Culture et Foi > Nouvelles d'Églises > Hommage à Guy Paiement

Hommage à Guy Paiement
Michel Rioux

 

 

 

Animateur social, à la fois homme d'action et théologien de haut niveau, à jamais solidaire des plus démunis et des moins bien nantis, éveilleur de consciences et prospecteur de sens, Guy Paiement, jésuite, a quitté ce monde à Pâques 2010. Avec lui, un prophète s'en est allé.

Lui qui a passé sa vie à chercher des signes et à les déchiffrer, et qui n'a cessé d'expliquer la symbolique de la fête pascale, la plus importante pour les chrétiens, c'est cette journée-là qu'il a décidé de partir.

La soif de justice sociale qui l'a habité toute sa vie a conduit Guy Paiement à former des réseaux de solidarité pour « donner des mains à l'espérance », comme il le disait. Président et surtout animateur des Journées sociales du Québec, il était constamment à la recherche de signes. Il y a quelques mois, il avait mis sur pied la commission Emmaüs, qui avait regroupé près de 150 personnes préoccupées par les problèmes des temps présents. À cette occasion, il avait écrit : « Plusieurs parmi nous sont désabusés devant l'abandon des promesses du concile Vatican II et la tendance de plusieurs responsables à se réfugier dans le cénacle. La chose n'est pas tellement différente de ce qui se passe dans la société où, malgré les crises qui la traversent, on semble se satisfaire des solutions d'hier et s'étourdir dans le monde du spectacle. »

Il ajoutait pourtant, et c'était là l'expression de sa volonté de saisir les messages de l'Esprit, qu'il se préparait quelque chose de neuf et que ce quelque chose affleurait dans plusieurs de nos efforts. Il disait aussi que « la foi devait avoir de la terre après les pieds ». Autrement dit, pour Guy Paiement, avoir la foi exigeait qu'on passe à l'action, qu'on agisse.

Préoccupé par les problèmes de la faim, il avait présidé il y a une quinzaine d'années la Table de concertation sur la faim et le développement social de Montréal, où il avait réussi à faire travailler ensemble organismes communautaires et représentants municipaux et gouvernementaux. Animateur au Centre Saint-Pierre, Guy Paiement a ouvert la conscience de centaines de personnes aux problèmes causés par l'absence de justice sociale. Pour démystifier l'économie, il a publié en 1997 L'Économie et son arrière-pays.

Il y a quelques jours, Guy Paiement avait regardé avec beaucoup d'émotion la vidéo des funérailles de Pierre Falardeau. En septembre dernier, il avait accepté avec joie de présider les funérailles du cinéaste. Même affaibli par la maladie, le verbe de Guy Paiement avait retenti dans l'église Saint-Jean-Baptiste. Rarement une parole a-t-elle porté comme celle-là auprès des quelque 2000 personnes présentes. Il faut avoir entendu les applaudissements qui ont marqué cette célébration pour comprendre à quel point Guy Paiement avait su trouver les mots justes pour être en phase avec ces hommes et ces femmes de tous horizons venus témoigner de leur solidarité envers le cinéaste.

D'entrée de jeu, Guy Paiement avait donné le ton en rappelant que Falardeau, comme Jean le baptiste, fustigeait les autorités qui bloquaient le changement vers un monde plus juste. Il avait choisi l'évangile de Luc où Jésus tombe à bras raccourcis sur les pharisiens et les scribes : « Malheur à vous, hypocrites qui laissez de côté la justice et l'amour de Dieu. Vous aussi, légistes, qui chargez les hommes de fardeaux accablants. » Il avait rappelé que cette charge contre le pouvoir en place avait mené Jésus à sa perte.

Le célébrant, sous les applaudissements de la foule, avait ajouté qu'on ne pourrait pas faire taire la voix de celles et ceux qui dérangent les riches et les puissants « pour que tous aient accès à la table et soient traités dignement, pour que les richesses, les savoirs et les pouvoirs soient redistribués autrement ».

Après la cérémonie, j'ai vu des dizaines de personnes lui serrer la main et lui dire à peu près ceci : « S'ils étaient tous comme vous, on serait encore là! » Il avait su toucher l'âme de ces gens et traduire avec clarté les sentiments qui les habitaient. « Je n'ai pas besoin de canoniser ici Pierre Falardeau », avait-il dit. « Mais je sais qu'il a voulu faire sien le destin de tout un peuple, un peuple dépossédé par les puissants et les intrigants. À ce titre, il mérite plus que notre admiration. Il s'est tenu debout et nous invite à faire de même. Il est une voix qui amène les enfants de demain à nous regarder dans les yeux et à nous demander: quel bonheur êtes-vous en train de nous préparer? Quelle société, quel environnement, quel vouloir-vivre ensemble allez-vous nous laisser? Qu'il en soit chaleureusement remercié. Car le neuf dont nous avons besoin se trouve dans cette direction. »

Avec hier Pierre Falardeau et Pierre Vadeboncoeur, et Guy Paiement aujourd'hui, le Québec est en deuil d'hommes phares qui, chacun à leur manière, ont dit les espoirs, ont porté les projets et ont ouvert les yeux de ce peuple constamment à la recherche de ses repères. Un peuple qui décidera un jour de «se remettre debout», comme ils l'ont souhaité.
 

Longueuil, 7 avril 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR ]

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca