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L’auteur, jésuite, est membre du Centre de
droits humains Miguel Agustín Pro Juárez.
En mai 2011, Développement et Paix (D&P),
l’organisation de solidarité internationale de
l’Église catholique du Canada, annonça au Centre
de droits humains Miguel Agustin Pro Juarez –
mieux connu sous le nom de Centre Prodh
[1] –
qu’elle suspendait l’aide qu’elle lui accordait
jusqu’ici pour la réalisation de ses projets.
Établi au Mexique, le Centre Prodh, comme plusieurs
autres organisations latino-américaines, s’est
vu affecté par cette décision adoptée à la suite
de pressions de catholiques regroupés autour du
site Internet LifeSiteNews, qui affirme défendre
la vie et
la famille. Ces pressions ont aussi amené des changements dans les
politiques de D&P, qui doit dorénavant demander
l’approbation de l’évêque local avant de
financer tout projet.
Le site en question a accusé le directeur du Centre
Prodh, le père jésuite Luis Arriaga, d’avoir une
position favorable à l’avortement et par
conséquent opposée, affirme le site, à la
position officielle de l’Église catholique. Il
s’est fondé pour cela, d’une part, sur des
documents signés par l’organisme, en cohérence
avec son mandat, dans lesquels le Centre Pro
exprimait ses préoccupations au sujet de la
situation des droits humains au Mexique et,
d’autre part, sur la participation de Luis
Arriaga, en novembre 2009, à un événement qui
soulignait l’apport du Centre Prodh à la défense
des droits des femmes. Celles-ci, comme on le
sait, subissent une discrimination accentuée au
Mexique par les déficiences du système
judiciaire.
Les responsables de LifeSiteNews ont demandé au bureau
de l’archevêché de Mexico des précisions sur les
activités du Centre Prodh. On répondit que
l’organisation qui s’était comportée quelques
fois de manière « anti-chrétienne ».
Peu après, Luis Arriaga, invité au Canada pour faire
connaître la situation des droits humains au
Mexique, a eu une conversation avec l’évêque
d’Ottawa, Terrence Prendergast, qui insista pour
qu’il signe une déclaration dans laquelle il
s’engageait, lui et son organisation, à défendre
la vie, de la conception à la mort naturelle. Le
père Arriaga refusa la demande considérant
qu’elle attentait aux droits fondamentaux. Il
dut retourner au Mexique.
Il ne s’agit pas là de faits isolés. Diverses
organisations d’Amérique latine rendent compte
de faits similaires en rapport à D&P.
Ce qui est en train de se passer révèle à la fois
l’hétérogénéité du catholicisme vécu en Amérique
latine et les pressions qu’exercent divers
groupes sur les évêques pour imposer leur vision
du monde. Des catholiques en lien avec la
théologie de la libération et promouvant la
justice sociale entrent ainsi en confrontation
avec des catholiques centrés sur une éthique
individuelle défendant la vie. Des nostalgiques
de la chrétienté s’opposent à la pratique de
chrétiens qui assument les défis d’une Église
incarnée dans le monde.
Malheureusement, les conséquences de ces affrontements
retombent sur des groupes qui y sont étrangers.
Dans le cas du Centre Prodh, les fonds de D&P
auraient été employés pour des projets éducatifs
en matière de défense des droits des migrants au
Mexique. Grâce à Dieu, l’aide financière
d’autres personnes a permis la continuité de ces
projets.
Il faut éviter de s’enfoncer dans un débat sans fin et
irrationnel qui se fonde sur la condamnation des
autres et sur une quelconque prétention à
posséder
la vérité. Nous devons plutôt établir des manières d’agir dans le
monde actuel qui se fondent sur le dialogue. Le
site Internet LifeSiteNews a adopté une attitude
intransigeante qui ne contribue en rien à
améliorer les relations entre les diverses
composantes du catholicisme. De plus, il nous
éloigne des problèmes sociaux auxquels nous
sommes invités à réfléchir sans chercher des
privilèges, ni nous laisser imposer des visions
du monde. D&P est une instance de l’Église
catholique du Canada et les décisions qu’elle
est amenée à prendre ne doivent pas être
monopolisées par une seule tendance du
catholicisme canadien, mais refléter l’Église
dans son ensemble.
[1]
Lire aussi dans
Relations : « Le Centre Prodh »,
no 741, juin 2010 et
« Développement et Paix dans le collimateur »,
no
750, août 2011.
Relations, septembre 2011
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