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Le Vatican commet un grave abus d’autorité
Michel Bourgault

 

 

 

Pour faire face aux prêtres abuseurs, le 15 juillet 2010, le Vatican publiait le document «Nouvelles normes sur les délits les plus graves».

Le Père Lombardi, en charge des communications au Vatican, explique cette mise à jour du droit canon (code qui régit la vie de l’Église catholique) sur le site de Zenit. En voici quelques aspects:
- procédures accélérées pour sanctionner les pédophiles,
- possibilité d’accueillir des avocats laïcs,
- prescription portée à 20 ans au lieu de 10,
- les handicapés mentaux considérés comme des mineurs,
- pédopornographie ajoutée à la liste des abus sexuels,
- clarification de la collaboration avec les autorités civiles.

La publication était très attendue en réponse surtout aux nombreuses mises en cause de prêtres pour des abus sexuels.  Il me semble que les évêques font leur possible pour faire face à la situation; à titre d’exemple, on peut consulter un article de Zenit intitulé «Un pas en avant dans la lutte contre les abus». Je ne peux dire si ces mesures satisfont les victimes et leurs représentants, mais une recherche auprès des groupes représentants les victimes s’impose pour se faire une idée juste de la situation.

Toutefois, je veux attirer l’attention sur le fait que cette publication manifeste une extrême insensibilité aux aspirations d’un grand nombre de catholiques de voir un jour les femmes traitées avec justice dans leur Église et, ce qui est pire, elle témoigne d’un mépris pour l’appel des femmes aux ministères ordonnés.

Le document est divisé en 2 parties: l’énumération des délits graves (Art. 1 à 7) et les procédures pour traiter ces délits (art. 8 à 31).

Il est dit à l’art. 1  que la Congrégation pour la doctrine de la foi peut juger de deux sortes de délits: les délits  contre la foi et des délits les plus graves commis contre les mœurs ou dans la célébration des sacrements.

Il énumère à l’art. 2 les délits contre la foi: ce sont l’hérésie, l’apostasie et le schisme.

Aux art. 3 à 6, il nomme en ordre:
- les délits contre le sacrement de l’eucharistie,
- les délits contre le sacrement de pénitence,
- le délit grave de tentative d’ordination sacrée d’une femme,
- les délits contre le sixième commandement – comprenons «abus sexuels».

D’abord, je m’insurge au nom de la dignité humaine et particulièrement au nom des femmes appelées par l’Esprit saint aux ministères ordonnés – diaconat, presbytérat et épiscopat. Le document traite comme un tout des abus sexuels et des atteintes aux sacrements de l’eucharistie, la pénitence et l’ordre (en ordonnant des femmes à la prêtrise). Énumérer dans une même liste les délits contre les sacrements et les abus sexuels contre des personnes, je considère cela comme une grave atteinte à la dignité de la personne, comme si on pouvait assimiler les deux types de délits; il n’y a pas, à mon avis, de commune mesure entre la profanation d’un rite sacramentel et l’abus d’une personne. Au regard de la foi chrétienne, les sacrements restent des outils qui rendent visibles l’action de Dieu, mais le corps et l’âme d’une personne sont la demeure même de Dieu et de son Esprit, ce qu’il y a de plus précieux à ses yeux. Le Vatican commet une grave erreur de jugement en assimilant la profanation des sacrements et les abus sexuels. Dans ce dernier cas, il n’existe aucune bonne intention à part la satisfaction égoïste d’un abuseur. Dans le cas des sacrements, certaines célébrations (de l’eucharistie par un non-prêtre, par exemple) sont faites dans  l’intention de servir les fidèles et un jour pourraient bien être admises. Ce qui n’est certainement pas le cas des abus sexuels.

Deuxièmement, pour un grand nombre de catholiques éduqués et croyants, il n’est plus justifié de refuser aux femmes l’ordination. Les plus hautes autorités de l’Église catholique doivent quitter leur mentalité moyenâgeuse et arriver au XXIe siècle. C’est l’annonce du Royaume de Dieu aux hommes et femmes de notre temps qui l’exige. Mais non, le Vatican s’obstine dans son refus de reconnaître l’égalité des femmes et leur capacité d’être des témoins de Jésus-Christ et des pasteurs compétents pour rassembler les croyants et les guider dans la foi. Je me demande sérieusement si les autorités de l’Église ne pèchent pas contre l’Esprit saint, en refusant d’écouter ce que les femmes appelées à des ministères consacrés ont à dire. Qui plus est, ces mêmes autorités abusent de leur pouvoir, à l’encontre du même Esprit saint, en réduisant au silence, sous peine d’excommunication, les évêques et les prêtres qui veulent évoluer.

Je conclus par ceci: l’attitude rétrograde de Benoît XVI et de ses acolytes ne décourageront pas les croyants pour qui les Évangiles restent le livre de chevet et Jésus la lumière qui éclaire leur chemin. Je souhaite que Benoît XVI songe à ceci: Y aurait-il aujourd’hui une église à Rome, là même où il est évêque, si saint Pierre n’avait pas compris les arguments de saint Paul à propos de l’introduction des non-juifs dans la communauté chrétienne? Je prie régulièrement pour que le Pape entende raison lui aussi.

Joignez votre voix à celle de nombreuses associations catholiques et d’individus qui dénoncent l’abus d’autorité et le mépris pour les femmes affichés dans ce nouveau document,  et signez une pétition (site anglais seulement).

 

Articles connexes :

Jean-Claude Leclerc, dans le Le Devoir, ce 19 juillet, fait une brève analyse du document.

Ce 19 juillet, le « promoteur de justice » du Saint-Siège, Mgr Charles Scicluna, prétend que le document fait une  distinction entre les abus sur mineurs et l’ordination des femmes. À chacun de juger si c’est le cas.

 

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