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Mary Condren est directrice de l'Institut
« Féminisme et Religion ». Elle enseigne au
centre des « Études sur le genre et sur les
femmes » au Trinity College, à Dublin.
Au
début d'un article paru dans le Irish Time,
le 12 juin 2009, Mary Condren s'en prend
avec véhémence aux responsables de l'Église
d'Irlande qui ont fermé les yeux alors qu'ils
étaient au courant des abus scandaleux dont
étaient victimes les enfants et tous les blessés
de la vie. Elle leur reproche leur silence de
quarante années et aussi de vouloir esquiver
leur responsabilité aujourd'hui, sous prétexte
que ceux et celles qui ont exercé ces sévices
n'avaient pas une « vocation authentique ». Car,
tout à l'inverse, ils discréditent ainsi les
femmes et les hommes qui, dans leur grande
majorité, ont mené une vie exemplaire et l'ont
consacrée à prendre soin des malheureux que la
société avait rejetés. Mary Condren précise
qu'elle connaît moins la vie des religieux mais
beaucoup mieux celle des religieuses et
considère avoir le droit de poser quelques
questions aux autorités ecclésiastiques qui se
sont lavé les mains devant ces redoutables
situations.
Ces religieuses qui ont peut-être battu et
humilié des enfants, mais qui étaient incitées a
utiliser pour elles-mêmes la « discipline » (de
petits fouets frappant la chair nue), en
particulier au moment du carême, ont subi
également toutes sortes d'autres pratiques
humiliantes. D'où cette première question suivie
de plusieurs autre : « Que pensez-vous que
pouvaient avoir comme conséquences de telles
pratiques sur leur estime de soi? »
Et si l’on évoque les siècles de colonisation anglaise qui
ont laissé l'Irlande dans un état économique et
social désastreux, avec une pauvreté largement
répandue et des familles nombreuses privées de
services sociaux, alors, dit-elle,
les femmes d'Irlande ont subi une double, sinon une triple
colonisation. Les responsables de l'Église
ont-ils protesté contre les enseignements de
celle-ci lorsqu'ils refusaient aux femmes le
droit de contrôler leur propre fécondité et leur
ont fait porter le poids d'un nombre ingérable
d'enfants? Et quand les prêtres ont utilisé les
« confessionnaux » pour insister afin que les
femmes remplissent leur « devoir conjugal », se
sont-ils inquiétés de savoir comment elles
nourriraient leurs familles trop nombreuses?
Que sont devenus les quelques prêtres et
religieux qui, face a cette souffrance des
familles, se sont exprimés fortement en faveur
de la contraception? Ils furent éparpillés aux
quatre coins du monde (la violence et les abus
divers peuvent prendre des formes nombreuses).
Pourquoi ne pas rappeler en Irlande ces
protestataires qui ont été réduits au silence,
rétrogradés, exilés et appauvris? Pourquoi ne
pas s'expliquer clairement sur les théologies
jansénistes hostiles au corps qui ont été
promues?
Aucun système colonial ne peut exister sans des
subalternes chargés d'exécuter les ordres.
Cependant, les serviteurs d'un tel système sont
toujours dans une position tragique. Oui, ils
recevront une éducation, mais seulement dans le
langage, l'ethos, la théologie et les normes
éthiques du colonisateur. S'ils osent
outrepasser la ligne impartie, ils seront
rapidement marginalisés. Souvent, seule une
frontière ténue séparait les religieuses de ceux
qui leur étaient confiés : d'une certaine
manière, ils étaient, les uns comme les autres,
institutionnalisés et maltraités. Après le
Concile Vatican II, quand Jean XXIII, le
bien-aimé, a ouvert les fenêtres, de
nombreuses congrégations féminines ont tenté de
se « décoloniser », si l'on peut s'exprimer
ainsi. Elles se sont débarrassées des habits
médiévaux encombrants et des pratiques
institutionnelles. Leurs efforts ont rencontré
une résistance farouche de la part des clercs.
De quoi avait-on peur? Le miracle, c'est que
beaucoup d'entre elles ont émergé en ayant
conservé toute leur santé mentale et se sont
maintenant, en quelque sorte, reinventées. La
plupart font un travail remarquable au service
de toutes ces personnes marginalisées
d'aujourd'hui. Quand avait lieu la plus grande
partie de ces sévices et de cette maltraitance,
les femmes n'étaient pas admises à l'étude de la
théologie, ni encouragées à développer leur
compétence dans ce domaine. Quelle chance les
soeurs de la Miséricorde avaient-elles, dans un
tel contexte d'exclusion, de réfléchir
théologiquement leur vocation?
Même si on avait des raisons erronées pour
exclure les femmes de l'étude de la théologie
jusqu'aux années 1970, combien de cours ont été
proposés en Irlande présentant une théologie de
la compassion, comme opposée a une théologie du
sacrifice, cette théologie étant maintenant
reconnue comme responsable de la pratique de la
« violence rédemptrice »? Se reconnaît-on,
maintenant, une responsabilité quelconque pour
avoir encouragé de telles théologies déformées,
fondées non pas sur une réflexion autour de la
vie libératrice de Jésus mais sur les aspects
sadiques de sa mise a mort ?...
Le haut niveau moral sur lequel on prétend se
situer doit être considéré pour ce qu'il
est : une échappatoire pour ne pas assumer la
responsabilité collective de la violence qui a
imprégné toutes les facettes de la vie
irlandaise.
À
l'opposé, une théologie de la compassion (qui ne consiste pas
simplement à réparer les dégâts causés par les
excès du sacrificiel) commencerait par assumer
la responsabilité pour la violence (physique,
spirituelle, sexuelle et émotionnelle) qui a
provoqué de tels ravages sur des générations de
femmes et d'hommes en Irlande, à l'intérieur et
à l'extérieur des institutions religieuses.
Simone Weil a écrit à propos d'une approche de
la rédemption autre que celle de la violence
rédemptrice : « La souffrance et la douleur
sont semblables à de la fausse monnaie jusqu'à
ce qu'elles parviennent à quelqu'un qui refuse
de la transmettre au suivant. » S'il y a
quelqu'un de tel parmi vous, faites-nous signe.
Sinon, je vous en prie, taisez-vous et cessez
d'escalader les tas de cadavres de vos victimes.
Peu d'entre nous sont innocents : nous sommes
tous maintenant sur le banc des accusés.
Adaptation et traduction : Danielle Penuel
Monneron
Les chrétiens des PARVIS, numéro 43,
septembre 2009
http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/
Chrétiens en liberté pour d’autres visages
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