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Le 28 janvier
2009
Son Exc. Mgr
Martin Veillette, Président de l’AECQ
Évêque de Trois-Rivières
362, rue Bonaventure, C.P. 879
Trois-Rivières, QC G9A 5J9
Cher Monseigneur
Veillette,
La décision du
pape Benoît XVI de lever l’excommunication des
quatre évêques ordonnés de façon illicite, le 30
juin 1988, par Mgr Marcel Lefebvre, a causé une
vivre surprise, pour ne pas dire un profond
désarroi, parmi nos membres, surtout parce
qu’elle fut annoncée quelques jours seulement
avant le 50ème anniversaire de
l’annonce du concile Vatican II par le
bienheureux pape Jean XXIII. Nous demandons
humblement que nos évêques nous expliquent cette
décision qui, pour nous, peut facilement être
interprétée comme un abandon des enseignements
de Vatican II.
Nous savons bien
que le geste du Pape ne peut être considéré
comme une absolution inconditionnelle des quatre
évêques de la Fraternité Saint-Pie X et qu’il
n’est que le premier pas d’une longue marche
vers la pleine communion avec le Pape et les
autres membres du Collège épiscopal. Nous avons
le goût de dire à la suite de Thomas d’Aquin : «Parvus
error in principiis, maximus in conclusione.»
Les informations
dont nous avons pu prendre connaissance nous
apprennent que le supérieur général de la
Fraternité Saint-Pie-X, Mgr Bernard Fellay,
aurait reconnu formellement la primauté et les
prérogatives du Pape comme successeur de Pierre.
Cela n’est pas suffisant. Nous désirons savoir
si les quatre évêques de la Fraternité
Saint-Pie-X acceptent aussi les enseignements
du concile Vatican II et s’ils sont prêts à
collaborer avec les autres évêques du Collège
épiscopal?
Il n’en est
question nulle part et il ne semble pas non plus
que le Pape aurait, avant de lever
l’excommunication, exigé la soumission à Vatican
II. Pourtant, un Concile œcuménique constitue la
plus haute autorité législative de l’Église à
laquelle le Pape lui-même et les évêques sont
soumis. Or, ce n’est un secret pour personne :
la Fraternité est opposée à l’œcuménisme, au
dialogue interreligieux et à la liberté
religieuse. Le Pape nous invitera-t-il à gommer
toutes ces réalités pour faciliter le retour à
la pleine communion d’un groupe de
schismatiques?
Difficile à
comprendre et à accepter, la décision du Pape de
lever l’excommunication des quatre évêques
intégristes le devient davantage quand on prend
connaissance des propos inacceptables de l’un
des quatre évêques, Mgr Richard Williamson,
niant le drame de l’extermination de six
millions de Juifs. Par une des ses déclarations,
le Pape a déjà suscité la colère des musulmans.
On risque maintenant de l’accuser
d’antisémitisme et l’on n’a pas de mal à
comprendre combien les Juifs ont été blessés par
le geste du Pape. Pour nous, il est impossible
de se dire chrétien quand on nie l’extermination
de six millions de Juifs. Dans la Déclaration
sur l’Église et les religions non chrétiennes
(Nostra aetate) du concile Vatican II, on
peut lire que l’Église «déplore les haines, les
persécutions et toutes les manifestations
d’antisémitisme, qui, quels que soient leur
époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre
les Juifs» (n. 4). Suite à cette déclaration
malheureuse de Mgr Williamson, le supérieur
général de la Fraternité Saint-Pie-X a demandé
pardon au Pape et à tous les hommes de bonne
volonté. Il a ajouté que ces propos atteignent
directement la Fraternité et discréditent sa
mission. Comme si l’Église catholique elle-même
n’était pas discréditée par une telle
déclaration.
