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Déjà, il y a deux ans, à Saint-Hyacinthe, à
l’occasion des huitièmes Journées sociales du
Québec, alors que la situation économique
n’avait pas encore atteint le degré de
délabrement que l’on connaît aujourd’hui, nous
dénoncions avec virulence le fonctionnement d’un
système économique qui permet que prolifèrent
les injustices, les iniquités et les inégalités.
Nous y constations alors que la richesse, si
elle existait bel et bien, échappait à celles et
à ceux qui la produisaient.
Qu’en est-il aujourd’hui, à Trois-Rivières, deux
ans plus tard ?
Non
seulement n’avons-nous pas assisté à un
commencement de redressement de ce désordre des
choses, mais encore, on nous fait traverser,
depuis, une crise dont on sait maintenant que,
par ses conséquences et par ses effets
dévastateurs, elle est de la nature de la Grande
crise de 1929.
On
voit des États courir au secours de banques, de
compagnies d’assurances, de fabricants
d’automobiles à coups de centaines de milliards
de dollars, et avec une ardeur qu’on ne leur
connaît pas quand il s’agit de trouver des
solutions mille fois moins coûteuses pour
soulager la misère des moins bien nantis.
Au
Canada, le 20% de moins riches n’ont pas connu
de gains salariaux depuis 25 ans. Au contraire,
leurs revenus réels ont régressé de 20,6% et
c’est par l’endettement que ces personnes ont pu
maintenir, de peine et de misère, une partie de
leur niveau de vie. Pendant la même période, les
mieux nantis voyaient leurs gains s’accroître de
16,4%.
Pourtant, ces hommes et ces femmes, dans les
usines, dans les institutions, sur les
chantiers, dans les lieux de recherche, ont
produit de la richesse.
En
témoigne cette hausse remarquable du PIB, la
somme de la richesse produite par un pays, qui
est passé en 25 ans de 624 milliards de dollars
à 1248 milliards de dollars. Mais alors, où est
donc passée cette richesse ?
Chaque jour nous apprend de quelle manière, et
par qui, cette richesse est détournée au profit
d’un petit nombre. Ces élites autoproclamées
jouent les pays les uns contre les autres,
spéculent avec l’argent des caisses de retraite,
se soustraient de leurs obligations fiscales en
se réfugiant dans les paradis fiscaux, laissant
à la fin l’économie réelle exsangue et sans
ressources et jetant à la rue des centaines de
milliers de travailleuses et de travailleurs.
On
nous a expliqué tout cela. Et nous avons compris
que ces profiteurs cesseront d’agir dans leur
seul intérêt que s’ils y sont contraints par les
États. Des États qui, sous la pression des
forces populaires organisées, n’auront plus le
choix d’intervenir dans le sens des intérêts de
la majorité de la population. Déjà, des
initiatives ont cours un peu partout sur le
territoire. Elles nous indiquent qu’un autre
monde est possible
Nous
avons aussi compris, ce que l’histoire nous
enseigne, que c’est à l’occasion des grands
bouleversements que commencent à naître, à se
développer et finalement à s’imposer de
nouvelles manières de prendre le réel à
bras-le-corps.
Il
nous semble que dans l’état actuel des choses,
des images comme celles du levain dans la pâte,
comme le grain qui se multiplie, comme la
galette qui se partage, sont une source
d’inspiration, pour aujourd’hui et pour demain.
Se pourrait-il que le neuf en train d’advenir
nous échappe parce que nous n’avons que de vieux
mots pour le dire ?
Nous
avons comparé nos expériences, écouté le récit
de réussites, applaudi à des actions collectives
qui ont changé le monde, ici et ailleurs.
Et
quand un vieux monde s’écroule, quand les
vieilles pratiques économiques tombent en
faillite, quand il semble n’y avoir d’avenir que
pour le chacun pour soi, il nous est apparu que
l’heure était venue de tendre nos mains vers les
autres, de tisser des liens avec des réseaux qui
nous sont inhabituels, de prendre conscience
d’un bien commun à protéger et à faire
progresser.Nous avons saisi l’urgence d’élargir
nos solidarités.
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