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Les dernières semaines ont été particulièrement pénibles pour
les catholiques qui, comme moi, sont convaincus
qu’il est possible d’être à la fois croyant et
moderne.
Le cas du prêtre-député lanaudois Raymond Gravel était,
convenons-en, un peu délicat, et on peut
comprendre les réserves de plusieurs à son
égard. Dans certains dossiers, un représentant
officiel de l’Église engagé en politique active
peut se retrouver entre l’arbre et l’écorce. On
peut donc considérer qu’il est sain, d’une
certaine manière, d’éviter cette confusion. Ce
qui a choqué, dans cette histoire, ce fut
d’apprendre que le Vatican a plié sous la
pression de catholiques conservateurs qui ne
supportaient pas les positions progressistes de
l’abbé Gravel. Si ce dernier, en effet, s’était
prononcé contre Morgentaler et contre les
mariages gais, on peut présumer que le Vatican
se serait réjoui de son engagement politique, et
cette politique du deux poids, deux mesures,
elle, est intolérable.
Le cas du cardinal Turcotte, quant à lui, est franchement
désolant. À la limite, on peut comprendre son
opposition à l’avortement. Dans un tel cas de
conscience, chacun a droit à son point de vue.
Ce qui choque, cependant, c’est la manière. En
annonçant en pleine campagne qu’il renonçait à
l’Ordre du Canada pour protester contre la
reconnaissance de cet honneur au docteur Henry
Morgentaler, le cardinal, quoi qu’il en dise,
tente de réactiver ce débat sur la scène
politique et va même jusqu’à suggérer, à mots
couverts, de voter pour les conservateurs qui
sont les seuls, pour certains d’entre eux, à
prôner ce retour en arrière.
Car, oui, le retour à l’interdiction de l’avortement serait
une violente régression. Faut-il rappeler que, à
l’époque où l’avortement était considéré comme
un geste criminel, des milliers de femmes,
désespérées, y avaient tout de même recours et
se faisaient charcuter, parfois jusqu’à mourir
au bout de leur sang, par des manieurs de
broches à tricoter? C’est à ce carnage que
Morgentaler a voulu mettre fin et son juste
combat méritait d’être reconnu par l’Ordre du
Canada.
Dans une perspective humaniste qui tient compte de la santé
physique et mentale des femmes, l’avortement
doit être considéré comme un geste strictement
thérapeutique à l’égard duquel l’Église devrait
observer une prudente réserve. Faut-il rappeler
que même le grand Saint Thomas d’Aquin se
questionnait, comme le rapportait récemment
l’écrivain italien Umberto Eco, sur « la dignité
de l’embryon » en se demandant « à quel stade de
la formation du fœtus est infusée cette âme
intellective qui en fait une personne humaine à
part entière »? Sa réponse, assez complexe,
pourrait ébranler le pape s’il prenait la peine
de sortir de son dogmatisme.
Mais quelle ouverture d’esprit attendre de Benoît XVI qui, en
pèlerinage à Lourdes récemment, a réitéré son
attachement à la messe en latin –
une formule
rétrograde dans laquelle on s’adresse aux
fidèles dans une langue qu’ils ne comprennent
pas
– et son refus d’accueillir les catholiques
divorcés et remariés à la communion? Voilà donc,
encore une fois, le catholique mal marié et
parfois injustement abandonné par son conjoint
interdit de séjour à la table eucharistique. En
matière de charité chrétienne, on a déjà vu
mieux!
Ce triste dogmatisme, malheureusement, n’est pas
l’exclusivité des bonzes de l’Église. Les
parents – et il y en a dans Lanaudière – qui
veulent retirer leurs enfants du cours d’Éthique
et de culture religieuse font preuve d’une
semblable fermeture d’esprit. Ce cours qui prône
la connaissance des diverses traditions
religieuses, et principalement de la tradition
chrétienne, ne pervertira pourtant pas les
petits! Depuis quand connaître au lieu d’ignorer
est-il nuisible?
Pas facile, donc, d’être catholique et moderne par les temps
qui courent. Avec d’autres, je continuerai
malgré tout de m’efforcer de l’être, pour ne pas
laisser l’Église et le message du Christ aux
mains de ces dinosaures qui croient les défendre
en les menant à leur disparition.
L'Action
de Lanaudière (24 septembre 2008)
louisco@sympatico.ca
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