable de Dieu qui se lie pour toujours à
notre humanité… Les personnes mariées
participent à ce mystère. Ils en deviennent les
signes vivants. » C’est ainsi que le
sacrement du mariage signifie l’union du Christ
et de l’Église (Éphésiens 5, 31-32). Il est
l’icône de l’amour d e Dieu, de la dignité
et de la grandeur humaine.
L’Image
qui se reflète au somment de la création se reflète
dans la richesse des
dimensions masculines et féminines du
couple hétérosexuel. Le fait que les êtres
humains soient créés femmes et hommes, à
l’image de Dieu et le fait qu’un pouvoir créateur
résulte de leur union sont deux aspects
fondamentaux du mariage ».
Dans
une déclaration antérieure, datée du 19 juin
2003, le président de la CECC, appuyé par les
seize membres de son Conseil permanent déclarait :
« Le
mariage, conçu comme l’union stable d’une
homme et d’une femme à l’exclusion de toute
autre préexiste à l’État. L’institution du
mariage, parce qu’elle préexiste à l’État,
et parce qu’elle constitue un élément
fondamental de toute société, ne saurait être
modifiée par l’État, ni par une cour. »
Pourtant,
l’homosexualité est antérieure… à l’Église
! Ce genre de proclamation dogmatique, ne se référant
aucunement à la situation concrète de la société
canadienne et au devoir du parlement de voter des
lois qui respectent les droits de toutes les
citoyennes et tous les citoyens du pays ne peut
qu’affaiblir la crédibilité de la hiérarchie
de l’Église.
Si,
avant d’aller en Cour Suprême, la CECC
consultait un groupe représentatif des membres de
l’Église, dont, quelques psychiatres, quelques
parents ayant un enfant homosexuel, un ou deux
couples d’homosexuels, qu’ils
soient pratiquants ou non. Quelques prêtres
qui ont su accueillir les homosexuels sans les mépriser
et quelques couples hétérosexuels. Sans oublier
quelques théologiens rompus aux complexités de
la théologie contextuelle… On pourrait ainsi établir
une position réaliste en regard du mariage civil
homosexuel et en profiter pour revoir la position
pastorale de la hiérarchie de l’Église
à l’égard des homosexuels de foi
catholique.
La
hiérarchie de l’Église est en bonne partie
responsable du mépris dont les homosexuels ont
beaucoup souffert. Cela comprend les hommes et les
femmes qui ont caché leur véritable orientation
sexuelle derrière l’écran d’un mariage
homme-femme pendant des années, avant de revenir
au choix qui leur était dicté par l’attrait,
dont il est bien difficile de définir l’origine
précise, mais que beaucoup de spécialistes
affirment être
’irréversible.
Dans
une nouvelle loi canadienne sur le mariage, on
devrait aussi retrouver une section sur la liberté
des Églises d’accorder l’accès de leur fidèles
au mariage religieux selon les normes établies
par chacune d’entre elles. Un société démocratique
doit n’imposer aucune religion mais les
respecter toutes. L’Église catholique n’est
pas à la veille de célébrer des mariages
homosexuels. Mais, qui sait, le progrès que représente
la recherche de la permanence, de la fidélité et
l’interdépendance dans les amours justifierait
peut-être quelques prières d’action de grâces.
*
*
*
Heureusement,
tous les membres de l’Épiscopat ne sont pas
enthousiastes pour monter aux barricades.
J’en veux pour exemple une déclaration
de Mgr Raymond Saint-Gelais,
président de l’Assemblée des Évêques
du Québec : « Le
rôle de l’Église est de participer au débat
social et non de dicter aux gens ce qu’ils
doivent faire » (voir La Presse,
2 août 2003.)
Je
conclurai en suggérant à ceux qui sont, aux yeux
des catholiques, les successeurs des apôtres
choisis par le Christ, que s’ils veulent
vraiment donner au mariage d’un homme et d’une
femme toute la dignité et tout le contenu
mystique qu’ils proclament, ils devraient se hâter
de répudier l’encyclique Humanae Vitae !
Des gens qui sont pourvus de tant de grâces
n’ont pas besoin d’un surveillant dans leur
chambre à coucher !
Amen.
(27 juillet 2004)
APPENDICE :
Un peu d’Histoire…
1-
Depuis l’adoption de la Constitution du Canada,
en 1867, la législation sur le mariage est de
juridiction fédérale.