En voulant
mettre fin au schisme d’un groupe d’intégristes,
le Pape s’est montré bien accommodant. Ne
risque-t-il pas de créer ainsi un schisme
autrement plus dommageable pour l’Église : celui
de la désaffection silencieuse de nombreux
catholiques pour lesquels l’Église a de moins en
moins de crédibilité. Nous nous étonnons que le
Pape ait pu restaurer la messe (en latin) de
saint Pie V et lever l’excommunication des
évêques consacrés illicitement par Mgr Marcel
Lefebvre sans consulter les évêques de France.
Il est demandé aux évêques du monde d’être
solidaires de l’évêque de Rome, mais il n’est
jamais question de solidarité de celui-ci avec
ses frères dans l’épiscopat.
Enfin, nous
aurions aimé pouvoir applaudir le geste de
pardon du Pape à l’endroit des quatre évêques de
la Fraternité Saint-Pie-X, mais en le faisant,
nous aurions le sentiment de trahir les
enseignements de Vatican auxquels nous sommes si
attachés. Vous savez sans doute que, le 22
novembre dernier, le Réseau Culture et Foi a
tenu une session sur Vatican II dont le thème
était : «Vatican II peut-il encore renouveler
l’Église?» et à laquelle plus de 125 personnes
ont participé. C’était notre façon de célébrer
le 50ème
anniversaire de l’annonce de ce concile par le
bienheureux pape Jean XXIII. Certains de nos
membres se demandent si nous ne perdons pas
notre temps à remettre à l’ordre du jour les
enseignements de Vatican II alors que le Pape
semble vouloir l’enterrer.
Nous vous prions
d’agréer, cher Monseigneur Veillette,
l’expression de notre profond dévouement.
Réjean Plamondon
secrétaire du Réseau Culture et Foi
c.c. M.
Bertrand Ouellet, secrétaire général
Assemblée des évêques catholiques du Québec
3331, rue Sherbrooke Est
Montréal (Québec) H1W 1C5
Jeudi, le 12
février 2009
Réjean Plamondon
Secrétaire du Réseau Culture et Foi
Monsieur,
J'ai bien reçu
votre lettre du 29 janvier au sujet de la
décision du pape Benoît XVI de lever
l'excommunication de quatre évêques ordonnés de
façon illicite par Mgr Lefebvre en 1988. Vous y
exprimiez «la vive surprise, pour ne pas dire un
profond désarroi» de membres de votre réseau
devant cette décision. Certains d'entre eux,
dites-vous, y voient un désaveu du concile
Vatican II dont le Pape voudrait, leur
semble-t-il, renier les enseignements.
Depuis l'envoi
de votre lettre, vous avez pu prendre
connaissance vous-même des informations
diffusées par le Vatican au sujet du geste posé
par Benoît XVI. Le Pape, d'ailleurs, a lui-même
expliqué le sens qu'il a voulu donner à cette
démarche. Suite à ces interventions, je ne crois
pas qu'il faille soupçonner Benoît XVI de
vouloir mettre de côté le Concile Vatican II.
Dans toute cette
«affaire», on peut reconnaître les déficiences
dans la manière de fournir au bon moment toutes
les explications utiles à la compréhension du
gste posé. Souhaitons que les personnes
concernées sachent en prendre bonne note.
D'ailleurs, il semble bien que le dernier mot au
sujet de la situation des quatre évêques relevés
de l'excommunication n'ait pas encore été dit.
Selon un langage populaire, «la balle est dans
leur camp» maintenant.
A la fin de
votre lettre, vous mentionnez la session que
votre réseau a organisée, le 22 novembre
dernier, sur Vatican II. Nous avions tenu à être
représentés à cette session. Notre secrétaire
général, qui avait un engagement ce jour-là, y
avait donc délégué son adjointe, Madame Louise
Royer.
En vous assurant
de ma prière pour vous et tous les membres de
votre réseau, je vous prie d'agréer mes plus
cordiales salutations.
Martin Veillette,
Évêque de Trois-Rivières
Président de l'Assemblée des évêques catholiques
du Québec
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