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Alors que la contestation monte parmi les
catholiques autour des propos négationnistes de
Mgr Williamson, les mouvements intégristes ne
rendent pas les armes et se préparent à de
futurs combats théologiques.
Accordons-leur
au moins ceci : jusqu’ici, les intégristes de la
Fraternité Saint-Pie X n’avançaient pas masqués.
Leurs idées étaient claires et largement
accessibles à travers leurs revues, sites
Internet ou communiqués. Bien sûr, leur délicate
situation vis-à-vis de l’institution catholique
les avait rendus attentifs aux bruits de
couloirs provenant de Rome et leurs responsables
savaient aussi peser leurs mots et leurs actions
en fonction des équilibres du moment. Mais cela
n’en faisait pas des experts en combinazione
particulièrement retors. Pas de coquetteries
communicationnelles ni de périphrases
alambiquées chez les lefebvristes. Rien à voir
avec les homélies balancées et les déclarations
pesées au gramme près de la plupart des
responsables de « l’Église conciliaire », comme
les intégristes aiment à appeler le reste du
monde catholique. La vie était simple au pays de
la Tradition : d’un côté, la Vérité vraie, celle
de « toujours »
(c’est-à-dire du Concile de Trente...), de
l’autre, le chaos moderniste et « le complot
libéral de Satan contre l’Église et la papauté »
[1], un complot dont
l’illustration la plus flagrante était, il va de
soi, le Concile Vatican II.
Groupuscules
Le décret
annonçant la levée de l’excommunication des
quatre évêques intégristes ordonnés par Mgr
Lefebvre en 1988 peut-il changer la donne? Du
côté de Rome, on affirmait dans un communiqué de
la Secrétairie d’État du 4 février que « pour
une reconnaissance future de la
Fraternité-Saint-Pie-X, la pleine reconnaissance
du Concile Vatican II et du magistère des papes
Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul I, Jean Paul II
et Benoît XVI [était] une condition
indispensable ». Pas de problème, a priori, pour
la question de la reconnaissance des papes
depuis Jean XXIII. Leur légitimité n’est
contestée que par quelques groupuscules «
sédévacantistes »[2], que les
responsables actuels de la Fraternité Saint-Pie
X tentent de tenir à distance, même si des liens
informels existent, ne serait-ce qu’au niveau
des fidèles. La Fraternité tient à affirmer haut
et fort sa fidélité au magistère romain, ce qui
lui assure formellement une sorte de brevet de
bonne catholicité. Cette fidélité et cette
croyance au « primat de Pierre » (i-e du pape)
étaient réaffirmées clairement dans la lettre du
15 décembre de Mgr Fellay, le supérieur général
de la Fraternité, adressée au cardinal
Castrillon-Hoyos, président de la commission
pontificale Ecclesia Dei chargée des affaires
liées aux divers groupes traditionalistes. C’est
aussi cette fidélité qui est mentionnée d’emblée
dans le texte du décret romain du 24 janvier qui
relève les quatre évêques intégristes de leur
excommunication de 1988.
Le problème
reste cependant entier pour la « pleine
reconnaissance du Concile Vatican II ». Mgr
Fellay tient une ligne aussi conciliante que
possible – selon les critères intégristes –
vis-à-vis de Rome et du pape. Il n’a cependant
pas franchi le pas qui consisterait à annoncer
un quelconque début d’acceptation du dernier
concile, même en partie et de manière très
ambiguë, comme l’avaient fait par exemple les
traditionalistes de l’Institut du Bon Pasteur
réintégrés par Rome en 2006 et qui s’étaient
engagés, selon la formule officielle, à une
« critique sérieuse et constructive » de Vatican
II. Soumis, semble-t-il, aux pressions des
ultras de la Fraternité qui s’inquiètent d’un
ralliement trop rapide, Mgr Fellay temporise et
se contente pour l’instant de jouer la carte du
soutien à Benoît XVI, lequel serait victime
d’une sorte de complot moderniste : « Il y a une
coalition de tout ce qui est progressiste ou de
gauche qui utilise les paroles malheureuses de
Mgr Williamson pour faire pression sur le
pape », a-t-il expliqué dans un entretien filmé
du 5 février destiné aux fidèles de la
Fraternité. Et d’enfoncer le clou, en
mentionnant les critiques de certains
responsables catholiques : « On se demande
franchement qui est en communion [avec le pape]
et quelle est la qualité de cette communion ».