2-
Jusqu’en 1968, l’homosexualité était
interdite par la loi et fort mal jugée, en
particulier
par les autorités religieuses. Dans son célèbre
« Bill omnibus », le Premier ministre
Pierre Trudeau fit reconnaître
le droit à
la pratique de l’homosexualité entre
adultes consentants. D’autres pays prirent la même
position à cette époque. Les personnes
d’orientation homosexuelle, hommes
et femmes, commencèrent à sortir de
l’ombre. Les Églises, l’Église catholique en
particulier, conservèrent toutefois leur réserve,
fondée sur leur théologie du mariage et peu
sensible à l’évolution de la pensée dans
plusieurs disciplines scientifiques, notamment en
psychiatrie..
3-
À mesure qu’ils devenaient visibles, les
homosexuels et les lesbiennes purent se compter,
s’organiser et défendre ce qu’ils considéraient,
avec raison, comme leurs « droits » .
Ils firent des gains importants. Par exemple,
l’adoption, par l’Assemblée Nationale du Québec,
de la loi sur l’Union civile. Une mesure qui
n’accorde pas aux couples homosexuels tous les
droits qu’ils espèrent obtenir dans le mariage.
4-
Au cours des dernières années, les Cours d’appel
de la Colombie Britannique, de l’Ontario et du
Québec ont statué que la loi actuelle du mariage
était inconstitutionnelle du fait qu’elle ne
respecte pas un article de la Charte des Droits
interdisant la
discrimination fondée sur l’orientation
sexuelle. En conséquence,
les trois jugements autorisèrent, sans délai,
le mariage des homosexuels. Ces jugements eurent
les conséquences que l’on connaît. De nombreux
mariages homosexuels ont été célébrés,
particulièrement en Colombie Britannique et en
Ontario.
5-
Le 16 septembre 2003, une motion présentée par
l’Alliance canadienne
à l’effet que le mariage n’était rien
d’autre que l’union d’un homme et d’une
femme a été battue, de justesse par 137 voix
contre 132. À la même époque, un sondage CROP
indiquait que 48 % des Québécois étaient
favorables au mariage homosexuel tandis que 42 %
s’y opposaient.
Si
vous souhaitez réagir à ce texte, nous rendrons
compte de vos interventions...
-
Selon
vous, les homosexuels devraient-ils avoir
droit au mariage?
-
Croyez-vous
que la loi (fédérale) du mariage devrait
distinguer le mariage civil et le mariage
religieux?
-
Croyez-vous
que la définition actuelle du mariage devrait
être conservée, mais être suivie par celle
du mariage homosexuel défini comme l’union
de deux personnes de même sexe, tel que le
propose le texte ci-haut?
Invitez
votre entourage à nous répondre !
Dominique Tremblay-Jeanne :
1- Les homosexuels devraient-ils avoir droit au
mariage?
Le mariage a toujours été pratiqué, célébré,
depuis le début de l’humanité (du moins dans
l’Histoire qu’on connaît), entre un homme et une
femme, jamais entre 2 hommes ou entre 2 femmes.
En ce début du 3e millénaire, les
homosexuels-les réclament le droit au mariage.
Quand j’étais étudiante en théologie, j’avais dû
lire un texte sur les sacrements où justement
l’auteur expliquait que le mariage n’existe que
par les 2 témoins du mariage, en l’occurrence, les
2 personnes qui s’épousent, que le mariage
n’existe vraiment que par la promesse que se font
les 2 époux d’unir leur vie en une vie commune
pour le meilleur et pour le pire, et que le
mariage n’est valide que par ce serment que se
font les 2 époux et par conséquent que
l’implication des époux et la valeur d’un mariage
sont proportionnelles au sérieux des 2 époux.
L’auteur ajoutait que le ministre du culte
(religieux) ou le représentant de la loi (civil)
qui bénissait ou officialisait l’union de ces 2
individus n’était qu’un instrument
d’officialisation légale.
Il y a donc 2 facettes, 2 dimensions au mariage :
la dimension de la promesse que désirent se faire
mutuellement les 2 époux, l’engagement qu’ils
prennent l’un envers l’autre, et la dimension
contrat civil où intervient la justice avec ses
pendants financier et de sécurité légale. Un peu
comme l’Église catholique avec sa dimension
spirituelle tellement riche, avec ses sacrements,
la messe, la parole divine, la charité de ses
membres, et sa dimension terrestre, hiérarchique
et matérielle.
