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L’Église et l’homosexualité
Marco Veilleux


 

En novembre dernier, le Vatican rendait publique une instruction interdisant à toute fin pratique aux homosexuels de devenir prêtres. Ce document, fruit d’une longue et laborieuse élaboration, soulève un profond malaise.

 

Cette instruction romaine développe une rhétorique qui laisse perplexe. Après avoir rappelé que « seul un homme baptisé reçoit validement l’ordination », elle énonce que « par le sacrement de l’ordre, l’Esprit Saint configure le candidat à Jésus Christ […]; le prêtre représente sacramentellement le Christ, Tête, Pasteur et Époux de l’Église ». Elle ajoute que cette configuration requiert du candidat au ministère ordonné une « maturité affective le rendant capable d’avoir des relations justes avec les hommes et avec les femmes, en développant en lui un véritable sens de la paternité spirituelle ». Or, toute la suite de cet argumentaire idéaliste sous-entend que cette maturité affective fait nécessairement défaut aux homosexuels – ce qui est odieux pour les prêtres homosexuels déjà ordonnés qui exercent leur ministère avec fidélité et générosité. Si, selon Rome, les femmes sont inaptes à l’ordination à cause de leur sexe (un corps féminin ne pouvant « représenter » le Christ Époux), les homosexuels le seraient à cause d’une orientation sexuelle « immature » les empêchant « d’aimer l’Église comme une Épouse »! Ainsi, seuls les candidats présentant des « tendances homosexuelles transitoires » – typiques de l’adolescence, est-il précisé – pourront être acceptés. Et ce, dans la mesure où ces tendances seront « clairement dépassées au moins trois ans avant l’ordination ». Tout cela illustre la pauvreté de la compréhension ecclésiale du phénomène de l’homosexualité.

En fait, l’objectif du document romain est « d’affirmer clairement que l’Église […] ne peut admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui […] présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ». On ajoute que cette clarification est « rendue plus urgente par la situation actuelle ». Plus loin, on indique « qu’il ne faut pas oublier les conséquences négatives qui peuvent découler de l’ordination de personnes […] homosexuelles ». De toute évidence, on fait référence ici aux scandales sexuels qui ébranlent l’Église catholique depuis quelques années. Les propos tenus par le cardinal Cottier, théologien de la Maison pontificale, confirment cette interprétation. Dans un entretien qu’il accordait en marge de la publication de l’instruction, il précisait qu’avec ces nouvelles normes « on évitera des désastres comme on en a eu ». Et il ajoutait, en parlant de l’attirance sexuelle envers des mineurs : « Je crois que c’est une forme assez répandue d’homosexualité. »

Cet amalgame entre homosexualité et pédophilie, pour être simpliste, est surtout injuste et vexatoire. Comme toute organisation aux prises avec une crise profonde, l’Église réagit selon une logique institutionnelle typique : identifier des boucs émissaires. En assimilant les homosexuels au « mal » qui la ronge et en les excluant, la hiérarchie catholique veut s’éviter une douloureuse démarche d’introspection pour débusquer les véritables causes – structurelles et complexes – du fléau des agressions sexuelles au sein du clergé.

Bien sûr, le document romain prend soin de rappeler l’importance d’accueillir « avec respect et délicatesse » les personnes homosexuelles. Il réitère toutefois du même souffle l’enseignement traditionnel. Les mots sont alors très durs : l’homosexualité est un « péché grave », un « acte intrinsèquement immoral », une « tendance objectivement désordonnée ».

De nos jours, un tel langage apparaît pour le moins abusif. Il est surtout extrêmement blessant pour les homosexuels et leurs proches. S’il en révolte plusieurs qui n’y voient qu’une expression d’homophobie, il a surtout pour effet d’accabler les croyants homosexuels qui se sentent continuellement stigmatisés et méprisés par les autorités ecclésiales. Heureusement, certains d’entre eux, refusant de se laisser exclure de leur tradition religieuse, arrivent à se prémunir contre un tel discours. Avec l’amitié et la solidarité d’autres chrétiens et de pasteurs, ils mettent sur pied des groupes de partage et de soutien. Ils s’approprient des clés d’interprétation biblique et théologique pour développer une compréhension positive de leur condition. Ils investissent des lieux qui leur permettent de célébrer leur foi dans la dignité et le respect (p. ex. la paroisse Saint-Pierre-Apôtre à Montréal). Ils transforment l’injustice éprouvée en ressort pour l’engagement chrétien, social et politique.

Cette foi des catacombes continuera… Mais ce nouveau document romain aura encore montré l’incapacité de la hiérarchie catholique à affronter véritablement les questions relatives à la sexualité contemporaine. Au lieu de faire la vérité dans l’Église, il risque de générer encore plus de duplicité, de mensonge, de mutisme et, donc, de souffrance.

 

Relations, no 706, janv./fév. 2006

 

 

 

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