Stratégies
intégristes
La vraie
question – les intégristes l’ont bien compris —
n’est pas l’affaire Williamson, que personne
dans l’Église n’a intérêt à faire durer, mais
bien l’annonce d’entretiens de nature doctrinale
avec Rome. Jusqu’à présent, la Fraternité
mettait deux préalables à la tenue de ces
discussions doctrinales : la liberté de la
célébration de la messe traditionnelle – plus ou
moins accordée par le motu proprio de
juillet 2007 – et la levée du décret
d’excommunication de 1988 – chose faite en
partie depuis le 24 janvier [3].
Les affaires sérieuses peuvent donc
commencer… Un document interne de la Fraternité
permet de mieux comprendre la stratégie des
intégristes. Dans sa lettre du 24 janvier
adressée aux « doyens, prieurs et directeurs
d’école » et, par extension, à « tous les
prêtres » de la Fraternité Saint-Pie X, l’abbé
Régis de Cacqueray, supérieur du district de
France de la Fraternité, explique que « la
période qui s’ouvre est celle de la poursuite,
et même de l’intensification du combat de la foi
tel que la Fraternité Saint-Pie X, et en général
toute la Tradition catholique, le mène depuis
plus de quarante ans ».
La question
n’est donc pas de négocier « auprès de
diplomates très habiles et de théologiens
spécieux » quelques avantages matériels ou
aménagements canoniques, mais bien de lancer
« le procès du Concile », selon une expression
de Mgr Lefebvre. L’abbé de Cacqueray mentionne
ainsi « les erreurs graves sur la collégialité
opposés à la constitution divine de l’Église;
les erreurs graves sur la liberté religieuse,
opposées au règne du Christ-Roi; les erreurs
graves sur l’œcuménisme, opposées à l’unité de
l’Église; les erreurs graves sur le dialogue
interreligieux, opposées à l’obligation
missionnaire données à l’Église par le Christ
lui-même [...] ». Aucune ambiguïté sur les
intentions des intégristes : « Sur ces points
fondamentaux, il n’a jamais été question de
céder quoi que ce soit de nos légitimes
critiques et de notre impossibilité, en
conscience, pour des raisons de foi, d’accepter
les doctrines erronées qui sont enseignées
partout depuis quarante ans ».
Combat
doctrinal
Si l’on s’en
tient aux déclarations des uns et des autres, on
ne voit pas immédiatement comment il serait
possible de concilier les points de vue, celui
d’une « pleine reconnaissance du Concile Vatican
II » et celui du « procès du Concile ». Peu
importe : les intégristes, eux, se préparent au
combat doctrinal annoncé. L’abbé de Cacqueray
prévient ses prêtres « qu’il faudra s’adonner de
façon renouvelée à l’étude de la théologie »
parce que « le problème principal, bien au-delà
de la question liturgique, est théologique ».
Les « théologiens spécieux » de la « Rome
conciliaire » n’ont qu’à bien se tenir… Il
incite aussi à une extrême retenue vis-à-vis des
médias, quels qu’ils soient : « La loyauté et la
prudence surnaturelle seront plus que jamais
nécessaires dans une période complexe,
passablement troublée, où la distinction
amis/ennemis sera plus difficile à établir ». Le
temps semble donc venu pour les intégristes de
mettre la pédale douce sur le folklore
extrémiste et les déclarations tonitruantes pour
mieux atteindre leurs buts. Reste à savoir si
leurs responsables seront capables de tenir
leurs troupes, très agitées, et si le reste de
l’Église catholique a encore la volonté de
résister à l’offensive.
[1]
Selon le titre d’un chapitre
du livre de Mgr Lefebvre, Ils l’ont
découronné, ed. Fideliter, 1987.
[2]
Du latin « sede vacante »,
soit en français « le siège (sous-entendu : de
Pierre) étant vacant ». Les sédévacantistes
considèrent – à quelques nuances près – que Pie
XII est le dernier véritable pape et que ceux
qui l’ont suivi sont des usurpateurs.
[3]
Mgr Lefebvre et Mgr de
Castro-Mayer, eux aussi concernés par le décret
de 1988 et décédés depuis, ne sont pas
mentionnés dans le décret du 24 janvier 2009 et
restent donc formellement excommuniés.
Témoignage chrétien,
19 février 2009
(Sur les positions rigides des
intégristes, on lira
la conférence de Mgr Fellay à Bruxelles en
2005)
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