|
Pour faire face aux prêtres abuseurs, le 15
juillet 2010, le Vatican publiait le document «Nouvelles
normes sur les délits les plus graves».
Le Père Lombardi, en charge des
communications au Vatican, explique cette mise à
jour du droit canon (code qui régit la vie de
l’Église catholique) sur le site de
Zenit. En voici quelques aspects:
- procédures accélérées pour sanctionner les
pédophiles,
- possibilité d’accueillir des avocats laïcs,
- prescription portée à 20 ans au lieu de 10,
- les handicapés mentaux considérés comme des
mineurs,
- pédopornographie ajoutée à la liste des abus
sexuels,
- clarification de la collaboration avec les
autorités civiles.
La publication était très attendue en
réponse surtout aux nombreuses mises en cause de
prêtres pour des abus sexuels. Il me semble que
les évêques font leur possible pour faire face à
la situation; à titre d’exemple, on peut
consulter un article de Zenit intitulé «Un
pas en avant dans la lutte contre les abus».
Je ne peux dire si ces mesures satisfont les
victimes et leurs représentants, mais une
recherche auprès des groupes représentants les
victimes s’impose pour se faire une idée juste
de la situation.
Toutefois, je veux attirer
l’attention
sur le fait que cette publication manifeste une
extrême insensibilité aux aspirations d’un grand
nombre de catholiques de voir un jour les femmes
traitées avec justice dans leur Église et, ce
qui est pire, elle témoigne d’un mépris pour
l’appel des femmes aux ministères ordonnés.
Le document est divisé en 2 parties:
l’énumération des délits graves (Art. 1 à 7) et
les procédures pour traiter ces délits (art. 8 à
31).
Il est dit à l’art. 1 que la Congrégation
pour la doctrine de la foi peut juger de deux
sortes de délits: les délits contre la foi et
des délits les plus graves commis contre les
mœurs ou dans la célébration des sacrements.
Il énumère à l’art. 2 les délits contre la
foi: ce sont l’hérésie, l’apostasie et le
schisme.
Aux art. 3 à 6, il nomme en ordre:
- les délits contre le sacrement de
l’eucharistie,
- les délits contre le sacrement de pénitence,
- le délit grave de tentative d’ordination
sacrée d’une femme,
- les délits contre le sixième commandement –
comprenons «abus sexuels».
D’abord, je m’insurge au nom de la dignité
humaine et particulièrement au nom des femmes
appelées par l’Esprit saint aux ministères
ordonnés – diaconat, presbytérat et épiscopat.
Le document traite comme un tout des abus
sexuels et des atteintes aux sacrements de
l’eucharistie, la pénitence et l’ordre (en
ordonnant des femmes à la prêtrise).
Énumérer dans une même liste les délits contre
les sacrements et les abus sexuels contre des
personnes, je considère cela comme une grave
atteinte à la dignité de la personne, comme si
on pouvait assimiler les deux types de délits;
il n’y a pas, à mon avis, de commune mesure
entre la profanation d’un rite sacramentel et
l’abus d’une personne. Au regard de la foi
chrétienne, les sacrements restent des outils
qui rendent visibles l’action de Dieu, mais le
corps et l’âme d’une personne sont la demeure
même de Dieu et de son Esprit, ce qu’il y a de
plus précieux à ses yeux. Le Vatican commet une
grave erreur de jugement en assimilant la
profanation des sacrements et les abus sexuels.
Dans ce dernier cas, il n’existe aucune bonne
intention à part la satisfaction égoïste d’un
abuseur. Dans le cas des sacrements, certaines
célébrations (de l’eucharistie par un
non-prêtre, par exemple) sont faites dans
l’intention de servir les fidèles et un jour
pourraient bien être admises. Ce qui n’est
certainement pas le cas des abus sexuels.
Deuxièmement, pour un grand nombre de
catholiques éduqués et croyants, il n’est plus
justifié de refuser aux femmes l’ordination. Les
plus hautes autorités de l’Église catholique
doivent quitter leur mentalité moyenâgeuse et
arriver au XXIe siècle. C’est l’annonce du
Royaume de Dieu aux hommes et femmes de notre
temps qui l’exige. Mais non, le Vatican
s’obstine dans son refus de reconnaître
l’égalité des femmes et leur capacité d’être des
témoins de Jésus-Christ et des pasteurs
compétents pour rassembler les croyants et
les
guider dans la foi. Je me demande sérieusement
si les autorités de l’Église ne pèchent pas
contre l’Esprit saint, en refusant d’écouter ce
que les femmes appelées à des ministères
consacrés ont à dire. Qui plus est, ces mêmes
autorités abusent de leur pouvoir, à l’encontre
du même Esprit saint, en réduisant au silence,
sous peine d’excommunication, les évêques et les
prêtres qui veulent évoluer.
Je conclus par ceci: l’attitude rétrograde
de Benoît XVI et de ses acolytes ne
décourageront pas les croyants pour qui les
Évangiles restent le livre de chevet et Jésus la
lumière qui éclaire leur chemin. Je souhaite que
Benoît XVI songe à ceci: Y aurait-il aujourd’hui
une église à Rome, là même où il est évêque, si
saint Pierre n’avait pas compris les arguments
de saint Paul à propos de l’introduction des
non-juifs dans la communauté chrétienne? Je prie
régulièrement pour que le Pape entende raison
lui aussi.
Joignez votre voix à celle de nombreuses
associations catholiques et d’individus qui
dénoncent l’abus d’autorité et le mépris pour
les femmes affichés dans ce nouveau document,
et
signez une pétition (site anglais
seulement).
Articles connexes :
Jean-Claude Leclerc,
dans le Le Devoir, ce 19 juillet, fait une
brève analyse du document.
Ce 19 juillet, le « promoteur de justice »
du Saint-Siège, Mgr Charles Scicluna,
prétend que
le document fait une distinction entre les
abus sur mineurs et l’ordination des femmes. À
chacun de juger si c’est le cas.
Blogue
Eau du rocher
[
RETOUR ]
|