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On a répété depuis son élection que ce pape allait nous
surprendre. Mais quelles surprises? J'apprends par
La Croix de ce 13 mars que désormais, d'après les
termes de la correspondante à Rome, selon le
nouveau pape « il
semble qu'il ne peut y avoir de dialogue
théologique mais seulement un échange d'ordre
culturel avec les autres religions ».
Telle serait l'intention du nouveau pape à propos
de sa décision de fusionner le Conseil pour le
dialogue interreligieux avec le Conseil pontifical
de la culture. Si cette interprétation s'avère
fondée, rien ne m'en fait douter, ce sont les
symboles les plus forts auprès de l'opinion
publique du précédent pape (Rencontre des
religions à Assise en 1986) qui seraient mis à
mal. Sans entrer dans l'argumentation théologique,
ce n'est pas le lieu ici, il me semble quand même
que l'essence même de la naissance du
christianisme, dans les évangiles de l'Enfance est
cette « prosternation » des mages (des chercheurs
de Dieu, à leur façon) dans Matthieu.
Cette confrontation et cette reconnaissance mutuelle initiale
est pour moi le fondement de l'articulation
proprement théologique entre recherche de l'homme
et initiative divine. Cette problématique est on
ne peut plus réelle aujourd'hui dans cette société
mondialisée où le dialogue en profondeur (et non
seulement culturel ou « touristique ») des
religions est l'un des défis majeurs de
l'humanité. Le 11 septembre 2001 et les polémiques
récentes autour des caricatures de Mahomet l'ont
assez prouvé.
Le dialogue proprement théologique avec les autres religions
est non seulement utile, il est nécessaire et
vital pour exprimer un visage de nos Églises
foncièrement en dialogue avec les hommes
d'aujourd'hui. Depuis le concile Vatican II,
partout dans le monde ont émergé des Instituts
théologiques spécialisés dans ce dialogue avec les
autres religions. Il en existe une bonne dizaine
en France. Les excellents sites
theologia.fr
et
culture-et-foi.com en ont fait
l'un de leurs axes éditoriaux majeurs. Des thèses
de doctorat y ont été consacrées, certes
critiquées par Rome, le plus souvent. Il est vrai
que ce dialogue théologique avec les autres
religions conduit les Églises à une véritable
conversion dans leur façon de concevoir leur
mission et de définir leur identité. On ne peut
plus dire, par exemple, et avec les mêmes mots,
que l'Église-Institution détient à elle seule la
Vérité absolue, même si le Christ reste la Vérité
au sens christologique du terme.
Je sais que l'ancien cardinal Ratzinger s'était opposé à
l'historique rencontre d'Assise en 1986. Ce n'est
pas une raison pour casser la dynamique de ce
dialogue essentiel à l'avenir de nos Églises.
Essentiel car il exprime l'idée que notre foi
n'est pas un en soi fermé en marge des mouvements
de l'humanité mais une dynamique foncièrement
commune à toute l'humanité pour comprendre le
mystère de la vie. Plus largement encore: la foi
se construit plus que jamais en dialogue avec
tous, croyants ou non-croyants. C'est la condition
sine qua non de notre communication réelle et
authentique avec nos contemporains. De grâce: le
dialogue théologique interreligieux est l'un des
fondements majeurs de l'expression de notre foi au
Christ. Jean-Paul II en a rappelé à plusieurs
reprises l'exigence. Gardons-le, encourageons-le,
pratiquons-le au jour le jour...ce sera une belle
manière de rendre hommage à tous ceux qui en ont
été les pionniers et à ceux qui en sont les
promoteurs aujourd'hui à travers le monde.
« Le dialogue révèle le
courage d'un nouvel humanisme », telle
est la conclusion d'une lettre écrite par
Jean-Paul II au cardinal Kasper en septembre
1994.
(Marc Maronne est journaliste indépendant à
Poitiers, France)
CITATIONS D’ISABELLE DE GAULMYN, CORRESPONDANTE DE LA
CROIX À ROME
Pour l’instant, dans un cas comme dans l’autre,
les structures ne disparaissent pas : elles sont
simplement regroupées, « de manière temporaire »
est-il précisé, sous une présidence commune. « À
terme cependant, on peut penser que les conseils
seront fusionnés », estime un responsable de la
Curie. […]
Le changement de perspective pourrait
s’expliciter ainsi : alors que Jean-Paul II
plaçait le dialogue interreligieux sur le plan de
la foi, Benoît XVI préfère le situer dans son
contexte culturel. Le 20 août 2005, rencontrant
les représentants des communautés musulmanes à
Cologne, il avait parlé de la nécessité du
«dialogue interreligieux et interculturel entre
chrétiens et musulmans». Et samedi encore, aux
participants du congrès pour les 40 ans du décret
conciliaire Ad gentes (sur l’évangélisation), il a
souligné : «L’Église est aujourd’hui confrontée à
des défis nouveaux, et est prête à dialoguer avec
les cultures et religions diverses.»
[…]
Pour l’ancien préfet de la Congrégation pour la
doctrine de la foi, il semble qu’il ne peut pas y
avoir de véritable dialogue théologique avec les
autres religions, comme ce qui existe avec les
autres confessions chrétiennes ou avec le
judaïsme, mais bien plutôt un échange d’ordre
culturel.
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