Or, quand on parle de droit au
mariage, on parle bien évidemment du contrat
civil, légal d’une union entre 2 personnes parce
que, quant au désir sincère que 2 personnes
peuvent avoir de célébrer leur amour, eh bien, il
me semble que cela les regarde et que personne ne
peut les en empêcher.
Pourquoi 2 individus de même sexe qui
s’aiment profondément, qui sont sérieux dans leur
relation, qui désirent officialiser ou faire bénir
leur union en seraient-ils privés? D’abord, il ne
faut pas oublier que les homosexuels-les
représentent un minime pourcentage de la
population (20% maximum) et que ce ne sont pas
tous ces couples gais qui désireront s’en
prévaloir. En quoi cela priverait-il les
hétérosexuels-les?
En réalité, c’est plutôt d’amour dont on devrait
parler, de la qualité d’amour que peuvent
vraiment partager 2 personnes de même sexe. Or,
cette qualité d’amour existe chez les
homosexuels-les. L’amour est toujours l’amour, ce
sentiment d’affection profonde qu’une personne
ressent vis-à-vis une autre personne, le désir
qu’elles ont de se retrouver ensemble le plus
souvent possible, et bien sûr, les relations
sexuelles qui les soudent dans l’intimité la plus
grande, s’offrant l’une à l’autre, se donnant
l’une à l’autre.
Tous les individus qui ne recherchent que le sexe compulsivement
ne demanderaient pas à se marier, qu’ils soient
hétérosexuels ou homosexuels.
Selon moi, les homosexuels-les devraient avoir
droit au mariage (contrat civil) comme ils ont
droit à l’amour que Dieu ou la vie
leur donne.
2- La loi (fédérale) du mariage devrait-elle
distinguer le mariage civil et le mariage
religieux?
Oui la loi (fédérale) du mariage devrait
distinguer le mariage civil et le mariage
religieux. Le mariage religieux est très
différent du mariage civil car il contient une
dimension spirituelle donnée à leur amour par les
2 époux que le mariage civil ne contient pas.
Le mariage religieux est un sacrement, un signe
sensible de l’amour du Christ que Dieu donne à 2
personnes qui s’aiment, qui veulent vivre leur
relation avec Sa bénédiction, sous Son regard, en
pensant et en vivant leur amour, leur union, en se
référant tous les jours à Dieu pour être
éclairées, bénites, soutenues. Voilà ce qu’est le
mariage religieux.
Le mariage civil est une officialisation légale
d’une union entre 2 personnes. Il contient
évidemment les dimensions engagement des 2 époux
l’un envers l’autre et célébration devant témoins
et amis de leur union, mais tout cela se fait sans
référence à Dieu.
En l’occurrence, le mariage religieux ne peut être
donné que dans le cadre d’un Église ou d’une
religion, par un ministre du culte.
Or, le mariage religieux devrait-il être offert
aux couples homosexuels? Tous les homosexuels qui
ont la foi, qui vivent de leur foi au quotidien le
désirent. C’est pour eux une très grande
souffrance d’être exclus d’un sacrement qu’ils
voudraient recevoir de tout leur cœur. L’Église a
peur de « ternir » le sacrement du mariage en
l’offrant aux homosexuels. Or, tout le monde sait
maintenant à quel point le mariage « religieux »
de certaines personnes n’est qu’une façade pour
cacher des crimes contre les enfants, contre les
femmes etc. Que d’hypocrisie y a-t-il dans tout
cela!
Quand est-ce que les êtres humains vont s’entendre
pour accepter cette simple vérité : ce ne sont pas
les institutions qui font la beauté ou la bonté
des humains, mais plutôt les humains qui peuvent
faire la beauté et la bonté des institutions.
Autrement dit, ce n’est pas le mariage qui fait
les époux mais les époux qui font le mariage.
Un couple d’homosexuels peut témoigner de la
beauté de l’amour engagé et sincère. Je connais
de ces couples qui sont vraiment admirables.
D’autre part, je connais plusieurs couples
hétérosexuels mariés qui sont coupables de pensées
perverses et d’actes mauvais.
3- Quant à la définition du mariage...
La définition actuelle du mariage ne devrait
comporter que cette modification : remplacer les
mots « homme et femme » par les mots « entre deux
personnes qui s’aiment sincèrement et
profondément ». Cela permettrait aux personnes de
même sexe qui désirent se marier de pouvoir le
faire en toute simplicité pour les couples qui
n’ont pas la foi au civil, et pour les couples qui
ont la foi, en Église.
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