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En novembre dernier, le Vatican
rendait publique une instruction interdisant à
toute fin pratique aux homosexuels de devenir
prêtres. Ce document, fruit d’une longue et
laborieuse élaboration, soulève un profond
malaise.
Cette instruction romaine développe une rhétorique
qui laisse perplexe. Après avoir rappelé que
« seul un homme baptisé reçoit validement
l’ordination », elle énonce que « par le sacrement
de l’ordre, l’Esprit Saint configure le candidat à
Jésus Christ […]; le prêtre représente
sacramentellement le Christ, Tête, Pasteur et
Époux de l’Église ». Elle ajoute que cette
configuration requiert du candidat au ministère
ordonné une « maturité affective le rendant
capable d’avoir des relations justes avec les
hommes et avec les femmes, en développant en lui
un véritable sens de la paternité spirituelle ».
Or, toute la suite de cet argumentaire idéaliste
sous-entend que cette maturité affective fait
nécessairement défaut aux homosexuels – ce qui est
odieux pour les prêtres homosexuels déjà ordonnés
qui exercent leur ministère avec fidélité et
générosité. Si, selon Rome, les femmes sont
inaptes à l’ordination à cause de leur sexe (un
corps féminin ne pouvant « représenter » le Christ
Époux), les homosexuels le seraient à cause d’une
orientation sexuelle « immature » les empêchant
« d’aimer l’Église comme une Épouse »! Ainsi,
seuls les candidats présentant des « tendances
homosexuelles transitoires » – typiques de
l’adolescence, est-il précisé – pourront être
acceptés. Et ce, dans la mesure où ces tendances
seront « clairement dépassées au moins trois ans
avant l’ordination ». Tout cela illustre la
pauvreté de la compréhension ecclésiale du
phénomène de l’homosexualité.
En
fait, l’objectif du document romain est
« d’affirmer clairement que l’Église […] ne peut
admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux
qui […] présentent des tendances homosexuelles
profondément enracinées ». On ajoute que cette
clarification est « rendue plus urgente par la
situation actuelle ». Plus loin, on indique
« qu’il ne faut pas oublier les conséquences
négatives qui peuvent découler de l’ordination de
personnes […] homosexuelles ». De toute évidence,
on fait référence ici aux scandales sexuels qui
ébranlent l’Église catholique depuis quelques
années. Les propos tenus par le cardinal Cottier,
théologien de la Maison pontificale, confirment
cette interprétation. Dans un entretien qu’il
accordait en marge de la publication de
l’instruction, il précisait qu’avec ces nouvelles
normes « on évitera des désastres comme on en a
eu ». Et il ajoutait, en parlant de l’attirance
sexuelle envers des mineurs : « Je crois que c’est
une forme assez répandue d’homosexualité. »
Cet amalgame entre homosexualité et pédophilie,
pour être simpliste, est surtout injuste et
vexatoire. Comme toute organisation aux prises
avec une crise profonde, l’Église réagit selon une
logique institutionnelle typique : identifier des
boucs émissaires. En assimilant les homosexuels au
« mal » qui la ronge et en les excluant, la
hiérarchie catholique veut s’éviter une
douloureuse démarche d’introspection pour
débusquer les véritables causes – structurelles et
complexes – du fléau des agressions sexuelles au
sein du clergé.
Bien sûr, le document romain prend soin de
rappeler l’importance d’accueillir « avec respect
et délicatesse » les personnes homosexuelles. Il
réitère toutefois du même souffle l’enseignement
traditionnel. Les mots sont alors très durs :
l’homosexualité est un « péché grave », un « acte
intrinsèquement immoral », une « tendance
objectivement désordonnée ».
De
nos jours, un tel langage apparaît pour le moins
abusif. Il est surtout extrêmement blessant pour
les homosexuels et leurs proches. S’il en révolte
plusieurs qui n’y voient qu’une expression d’homophobie,
il a surtout pour effet d’accabler les croyants
homosexuels qui se sentent continuellement
stigmatisés et méprisés par les autorités
ecclésiales. Heureusement, certains d’entre eux,
refusant de se laisser exclure de leur tradition
religieuse, arrivent à se prémunir contre un tel
discours. Avec l’amitié et la solidarité d’autres
chrétiens et de pasteurs, ils mettent sur pied des
groupes de partage et de soutien. Ils
s’approprient des clés d’interprétation biblique
et théologique pour développer une compréhension
positive de leur condition. Ils investissent des
lieux qui leur permettent de célébrer leur foi
dans la dignité et le respect (p. ex. la paroisse
Saint-Pierre-Apôtre à Montréal). Ils transforment
l’injustice éprouvée en ressort pour l’engagement
chrétien, social et politique.
Cette foi des catacombes continuera… Mais ce
nouveau document romain aura encore montré
l’incapacité de la hiérarchie catholique à
affronter véritablement les questions relatives à
la sexualité contemporaine. Au lieu de faire la
vérité dans l’Église, il risque de générer encore
plus de duplicité, de mensonge, de mutisme et,
donc, de souffrance.
Relations,
no 706, janv./fév. 2006
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